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La Voie de l’Eloquence (Nahjul Balagha) de l’Imam ‘Ali (as)

October 28, 2012

Nahjoul Balâgha

ou

La Voie de l’Eloquence de Ali

 En anglais et en arabe

 En anglais et en arabe version intégrale side by side 

AVANT PROPOS

 

Par la hauteur de son niveau, le caractère global des problèmes quotidiens qu’il traite, cet ouvrage n’est comparable à aucun autre, après le Saint Coran et la Sunna du Prophète, ni dans la magnifique description des différents aspects et caractéristiques de 1a vie, description exhaustive par laquelle Alî (as) se distingue seul parmi les compagnons du Prophète au sujet de la création du ciel, de la terre et des anges, ni dans la personnification du jour du Jugement dernier qui fait frissonner le corps et dérouter l’esprit.

 

A cela s’ajoutent les proverbes et maximes dont se sont nourris des générations de sages et de saints à travers les siècles et particulièrement de nos jours.

 

II vous suffit, cher lecteur, de savoir que l’auteur des paroles rédigées dans cet ouvrage, est celui qui a vécu sous le toit du Prophète et en a reçu la sagesse, jour après jour.

 

Ces paroles sont méthodiquement formulées en discours et sermons d’un très haut niveau d’éloquence arabe. Nous avons tenté de les rendre dans un niveau aussi élevé en français. Cependant nous nous abstiendrons d’en faire l’éloge, laissant au lecteur attentif 1e soin de juger de la valeur de ce grand et précieux ouvrage.

Beyrouth en l’an 1986 Samih Atef El-Zein

 

Aperçu de la vie de Imam ‘Ali (as)

 

Ali est le fils d’Abou Talib, ibn Abdoul Mouttalib, ibn Hachim, ibn Abd Manaf, ibn Qousay. Sa mère est Fatima, fille de Assad ibn Hachim, ibn Abd Manaf, ibn Qousay. Il naquit dix ans avant la Mission du Prophète à la Mecque, soit en 598, après J. C.; il fut le premier enfant à se convertir à l’Islam alors qu’il n’avait pas dépassé l’âge de dix ans: il fut assassiné le 17 Ramadan, en l’an 40 de l’Hégire, soit en 661 après J. C. et fut enterré à Ghouri à l’auguste Najaf en Iraq; il fut élevé par son cousin germain le Prophète et en devint le gendre par son mariage avec sa fille Fatima; il eut d’elle Al Hassane et Al Houssein, maîtres de la jeunesse du Paradis.

 

L’Imam fut 1e benjamin de ses trois frères qui sont: Taleb, Jaafar et Akil. I1 fut au premier rang des vaillants combattants dans les premières batailles livrées par les musulmans à Badr, Ohod, Kheibar, Khandak et Hounein.

 

Une partie des musulmans avaient voulu le choisir comme calife, à la mort du Prophète. Cependant le califat ne lui fut attribué qu’après l’assassinat du troisième calife Uthman ibn Affane en l’an 35 de l’Hégire.

 

Son mandat dura cinq ans. Il mit fin rapidement à la sédition de Bassrah dans la bataille d’Al Jamal; il faillit mettre un terme à la sédition de Saffine fomentée par Moawia ibn Abi Soufian n’eussent été les réticences des Khawarej (dissidents) qui rendirent hésitante son armée et contribuèrent à sa dislocation.

 

L’Imam ‘Ali (as) dans les sources sunnites :

 

Le Messager de Allah (pslf) a déclaré : “Je suis la Cité du Savoir; Ali en est sa Porte; quiconque recherche le Savoir, doit franchir le seuil de cette Porte. »

 

Ce hadith fut rapporté par Tabarani dans son Kabir d’après la source de Ibn Abbas dans Jami’ Al-Saghir de Suyuti, page 107; Hakim dans son Sahih Al-Mustadrak, chapitre Les Vertus de Ali, volume 3, page 226, selon deux éminents rapporteurs, Ibn Abbas et Jabir Ibn Abdullah Ansari ; Imam Ahmad Ibn Mohammed Ibn Saddiq Al-Maghribi, du Caire, a fait une compilation de tous les hadiths concernant ce sujet dans Fath Al-Mulk Al-Ali; ouvrage imprimé en l’an 1354 de l’Hégire, à Matba Al-Islamiyah, Egypte.

 

Le Messager de Allah (pslf) a déclaré: “Je suis le lieu où se conserve la Croyance; Ali en est la Porte“.
Rapporté par Tirmidhi dans son Sahih ; Ibn Jarir l’a aussi rapporté; de nombreux savants l’ont cité à partir d’eux, tels. Muttaqi de l’Inde, qui en a fait mention dans son Kenz, volume 6, page 401, dans lequel ouvrage, cet auteur cite la conclusion de Ibn Jarir ayant écrit: “Nous acceptons ce hadith en tant que crédible et authentique … ” ; Jalal Al-Din Suyuti l’a cité à partir de Tirmidhi dans Jami Al-Jawami et Jami Al-Saghir, volume 1, page 170.

 

 

Le Messager de Allah (pslf) a déclaré: “Ali est la Porte qui ouvre sur mon savoir; après moi, il expliquera à mes disciples ce qui est descendu sur moi; faire preuve à son égard d’affection est une marque de foi; faire preuve à son égard de dédain est une marque d’hypocrisie“.

 

Rapporté par Al-Daylami selon Abu Dharr ; Kenz Al-Ummal, partie 6, page 156.

 

 

Le Messager de Allah (pslf) a dit: “Je suis le Protecteur et Ali le Guide. Ô Ali! Après moi, ceux qui rechercheront la Guidance, la trouveront en toi“.

 

Rapporté par Daylami qui rattache ce hadith à Ibn Abbas, hadith 2631 dans Kenz Al¬Ummal, volume 6, page 157.

 

 

Le Messager de Allah (pslf) a déclaré: “O Ali! Tu es le Guide dans ce monde et le Guide dans le Monde futur; ton ami est mon ami, et mon ami est l’ami de Allah ; ton ennemi est mon ennemi, et mon ennemi est l’ennemi de Allah. Malheur à celui qui te détestera après mon décès“. Hakim a rapporté ce hadith dans Mustadrak, volume 3, page 128, le qualifiant d’authentique selon les règles des deux Scheikhs, Muslim et Bukhari.

 

Le Messager de Allah (pslf) ayant pointé sa main en direction de Ali (s) pour dire ceci de lui (s): “Cet Ali fut la première personne à croire en ma Prophétie, et il sera la première personne à me prendre la main le Jour du Jugement; il est la plus véridique de toutes les personnes et le plus avisé de tous ceux qui font preuve de discernement dans cette Nation; il sait faire la différence entre le Vrai et le Faux; il est le Guide des Croyants“.

 

Rapporté par Tabarani dans son Kabir selon Salman et Abu Dharr; Bayhaqi dans son Sunnan ; Ibn Adi dans son Kamil selon Hudhayfah ; Kenz Al-Ummal, volume 6, page 156, n 2608.

 

 

 

Le Messager de Allah (pslf) déclara ceci : “Allah m’a annoncé que Ali est l’Etendard de la Guidance; l’Imam de mes amis; la lumières de ceux qui font preuve d’obéissance à mon égard; il est l’argument que j’ai imposé aux pieux en tant qu’obligation.

 

Rapporté par Abu Na’im dans son Huliyah Al-Awliya selon Abu Barzah Al-Aslami et Anas Ibn Malik; Allamah Mu’tazali en a fait mention dans son Sharh Al-Nahj Al-Balagha, volume 2, page 449.

 

 

Le Messager de Allah (pslf) a dit: “II y a cette inscription sur la Porte du Paradis: Il n’y a de Allah que Allah ; Mohammed est le Messager de Allah ; et Ali est le frère du Messager“.

 

Rapporté par Tabarani dans Awsat; Khatib dans Muttafiq wa Al-Muftaraq; Kenz Al¬Ummal, volume 6, page 159.

 

 
Le Messager de Allah (pslf) a dit: “Sur l’un des pieds du Trône Sacré et Elevé il y a cette inscription: Il n’y a de Allah que Allah ; Mohammed est le Messager de Allah ; Je le soutiens par Ali et l’assiste par Ali“.

Rapporté par Tabarani dans Kabir ; Ibn Assakir l’ayant pris chez Abu Hamra ; la chaîne parvenant jusqu’au Prophète (pslf) dans Kenz Al-Ummal, volume 6, page 58.

 

Tables des Matières

 

Nahjoul Balâgha ou La voie de l’éloquence de Ali 1

AVANT PROPOS_ 1

Chapitre premier : Les attributs de Allah et la Création des cieux, de la terre, des anges et de l’Homme. 7

Chapitre second: Création des animaux et description des certaines espèces 20

Création de la fourmi 20

Création de la sauterelle_ 21

A propos de la chauve-souris 21

A propos des oiseaux_ 22

Le paon_ 22

Les plus petites bêtes de la création_ 23

Chapitre troisième: Avant la Mission du Prophète et le Coran_ 24

Sermon sur l’état des arabes avant la mission_ 24

A propos du Messager et du Coran_ 24

Le Coran_ 24

Chapitre quatrième: Les piliers de l’Islam. Conseils et Remontrances 25

De la foi et des piliers de l’islam_ 25

Les piliers de l’islam tels que l’Imam Ali les recommandations à ses compagnons 25

La Zakat 26

Le dépôt de la foi 26

Conseils et remontrances 26

Reproches au Calife Otman à la suite des plaintes des fidèles 27

Son opinion sur l’assassinat d’Otman_ 27

Remontrances 28

Chapitre cinquième: Nécessité d’écarter les tentations et les séditions 30

Après l’élection d’Abou Bakr 30

Mise en garde contre la zizanie (désunion, discorde) 30

La tentation_ 31

Extrait d’un sermon où il met en garde les fidèles contre les séductions de ce monde_ 32

Chapitre sixième: Le Califat et sa transmission (Al-Baya) 33

Propos tenus lorsqu’on lui demanda d’accepter la succession d’Othman_ 33

Après sa proclamation comme calife, il déclare à propos de cette charge_ 33

Proclamé calife, l’Imam répond à des partisans… 33

Propos tenus au début de son califat 34

Les services rendus au Prophète au moment de sa mort 34

L’homme digne du Califat 35

Droits et devoirs du dirigeant et des administrés 35

Il termina en substance: Droits et obligation de l’Emir 36

Chapitre huitième : La bataille du chameau_ 37

Discours prononcé a propos de Talha lorsqu’il apprit le départ de Aïcha… 37

La Bataille du Chameau_ 37

Propos tenus par lui lorsqu’on… 38

A son fils Mohammad… 38

Après sa victoire à la bataille du Chameau_ 38

Admonestation adressé aux gens de Bassora_ 38

Après la mort de Talha et Zoubeir 38

Chapitre neuvième: La bataille de Siffine et les Khawarej (les dissidents) 40

Prière faite avant la Bataille_ 40

Il s’adresse à ses compagnons 40

Au sujet des deux arbitres 40

Propos adressé à l’un de ses compagnons 40

S’adressant dans leur cantonnement aux Khawarej… 41

Aux Khawarej 1_ 42

Aux Khawarej 2_ 42

Lettre à Moawia_ 43

Encore à Mu’awia : 43

Egalement à Mu’awia : 44

A Ziad son gouv. à Bassorah_ 45

Chapitre septième: Les lettres d’Ali (as) 46

A Mohamed ibn Abi Bakr Lors de sa nomination comme gouverneur de l’Egypte_ 46

A Mohamed ibn Abi Bakr à l’occasion de sa destitution et de la nomination à sa place de al-Achtar. Ce dernier devait mourir en route avant de prendre fonction_ 47

A Abdallah Ibn El-Abbas après l’assassinat de Mohamed Ibn Abi Bakr 47

Aux habitants de l’Égypte à l’occasion de la nomination d’al-Achtar comme gouverneur  48

A Amr Ibn el As (partisan de Mu’awia) 48

LETTRE ADRESSÉE PAR L’IMAM A AL ACHTAR_ 49

A Katham ibn Abbas alors son gouverneur à la Mecque 59

A Salman le persan quelques jours avant qu’Ali ne soit calife_ 59

A Omar ibn Abi Salamah al Makhzoumi qui était son gouverneur au Bahrein_ 60

Chapitre dixième: Recommandations et réflexions sur les qualités des hommes 61

Prêches et pensées sur les qualités des hommes 61

Extrait d’un sermon ou l’Imam divise les humains en trois catégories 61

Sur ceux qui aspirent au pouvoir sans en être dignes 61

Blâme des magistrats qui ne s’accordent pas sur les sentences 62

Portrait de ses partisans et de ceux du Prophète : 62

Les partisans du messager 63

Portrait des Omeyyades 64

Sur la médisance_ 64

Sur les causes de la ruine d’une société_ 65

L’Imam récuse toute injustice et décrit ses rapports, avec son frère Akil et autrui 65

Description de ceux qui vivent dans l’erreur 66

Qualités et défauts des hommes 66

Les hypocrites 66

L’homme qui induit en erreur 66

L’homme qui sème le doute 67

Les véridiques ayant bonne mémoire: 67

En ce qui concerne le fait d’ordonner le bien et d’interdire le mal 67

Des pauvres et des riches 68

Chapitre onzième: Recommandations et description de la vie en ce monde 70

Sermons, recommandations, exhortations aux gens 70

Merite transcendant du Coran_ 71

Exhortation à l’action_ 71

Conseils aux gens 72

Les formes de l’injustice_ 72

La nécessité de l’obéissance_ 73

La quête d’exemple_ 73

Mise en garde contre Satan_ 73

Mise en garde contre l’orgueil 74

Mise en garde contre l’obéissance aux orgueilleux_ 74

L’exemple du passé_ 74

Modestie des prophètes 75

La Ka’ba sacrée_ 76

Mise en garde contre la tyrannie_ 76

Avantages des obligations divines 77

Le passion des richesses 77

L’exemple des peuples anciens 78

La grâce à travers le Prophète_ 78

Blâme aux rebelles 78

Valeur de la Révélation_ 79

Exhortation_ 80

Description des pieux_ 81

LES MESSAGERS DE ALLAH_ 83

Mohammad (saw) 83

Moïse (as) 83

David (as) 83

‘Issa (as) 83

Les temps futurs 83

Sermon_ 84

Sur le renoncement a ce monde et le désir de l’autre_ 84

Ce monde est éphémère_ 85

Qu’est-ce que la foi ?_ 85

L’état des habitants des tombes à la resurrection_ 85

Description de la vie ici bas 86

Mise en garde contre la vie ici bas 86

Chapitre douzième: Invocation de Allah, Maître des univers 88

Une prière que l’Imam répétait souvent 88

Une autre prière_ 88

Une prière_ 89

Une prière pour demander la pluie_ 89

Chapitre treizième: Recommandations 91

D’une missive à Ma`kal ibn Kaiss lui donnant des conseils lorsqu’il l’envoya en Syrie à la tête de trois mille hommes  91

D’une recommandation qu’il a faite à une armée qu’il avait envoyée au combat 91

A ses troupes avant la bataille de Siffine_ 91

Recommandation qu’il adressa à celui qu’il chargeait de percevoir l’aumône légale_ 92

Koumeil ibn Ziad An-Nakha’i rapporte: 93

De l’Imam à son fils aîné Al-Hassan (écrit à Hadirin, village situé dans les parages de Siffine où l’Imam venait de se retirer) 94

Chapitre quatorzième: Quelques pensées choisies 100

50 hadiçes de Imam Ali (as) 104

Chapitre premier : Les attributs de Allah et la Création des cieux, de la terre, des anges et de l’Homme.

Louange à Allah, dont la création révèle l’existence ! La contingence de la création manifeste son éternité, la ressemblance des créatures prouve qu’Il n’a pas de semblable.

Les sens ne sauraient le percevoir ni les voiles le cacher, vu la disparité entre l’Auteur et l’objet, le Limitateur et le limité, le Seigneur et le serviteur.

Unique sans conception numérale, Créateur, mais hors de toute notion de mouvement et de fatigue, Il entend sans organe, voit sans appareil visuel, témoigne sans contact. Il est éloigné, sans relâchement de distance, Apparent sans visibilité, l’Intrinsèque sans délimitation.

Il se distingue des objets en les subjuguant et en les dominant ; les ” créatures” se distinguent de Lui par leur soumission et leur dépendance.

Toute description de Allah le limite; toute limitation le dénombre, et tout dénombrement abolit son éternité.

Dire “Comment est-il?”, c’est essayer de le décrire ; se demander “Où réside-t-il”, c’est le circonscrire.

Il connaît sans être connu. Il est tout puissant et invulnérable

Grâce soit rendue à Allah, que nulle expression ne saurait glorifier, en dénombrer les bienfaits ou lui rendre l’hommage requis, ni les regards les plus profonds l’atteindre, ni les intelligences sonder son essence.

Son être n’a point de bornes, ni de qualificatif, ni de terme ou de fin déterminés.

Son Omnipotence a modelé les créatures. Sa miséricorde a répandu les vents; Il a consolidé la terre avec des rocs fermes.

Le commencement de la foi est connaissance de Allah, son couronnement est d’y croire, sa perfection est de proclamer son unicité: se dévouer à lui, c’est achever la foi en son unicité et rejeter toute multiplicité dans sa nature.

Toute multiplicité se dédouble, tout dédoublement est ignorance de la nature divine; toute ignorance est une désignation qui implique une limitation; qui dit limitation dit dénombrement.

Toute interrogation Lui fixant un lieu ou une forme est une négation de Allah.

Etre incréé, existant éternellement avec tout sans comparaison et hors de tout sans différence, Il sans notion de mouvement ni d’instrument, sans être vu de Ses créatures. Seul, Il ne s’attache à aucun lieu ni n’en regrette la perte.

Il a tiré l’univers du néant, l’a forgé de rien, sans effort intellectuel, ni expérience acquise, ni mouvement acté, ni hésitation ou préméditation.

Il fixa le terme des choses, en harmonisa les divergences, percevant leurs limites, leurs fins, leurs semblables et leurs aspects.

Puis Il dégagea les espaces, les distances, les voies et les cours cosmiques, et Il fit couler des eaux aux vagues houleuses et hautes; Il les fit charger sur les ailes des vents furieux et de la tempête déchaînée.

Puis Il ordonna aux vents de renvoyer les eaux, de les brider et de les dompter. L’air s’y livra passage et les eaux s’y déversèrent.

Il créa ensuite un vent stérile en permanence, violent, d’origine lointaine qu’il chargea de faire mouvoir l’eau haute, de soulever les vagues des mers. Ces vents agitèrent fortement les eaux, les dispersèrent dans l’espace et les remuèrent avec fougue.

Puis de ces vagues démontées et écumantes, élevées dans l’air libre et le Cosmos ouvert, il façonna sept cieux dont le plus bas est formé des vapeurs condensées des vagues et le plus haut d’un toit inaccessible et d’une voûte sublime qui flottent sans support ni jointures.

Il orna alors les galaxies d’astres et d’étoiles brillantes. Dans un firmament constellé et mouvant, Allah fit graviter un soleil éclatant et une lune scintillante.

Puis Allah dégagea les hauts cieux qu’il peupla d’anges de toutes catégories; les uns se prosternant sans s’agenouiller, d’autres s’agenouillant sans se dresser, d’autres en rangs impacts ou rendant hommage à Allah sans se lasser; ils ne sont pas assujettis au sommeil, à la distraction des esprits, à la lassitude des corps ou à l’inadvertance de l’oubli.

Les uns sont dépositaires et confidents de ses révélations, porte-parole auprès de ses messagers, exécutants de ses décrets et ordres; d’autres sont protecteurs de ses adorateurs, ou gardiens des portes des paradis.

Quelques-uns ont les pieds fixés loin dans les profondeurs des terres tandis que leur tête traverse le firmament supérieur; leurs corps émergent hors de tout espace; leurs épaules s’adaptent aux piliers du Trône.

N’osant fixer le regard sur le Trône, ils ont les ailes pliées autour, les voiles de la gloire et les rideaux de la puissance dressés entre eux et leurs inférieurs.

Ils ne conçoivent guère Allah sous une forme visible, ne lui appliquent aucunement les attributs contingents, ne les délimitent nullement et ne lui reconnaissent pas de pair.

La Création de Adam

Allah rassembla du limon de tout ce qu’il y avait sur la terre d’élévations escarpées, de plaines, de doux et de salé, le trempa dans l’eau, le pétrit jusqu’à lui donner la viscosité de l’argile, puis en fit une forme avec côtes, jointures, organes et fragments divers.

Il la solidifia, la durcit, lui fixa un laps de temps déterminé et un destin arrêté en lui insufflant de son esprit. Cet ensemble devint un homme doué d’entendement, de réflexion, d’organes sensoriels réceptacle de connaissance, susceptible de distinguer le vrai du faux, de percevoir les saveurs, les goûts les couleurs, et les divers genres de choses; créature de similitudes harmonieuses, de contrastes discordants, d’alliages diversifiés; mêlant le chaud au froid, le dynamisme à l’immobilité.

Allah présenta aux anges son œuvre et leur enjoignit de se prosterner devant elle et de l’honorer,

“Prosternez-vous devant Adam”, leur ordonna-t-il; ils se prosternèrent tous hormis l’orgueilleux Iblis (Satan). Créé de feu, il méprisait l’homme, créé d’argile. Il demanda à Allah un délai afin d’avoir le temps de tenter l’homme, de préparer et d’accomplir son œuvre néfaste et catastrophique.

Allah dit : “Ce délai t’est accordé jusqu’au Jour de l’instant connu de nous”.

Le Seigneur installa Adam dans une demeure paisible et prospère. Il le mit en garde contre son ennemi Iblis.

Tenté par le Démon qui ne lui pardonnait pas de vivre au Paradis en compagnie des anges, Adam faiblit et succomba aux tentations, troquant la joie contre l’angoisse, la certitude contre le doute et la quiétude contre le remords.

Néanmoins, Allah par sa grâce sublime agréa son repentir, lui promit de le réintégrer dans son paradis, et l’établit dans cette vallée d’épreuves pour la peupler de sa progéniture.

 

Le Seigneur – qu’il soit exalté – élit parmi les fils d’Adam des prophètes loyaux et fidèles qu’il chargea de la mission apostolique de porter la révélation et de l’annoncer.

Quand la majorité des hommes trahirent leur engagement envers Allah, dénièrent son droit transcendant, lui associant des partenaires, ils furent déviés par les démons de la connaissance de Allah, renoncèrent à l’adorer. Le Seigneur leur envoya successivement ses messagers et ses prophètes, pour leur rappeler le pacte dont leur conscience était imprégnée et ses faveurs oubliées, leur renouveler le témoignage de la Révélation, les sommer de méditer en leur révélant les secrets les plus impénétrables et les prodiges de l’omnipotence: tels la voûte céleste suspendue au-dessus de leurs têtes, la terre qui leur sert de demeure, les ressources qui leur assurent la vie, les destins qui les exterminent, les maux qui les font vieillir, la succession des événements.

Le Seigneur n’a jamais privé les hommes d’un apôtre messager d’un livre révélé, d’un argument convaincant et d’un droit chemin sans ambiguïté. Le nombre restreint des prophètes et la multitude des détracteurs n’ont eu aucun impact sur le message divin. Le précurseur annonçait celui qui le suivrait et témoignait pour celui qui l’avait précédé.

Ainsi s’écoulèrent les siècles et se succédèrent les générations, passèrent les pères auxquels succédèrent les enfants.

 

Puis le Seigneur envoya Mohammad (que son nom et celui des siens et compagnons soient bénis). Mohammad accomplit ainsi la promesse faite par les prophètes, ses prédécesseurs. Allah en fit le couronnement des prophètes; il le rendit illustre par sa naissance et ses vertus.

La terre était lors de l’avènement du Prophète partagée en sectes gouvernées par les passions et engagées dans des voies diverses: les unes confondaient le Créateur et les créatures, les autres niaient le Créateur ou adoraient d’autres Allahx.

Grâce au Prophète, Allah tira les hommes de leur égarement, fit dissiper l’ignorance.

Puis pour honorer le Prophète, le récompenser de sa loyauté, le tirer de ce monde éphémère d’épreuves vers le séjour éternel, Allah le rappela auprès de lui.

A l’instar des autres prophètes Mohammad laissa son message aux nations et leur traça un chemin éclairé par la foi et la sagesse.

 

Le Livre de Allah est parmi vous.

Il distingue le licite de l’illicite, fixe les obligations et les vertus, les jugements fermes tant particuliers que généraux, l’absolu et le relatif, les exemples à suivre, les limites et les extensions, le précis et l’ambigu.

Allah en explique le tout, en dévoile l’obscur, indique clairement ce qui est obligatoire et laisse à la Sunnah d’éclairer ce qui est ambigu et de déterminer ce qu’on peut délaisser, ce qui est de rigueur et ce qui peut être dépasse avec le temps. Il prévoit les interdictions dont la violation entraîne le supplice de la Géhenne et les petites fautes pardonnables aux pécheurs. Il fixe même le minimum toléré et le maximum souhaité dans chaque action.

 

Allah vous fit obligation de visiter sa Sainte Maison qu’il institua comme point de mire de tous les hommes qui s’y rendent en troupe et s’y réfugient comme des colombes.

Le Seigneur en fit la marque de la soumission des nations devant sa grandeur et de leur inclination devant sa majesté.

Il choisit parmi ses créatures des hommes qui répondent à son appel, croient en sa parole, adoptent les attitudes de ses prophètes, ressemblent aux anges qui entourent son Trône.

Ces hommes s’enrichissent à l’adorer et activent l’échéance de son pardon pour les autres.

Par sa grâce et sa majesté, il fit de cette Maison le symbole de l’adhésion à l’Islam et un refuge pour ceux qui cherchent sa protection. Allah rendit le pèlerinage obligatoire pour toute personne qui en possède les moyens. Le Coran dit à cet effet: incombe aux hommes – à celui qui en possède les moyens – d’aller, pour Allah, en pèlerinage à la Maison. Quant à l’incrédule, qu’il sache que Allah se suffit à lui-même et qu’il n’a pas besoin de l’univers.

 

Louange à Allah qui connaît le fond caché des choses, et à qui se manifestent les phénomènes apparents, celui qui se refuse à tout regard; l’œil qui ne l’aurait pas vu ne saurait le nier, le cœur qui y croit ne saurait le voir.

Il a dépassé toute hauteur et nul n’atteindrait sa transcendance; il s’est rapproché si près que rien n’est aussi proche que lui.

Sa transcendance ne l’a aucunement éloigné de ses créatures; de même, son approche ne les a point élevées à son rang;

L’esprit ne peut pas cerner tous ses attributs mais Allah n’a pas mis de voile devant l’obligation de le connaître.

Il est celui pour qui toutes les merveilles de la création sont un témoignage de son existence en dépit des négateurs. Il est vraiment au-dessus des dires des polythéistes et des ingrats.

 

Allah détermina magnifiquement sa créature, l’aménagea délicatement, l’orienta vers sa destinée conformément à sa trajectoire, sans jamais manquer le but qu’il lui assigna. Cette créature ne rencontra aucun obstacle pour autant qu’elle agisse selon la volonté du Créateur.

Comment en serait- il autrement alors que les, ordres émanent de Allah?

Sans aucun effort de réflexion préalable ni spontanéité instinctive, Allah n’a pas profité d’une expérience antérieure et n’a eu recours à l’assistance d’aucun associé pour créer les merveilles des choses.

Tout fut accompli par lui seul, et tout obéit à sa volonté et répond à son mandement.

Il ne connut pas la lenteur de l’être brut, ni la patience du timoré.

Il redressa la distorsion des choses, traça leurs limites, concilia par sa puissance leurs contradictions, maria les âmes aux corps, les répartit en races différentes par leurs destinées, limites, tendances et formes. Il maîtrisa parfaitement ses créatures, leur attribua des dons et des natures et les tira du néant au gré de sa volonté.

 

Allah agença les hauts cieux sans suspension, souda leurs failles, les noua les uns aux autres, aplanit leurs aspérités pour ses anges qui portent ses messages aux hommes et qui remontent pour lui rapporter les actions de ses créatures.

Il ordonna aux cieux qui étaient alors vapeur de se joindre. Il écarta toutes grandes les issues des cieux, plaça une garde formée par les astres brillants dans leurs interstices, leur évita par sa puissance d’être les jouets des vents, leur ordonna de s’incliner devant ses ordres.

Il fit du soleil une merveille de lumière pour le jour et de la lune (quoique sujette à des disparitions) un signe pendant ta nuit.

Il traça rigoureusement le cours de leur déplacement et de leur parcours afin de différencier, grâce à eux le jour et la nuit et de faire connaître par leurs périples le nombre des années et pour établir des calculs.

Puis il suspendit le ciel dans sa voûte et y accrocha, pour l’embellir, des astres et des étoiles.

Il dirigea ses météores contre les agents de Satan; il les guida dans la voie tracée par sa volonté en déterminant leurs révolutions ou en mettant fin à leur mouvement, en réglant leur ascension ou leur descente et en décidant de leur sort.

 

Puis Allah créa, en vue de peupler les cieux y compris le ciel le plus haut de son royaume, parmi les merveilleux êtres: les anges.

Il en remplit les cieux et leurs espaces.

Entre les failles célestes et dans ces lieux sacrés, retentissent les voix d’exaltation de même que derrière les voiles de la gloire.

Derrière ces clameurs très intenses resplendissent des couches de lumière que les yeux ne peuvent concevoir et devant lesquelles ils reculent vaincus.

Les anges sont des êtres divers et de puissances inégales. Les uns, ailés, qui louent la Majesté du Seigneur, ne prétendent pas avoir créé quelque chose, ni avoir joué un r8le dans la création opérée uniquement par le Seigneur; “ce sont des adorateurs fervents, qui ne devancent pas les paroles du Seigneur et exécutent ses ordres”.

Allah en fit les confidents de sa Révélation, leur confia le soin de porter à ses messagers ses ordres et ses interdits. Il les mit à l’abri de tout soupçon. Aucun d’eux ne saurait s’écarter de son chemin.

Il les a dotés de tous moyens de secours, a baigné leur cœur de sa quiétude, leur a ouvert, larges, les portes pour sa louange, leur a octroyé des pensées lumineuses qui les guident vers la connaissance de son unicité.

Ces anges ne sont point accablés par les fardeaux des péchés, ne sont point soumis aux besoins qui dérivent de leur faction de nuit et de jour; leur foi n’à point été entamée par les affres du doute, ni leur conviction ébranlée par le scepticisme. Point d’étincelle d’inimitié qui les divise, de doute qui ôte la science imprimée dans leur conscience et trouble dans leur cœur leur respect pour la grandeur et la majesté divines; point de tentation qui voile d’impureté leurs pensées.

Certains ont une ressemblance avec les nuées, l’éminence des montagnes les plus élevées et la profondeur de la nuit la plus ténébreuse; d’autres, dont les pieds ont pénétré les profondeurs de la terre basse, sont semblables à des étendards blancs qui traversent les courants aériens sous lesquels circule un zéphyr qui les retient dans les limites déterminées.

Ils se sont adonnés à l’adoration du Seigneur: les vérités de la foi les ont ralliés dans la connaissance du Seigneur et ont renforcé leur amour de Allah; leur désir du Seigneur prévaut sur tout autre désir pour avoir goûté la douceur de Sa connaissance et bu à la coupe rafraîchissante de Sa miséricorde.

La peur du Seigneur a possédé leur cœur. Ils se sont inclinés par longue obéissance. Même leur désir fervent du Seigneur ne les dispense pas de solliciter Sa faveur; leur grande proximité de Allah ne les libère point de leur lien de subordination envers lui. Jamais leurs louanges et actions passées ne leur ont paru matière à vanité, ni leur obéissance une occasion de surestimer leurs mérites. Ces anges ne connaissent pas l’ennui malgré la longueur de leurs périodes d’adoration, ne sont nullement tentés de s’écarter de la voie du Seigneur, ne se lassent pas de le louer et de se prosterner devant Sa face, ne se laissent pas gagner par la paresse, la distraction ou les passions pour souhaiter un répit.

Ils ont pris le Seigneur comme un trésor pour les jours de misère et se sont tournés totalement vers lui pour l’adorer, lui obéir, espérer en lui et le craindre dans leurs cœurs. Ils ne regardent pas d’un œil de vanité leurs actes passés pour ne pas perdre l’espérance, et ne se sont pas écartés de leur Seigneur parce qu’ils ne sont pas sous la coupe du démon; ils ne connaissent point l’inimitié, ni l’envie, ni le doute, ni la bassesse. Ils sont habités d’une foi inébranlable que la déviation, la tiédeur et la paresse ne peuvent jamais entamer

Il n’y a point au ciel un endroit, si réduit soit-il, où l’on ne trouve un ange à genoux ou un messager diligent. Plus ils obéissent au Seigneur, plus ils le connaissent, et plus leurs cœurs se remplissent de Sa Grandeur.

 

Allah amoncela la terre sur des vagues en furie et des abîmes insondables.

Les crêtes des vagues houleuses s’entrechoquent, s’entremêlent et écument comme des étalons en rut.

La violence de l’eau en fureur se soumet sous le lourd fardeau de la terre. Sa rage s’apaise par son contact avec ses dunes.

L’eau s’humilia quand la terre appuya sur elle son échine; après le mugissement de ses vagues, l’eau se calma et reconnut sa défaite; elle fut traînée, prisonnière, dans les chaînes.

La terre s’installa dans les abîmes aquatiques, humilia l’orgueil et la morgue de l’eau, lui fit baisser la tête et renoncer à sa fierté.

Une fois l’agitation de l’eau sous la terre apaisée et les montagnes ayant émergé sur sa surface, Allah fit jaillir les sources des cavités de la terre, les répartit dans ses plaines et ses vallées.

Il ajusta l’équilibre dans ses mouvements par des monts solides, aux cimes et rocs inaltérables; alors la terre cessa de trembler sous la charge des montagnes ‘implantées dans sa surface et dans ses cavités.

Puis le Seigneur sépara la terre de l’atmosphère, institua 1’air pour permettre à ses habitants de respirer et la dota de toutes les ressources nécessaires pour la vie.

Il ne laissa pas sans eau les régions inaccessibles aux fleuves mais leur envoya des nuages pour vivifier leur aridité et faire pousser leur végétation.

Il réunit les nuages les plus divers, déchirés par l’éclair qu’il soumit sous le poids de la pluie laissant tomber l’eau drue et vivifiante.

Une fois la charge des nuages déversée, Allah fit jaillir du sol la végétation et l’herbe des montagnes arides pour le plaisir des yeux. Il orna la terre de fleurs et l’embellit de ses lumières.

Il en fit la nourriture des hommes et le pâturage des bestiaux.

Il créa des espaces et les dota de flambeaux pour les passants.

La terre, une fois aménagée, et ses ordres exécutés, Allah choisit Adam, sa créature d élections, sa première œuvre humaine, le logea dans son paradis, le traita avec générosité, lui signifia ses ordres, et le prévint du danger de la désobéissance pour son avenir.

Mais Adam contrevint aux ordres du Seigneur. Adam se repentit et Allah le fit descendre sur la terre pour la peupler de sa descendance et pour servir de témoin aux autres hommes.

Allah n’a pas abandonné les hommes à eux-mêmes après la mort de leur père Adam sans leur confirmer Sa divinité et leur permettre de le connaître.

Il leur parla par la bouche de ses prophètes élus et de ses messagers, siècle après siècle, pour aboutir au dernier Prophète Mohammad qui est le sceau des prophètes et messagers de Allah.

Il détermina les fortunes tantôt abondantes, tantôt modestes, les répartit entre les hommes mais fut toujours équitable pour éprouver la patience et la reconnaissance du pauvre et du riche.

Il mit côte à côte la misère et la richesse, la sécurité et l’insécurité, la joie et la peine, allongea les âges, en raccourcit d’autres et soumit les humains à la mort.

Allah connaît les secrets les plus intimes et les plus cachés, les intentions, les frémissements des paupières, le fond des cœurs et des abîmes et les paroles les plus courtes qui défient toute ouïe; il connaît les estivages des fourmis, les hivernages des insectes, les soupirs des cœurs passionnés, le frôlement des pas sur la terre, les zones de développement des fruits, les repères des fauves dans les montagnes et l’es vallées, la cachette du ver à la racine des arbres et sous leurs écorces, la place des feuilles sur les branches, les foyers d’éclosion des nuages, la chute des pluies. I1 cerne ce que les tempêtes traînent derrière elles, ce que les pluies torrentielles détruisent, les abris des reptiles dans les dunes et ceux des oiseaux dans les rochers, ainsi que leur chant dans les trous obscurs où ils se réfugient.

Il connaît le contenu des coquillages et les profondeurs des mers, ce qui se dérobe sous les voiles de la nuit et ce que le jour éclaire; il connaît la trace de chaque pas; le frisson de chaque geste, l’écho de chaque parole, le balbutiement de toute lèvre, l’asile de toute créature, le poids de chaque atome, les soucis de chaque âme inquiète; le fruit de chaque arbre, la chute de toute feuille, la position de chaque germe, la place de chaque goutte ou caillot de sang, l’origine de toute créature et famille. Cette connaissance s’est faite sans peine, sans effort, sans répit ni fatigue. I1 a pénétré de son savoir ses créatures, les a dénombrées, leur a rendu largement justice, les a couvertes de ses faveurs malgré leur incompétence à reconnaître ses mérites et ses bienfaits.

Allah! Tu es celui à qui conviennent les plus belles descriptions et énumérations, d’où émanent les dons innombrables; si on espère en Toi, Tu es le meilleur des sollicités. A celui qui met son espérance en Toi, Tu es le meilleur de qui on attend une grâce.

Allah! Tu m’as prodigué ce dont je ne louerai d’autre que Toi et ce dont je ne remercierai que Toi. Je ne mettrai pas mes espoirs dans les sources de déception et les lieux du doute. Tu as empêché ma langue de dévier vers la louange des humains, de glorifier les despotes qui ne sont que des créatures.

Allah! Toute personne s’attend à une gratification ou à une récompense de la part de celui dont elle fait l’éloge.

Et je l’attends humblement de Toi car tu disposes d’une immense miséricorde et de trésors de pardons.

O Seigneur! C’est là la position de celui qui T’a réservé l’unicité qui ne sied qu’à Toi, de celui qui ne voit aucun autre digne de ces remerciements et de ces louanges, si ce n’est Toi.

Mon désir en Toi ne peut être satisfait que par Ta grâce, et ma pauvreté ne peut devenir richesse que par ta générosité et Tes largesses. Offre-nous en cette occasion Ta satisfaction et dispense-nous de tendre la main à un autre que Toi, car “Tu as le pouvoir sur toutes choses”.

 

Toute chose s’humilie sans murmure devant Allah et toute chose subsiste par lui.

Il est la richesse du pauvre, la gloire de l’humble, la force du faible, le refuge du persécuté.

Lorsque vous parlez, il entend votre voix, lorsque vous gardez le silence, il connaît votre secret.

Celui qui vit lui doit ses biens, celui qui meurt s’en retourne vers lui.

Quel œil a pu te voir pour te décrire à nous? Bien plus Tu es, avant que tes créatures n’aient songé à te décrire.

Tu n’as pas créé tes créatures pour combler ta solitude, Tu ne les as pas utilisées pour en tirer avantage.

Nul ne saurait devancer ton appel, nul ne saurait échapper à ta prise. Celui qui te désobéit ne diminue en rien ta puissance; celui qui t’obéit n’augmente en rien ton pouvoir. Il ne saurait renverser ton ordre, celui qui repousse tes décrets, de même le rebelle ne pourrait se passer de Toi.

Tout secret est pour Toi évidence, tout mystère est pour Toi témoignage patent.

Tu es l’éternité, Tu transcendes le temps, Tu es la fin. Tu es le but et il n’y a de fuite devant Toi qu’envers Toi.

Tu tiens dans .tes mains les rênes de toute bête et la destinée de toute âme.

Gloire à Toi comme Tu es Sublime!

Gloire à Toi, comme ce que nous voyons dans ta création est sublime! Et comme toute grandeur est petite au regard de ta puissance!

Quelle magnificence nous voyons dans ton règne! Et combien elle est insignifiante devant ce qui nous échappe!

Quelles largesses dans tes bontés ici-bas et comme elles sont minces au regard de tes bontés dans l’au-delà!

 

Lorsque ce qui est écrit arrivera à son terme, lorsqu’il sera donné aux choses l’ultime mesure, lorsque la dernière créature rejoindra la première, lorsque les ordres de Allah, pour renouveler la création, seront donnés, alors le ciel sera bouleversé et disloqué. Allah fera secouer et trembler la terre; il fera arracher et disperser les montagnes; certaines s’effondreront par respect pour sa Majesté et par crainte de sa Puissance.

Il en fera sortir les habitants, les ressuscitera et les rassemblera après dispersion. Il les répartira en deux groupes pour les interroger sur leurs œuvres secrètes et leurs agissements cachés. Il accordera bonheur et abondance aux uns et châtiera les autres.

Aux gens de l’obéissance, il accordera son voisinage et l’éternité dans sa demeure où tout changement est inconnu et où règne la stabilité. Là ils ignoreront la peur, ne seront pas atteints par les maladies, n’affronteront pas les dangers et ne seront pas lassés par les déplacements.

Quant aux rebelles, il leur réservera les plus affreuses demeures. Il leur liera les mains derrière les nuques, il attachera les touffes de leurs cheveux à leurs pieds, les couvrira de goudron et de haillons enflammés.

Il les plongera dans les tourments les plus brûlants, il les enfermera hermétiquement dans des flammes furieuses et dévorantes, ardentes et terribles qui ne laissent nul repos à leurs habitants, ni possibilité de rachat à leurs prisonniers, ni aptitude pour en rompre les nœuds. C’est un séjour sans terme ni fin permettant à ses occupants d’en sortir.

 

Sentez- vous la présence de l’archange de la mort quand il entre dans un foyer? Le voyez- vous quand il prend l’âme d’une créature? Avez- vous vu le fœtus mourir dans les flancs de sa mère?

L’archange de la mort pénètre-t-il par les membres ou bien l’âme se rend-elle à son appel sur l’ordre de Allah?

L’archange de la mort loge-t-il avec le fœtus dans les flancs de la mère? Une créature saura-t-elle jamais décrire son Créateur alors qu’elle est incapable de décrire une autre créature de son espèce?

Un de ses amis lui ayant demandé: “Vous a-t-il été accordé de connaître l’avenir”? L’Imam sourit et lui répondit: “Ce n’est pas là une science de l’avenir; nous avons appris cela du Livre de Allah et de son Prophète”.

Connaître l’avenir, c’est connaître l’heure du Jugement dernier.

Allah dit à ce sujet: “Allah seul connaît l’heure Dernière, fait descendre la pluie et sait ce que contient le sein maternel. Nul homme ne sait ce qu’il acquerra demain; nul homme ne sait en quelle terre il trouvera la mort”.

Allah seul connaît ce que contient le sein maternel: enfant mâle ou femelle, laid ou beau, généreux ou avare, malheureux ou heureux. Allah connaît seul celui qui sera la proie de l’enfer ou l’hôte du paradis en compagnie des prophètes.

Telle est la science de l’avenir connue de Allah uniquement. Le reste est une science que Allah a communiquée à son Prophète, lequel me l’a enseignée, m’a invité à la retenir et à l’enfermer précieusement dans mon cœur”.

 

Gloire à Allah! I1 créa les êtres, nivela la terre, fit couler les eaux dans les vallons et fertiliser les plateaux. Son début n’a pas de commencement et son éternité est sans fin.

Il est le premier et le dernier. Il persiste sans terme.

Les fronts se courbent devant lui et les lèvres déclarent son unicité.

Il a assigné un terme aux êtres au moment de leur création pour s’en distinguer et ne pas leur ressembler.

L’imagination ne saurait l’appréhender par des bornes, des mouvements ou des membres et des instruments. On ne peut lui demander “Quand”, ni lui fixer une durée par “Jusqu’à”. On ne peut dire de ses œuvres visibles: “D’où les avez- vous tirées?” Ni de celles cachées: “Où les avez- vous installées?” Il n’est point une ombre dont on suit les traces et n’est point non plus voilé pour être cerné. Il ne se rapproche point des choses jusqu’à s’y fondre, ni ne s’en éloigne jusqu’à la séparation.

Aucun clin d’œil de ses créatures ne lui échappe, toute parole, toute élévation qui semble proche, tout affaissement minime et invisible dans une nuit profonde ou dans des ténèbres calmes que la lune brillante dissipe, sont cernés par son omniscience. Il en est de même pour le soleil éclatant qui succède à la lune dans son coucher et son lever, pour la succession des temps et des siècles, pour la tombée d’une nuit qui s’amène ou le départ d’un jour qui s’achève.

Il est avant tout but et durée, il est recensement et dénombrement. Il transcende toutes les définitions de tous ceux qui lui attribuent les qualités des choses, les limites des régions, les origines des créatures, la solidité des places. En revanche, toute créature est assujettie à une destinée et toute destinée est imputable à une créature quelconque.

A Zaalab Al Yamâni qui lui demandait s’il avait vu Allah, l’Imam Ali [1]répliqua: “Adorerai-je celui que je ne vois pas”? Alors l’autre de lui dire: “Comment le vois- tu?” Ali fit cette réponse:

“L’œil ne saurait atteindre Allah d’une manière concrète mais les cœurs le pressentent grâce aux vérités de la foi. Il est proche des choses sans y adhérer, éloigné d’elles sans s’en écarter totalement; il n’a pas besoin de réfléchir pour s’exprimer, sa volonté n’est régie par aucun besoin. Il crée sans organes; il est invisible sans être qualifié de clandestin, grand sans brutalité, clairvoyant sans le secours des sens, miséricorAllahx mais sans faiblesse; les faces se prosternent devant Sa Grandeur et Sa crainte ébranle les cœurs.

 

Allah ne créa pas les choses de souches éternelles, ni d’origines préexistantes.

Il dota ce qu’il créa de particularités spécifiques. Il le dessina sous une forme harmonieuse; nulle chose ne saurait se refuser à lui, de même que la soumission d’une chose ne saurait lui profiter.

Il connaît aussi bien les morts que les vivants, ce qu’il y a dans les cieux les plus élevés aussi bien que dans les terres les plus basses.

O créature formée et protégée dans les ténèbres de l’utérus et sous des couches de voiles, tu émanas du limon de la terre, tu fus installé dans un réceptacle sûr pour une durée déterminée et un terme immuable.

Fœtus, tu t’agitais dans les flancs de ta mère incapable de proférer une parole ou d’entendre un appel; puis tu fus tiré de ton réceptacle pour un lieu que tu ignorais et dont tu méconnaissais toute les voies bénéfiques. Or qui t’a guidé à rechercher la subsistance dans la mamelle de ta mère et qui t’a appris à exprimer au besoin tes demandes et désirs?

Hélas! Celui qui est incapable de décrire les êtres à figure et organes est encore plus impuissant à se figurer le Créateur et à le comprendre avec les moyens des créatures.

 

Allah ne fut pas enfanté pour partager sa gloire avec un autre, ni n’engendra un héritier pour lui succéder à sa mort.

Il a précédé le temps et transcendé la durée, il n’est sujet ni à une augmentation ni à une diminution.

Il s’est révélé à la raison par la perfection de ses œuvres et ses décrets inéluctables.

La création des cieux hermétiques qui sont sans colonnes, et qui sont maintenus sans supports, témoigne de sa puissance.

Ils s’empressent de répondre à ses appels et Lui obéissent dans ses ordres sans mot dire.

Si les cieux n’avaient pas reconnu sa divinité et ne s’étaient pas inclinés par soumission il n’en aurait pas fait le lieu de son Trône, ni la demeure de ses anges, ni l’échelle pour les bonnes paroles et les cœurs justes de ses créatures.

Il a fait des astres des cieux des guides aux êtres errants dans les différentes régions de la terre; les ténèbres profondes de la nuit ne sauraient voiler leur lumière, ni l’obscurité ténébreuse dérober l’éclat de la lune répandu dans les cieux.

Loué soit le Seigneur à qui ne saurait se cacher tout ce qui voile la nuit la plus profonde et la plus silencieuse dans les régions du globe les plus basses et les élévations voisines d’un noir rougeâtre, les grondements du tonnerre à l’horizon et la fugacité des éclairs; il connaît toute feuille arrachée de sa tige par les orages et les pluies, toute goutte qui tombe et le lieu de sa chute, la voie et la trace de l’insecte, l’existence du moucheron et ce que la femme porte dans ses flancs.

Gloire à Allah dont l’existence précéda tout: Trône, ciel, terre, démons et hommes; nulle imagination ne le conçoit, nulle intelligence ne le mesure, nulle demande ne le gêne, nul don ne diminue ses trésors. Il ne voit pas avec l’œil, ne s’enferme pas dans un lieu, et n’a point de semblable: il ne ressent aucun besoin; les gens ne sauraient l’atteindre; personne ne lui est comparable.

Il parla à Moïse, lui révéla ses prodiges éclatants sans le secours d’organes ou d’instruments, sans prononciation, ni luette.

O prétentieux qui crois décrire Allah, décris plutôt, tu es sincère, Gabriel, Michaël, les légions des anges privilégiés qui tremblent dans les appartements sacrés, l’esprit frappé de terreur devant le meilleur des créateurs. Tu ne sauras décrire que les êtres visibles, les organes et les mortels promis au néant.

Il n’y a de dieu que Lui. Il a éclairé de sa lumière toute obscurité. I1 assombrit de son obscurité toute lumière.

 

Quiconque le qualifie, renie son unicité. Quiconque le compare se trompe. Celui qui l’assimile ne le désigne point.

Celui qui le montre et l’imagine ne s’adresse pas à lui. Tout ce qui est déterminé a été créé. Toute chose qui dépend d’une autre n’est qu’effet.

Allah agit sans le secours d’un instrument, prévoit sans avoir besoin de réfléchir; il est riche sans chercher un profit, il n’est pas soumis au temps, et se passe d’organes; son existence, son essence, son éternité ont précédé toute durée, tout néant, tout début.

En dotant les sens de sensibilité il a été reconnu comme n’ayant point des sens; en accordant la contradiction aux choses, il a été reconnu comme n’ayant point de contradiction; en confrontant les choses, il a été reconnu comme n’ayant point de semblable.

Il opposa la lumière aux ténèbres, la clarté à l’obscurité, l’immobilité au mouvement, le chaud au froid, il concilia leurs contradictions, renoua leurs divergences et distingua leurs différences.

Nulle limite ne le borne, nul calcul ne le dénombre. Cependant les outils se limitent et les machines se comparent entre elles. “Depuis”, “peut-être”, “cependant” sont des termes inapplicables à son antériorité, à son éternité et à sa perfection.

Par ses attributs il s’est laissé pressentir par la raison et par eux il s’est refusé aux regards; il n’est soumis ni à l’immobilité, ni au mouvement. Comment serait-il donc soumis à son œuvre? S’il en était autrement, son essence serait multiple et son éternité aléatoire; il aurait eu un prédécesseur s’il avait un successeur, et il aurait cherché la perfection s’il avait une imperfection. Alors, il serait marqué du cachet du créé et serait devenu signe au lieu d’être source de référence. Il aurait perdu son pouvoir d’invulnérabilité et aurait été affecté par les choses comme chaque créature.

Il est immuable, éternel, ne connaît pas de fin. I1 n’engendra point pour qu’il soit engendré; il ne fut pas engendré pour connaître des limites.

Il est au-dessus de toute paternité et de toute souillure féminine; l’imagination ne l’atteint point pour pouvoir l’évaluer; les intelligences ne le conçoivent point pour pouvoir 1e décrire; les sens ne parviennent point à le saisir pour en avoir une sensation; les mains ne sauraient le toucher pour en prendre contact; il ne change point d’état, les circonstances n’influent point sur lui.

La succession des nuits et des jours ne l’use point; de même les ténèbres et la lumière ne le modifient point. Il ne peut être décrit comme étant un ensemble de parties, d’organes ou de membres ou un phénomène quelconque, on ne peut le connaître par le “qui” et le “comment”; on ne peut parler à son propos de limite ou de fin, de rupture et de but.

Les choses ne sauraient le contenir ni pour le rehausser ni pour le rabaisser; aucune chose ne peut l’incliner ni l’équilibrer. Il ne s’incarne ni ne se désincarne. I1 informe sans le secours d’une langue ni d’une gorge. Il entend sans oreille, ni organe. Il s’exprime sans parler, retient sans mémoire, il veut sans intention, aime et accorde ses faveurs sans pour autant faire preuve de faiblesse, il déteste et se fâche sans souffrir. Il dit à ce qu’il veut créer: “Sois” et il est, sans proférer ni lancer un appel retentissant. Cependant son Verbe est en lui-même un acte qu’il a créé et modulé de par sa grâce. Le Verbe n’existait pas avant qu’il ne l’eût créé car s’il pouvait exister, il y aurait eu alors un second Allah.

On ne peut dire de Lui: Il fut après n’avoir pas été, sinon il aurait été soumis aux lois de la création; et il n’y aurait point de différence entre la création et Lui, il n’aurait point de supériorité sur elle. Alors le créateur égalerait la créature, le maître d’œuvre, l’œuvre.

Allah conçut les créatures sans modèle préexistant et ne recourut à aucune de ses créatures pour l’aider. Il fit la terre et la soutint sans effort et l’installa sans le secours d’un support; il l’établit sans colonnes et la suspendit sans appui. Il l’immunisa contre toute déviation et inclinaison, il la protégea de la chute et de l’effritement; il ancra ses montagnes et les éleva; il en fit jaillir des sources, traça ses vallées; son œuvre ne connut point de faiblesse, ni d’ébranlement. Il la domine par sa puissance et sa gloire. Il en connaît les secrets grâce à sa science et à sa sagesse. Il est au-dessus de toute chose par sa majesté et sa puissance.

Rien ne peut s’opposer à ses désirs, ni s’opposer à lui ou le vaincre, ni être plus rapide que lui ou le dépasser. II n’a nul besoin d’un possédant pour s’enrichir. Les choses lui sont soumises et se courbent humblement devant sa grandeur; elles ne sauraient échapper à sa puissance pour un autre et se dérober ainsi à ses faveurs ou ses sanctions.

Il n’a point de semblable pour se comparer à lui ni d’adversaire pour se mesurer à lui. C’est lui qui anéantira la création et ce qui restera du monde sera comme ce qui en manquera.

L’anéantissement du monde après sa création, est-il donc plus étonnant que son modelage et sa création?

Si tous les animaux (votant et marchant) vivant dans des enclos quels que soient leurs genres, leurs races ou leurs espèces, leurs communautés intelligentes ou inintelligentes, si tous s’unissaient pour créer le plus petit des insectes, ils en seraient incapables et ne sauraient comment lui insuffler la vie leurs intelligences les plongeraient dans l’indécision et les égareraient; leurs forces seraient pour toujours impuissantes. Ils finiraient par être avilis, épuisés et reconnaîtraient leur défaite, leur incapacité de créer le plus petit insecte et admettraient humblement leur incapacité de pouvoir l’exterminer.

Allah (que son nom soit béni) redeviendra absolument seul après la disparition du monde; tel qu’il était avant la création du monde, il sera après la disparition de celui-ci. II n’y aura ni temps, ni espace, ni moment, ni durée. Les termes et les destinées disparaîtraient, alors les années et les heures subiraient le même sort. Rien d’autre que Allah, l’unique et le dominateur de qui dépendent toutes choses. Il a créé le monde sans qu’il ait besoin de son aide et l’anéantira sans le consulter. S’il pouvait se refuser à sa puissance, le monde demeurerait éternel. Nulle création ne lui a coûté un effort et n’a été pour lui une charge. Il n’a pas créé le monde pour renforcer une puissance, ni par peur de disparition ou d’affaiblissement, ou pour en recevoir un quelconque appui contre quiconque, ni pour se protéger contre un adversaire séditieux, ni pour étendre par lui son empire, ni pour se faire des associés dans son royaume, ni pour combler une solitude.

Puis, il anéantira le monde après sa création non par lassitude, née de son organisation et de sa direction, ni pour prendre repos ou pour se débarrasser d’une charge. Allah n’est point rebuté par une longue durée pour être porté à en hâter la fin.

Il a aménagé le monde par sa mansuétude, l’a maintenu par ses ordres, et l’a perfectionné par son vouloir. Il le reconstitue après sa disparition sans qu’il en ait besoin, sans se faire aider par qui que ce soit, ni pour se débarrasser de l’isolement en faveur d’une compagnie, ni pour se tirer d’une situation d’ignorance et d’aveuglement à un état de connaissance et de clairvoyance, ni pour se tirer d’un état de pauvreté et de besoin à un état de richesse et d’abondance, ni d’un avilissement et de bassesse à une situation de grandeur et de puissance.

 

Un signe de l’omnipotence de Allah et de la beauté merveilleuse de ses œuvres est d’avoir fait des eaux de la mer furieuses et mugissantes une terre ferme.

Il en créa des couches dont il détacha sept cieux séparés, consolidés par son ordre et soumis aux limites qui leur furent imposées. Puis il stabilisa une terre sur les flots profonds et tumultueux, lesquels s’inclinent devant ses décrets et sa Majesté s’immobilisent par crainte de sa Grandeur.

Il façonna ses rocs, ses plateaux et ses hautes montagnes qu’il immobilisa et fixa au sein de la terre alors que leurs cimes s’élèvent hautes dans les airs et que leurs bases s’enfoncent loin dans les eaux.

Il sépara les monts des plaines, amarra leurs bases dans les continents, en fit des points de repère; il en suréleva les sommets, en allongea les pentes, en fit des supports fixes pour la terre qui cessa alors de s’agiter et d’agiter ce qui vit sur elle, de plonger sous sa charge et de glisser de sa position.

Gloire à celui qui maîtrisa la terre après l’agitation des flots, la solidifia alors qu’elle était liquide. Pour ses créatures, il en fit un lieu de passage, l’aplanit pour leur servir d’habitat. Tout cela repose sur une mer profonde, ténébreuse, stable, qui ne déborde point, agitée qu’elle est par les vents et les tempêtes, secouée par les nuages de pluie. Il y a là un signe pour le cœur de celui qui craint Allah.

 

Si vous pouviez avoir une idée des merveilles du paradis, toutes les joies et tous les plaisirs de ce monde, tout l’éclat de ses merveilles vous paraîtraient puérils; vous seriez émerveillés par le bruissement des feuilles dont les arbres plongent leurs racines dans des dunes de musc, sur les rives des fleuves. Vous seriez charmés par l’abondance des fruits, tels des perles, en guirlande sur les rejets et les branches: ils éclatent dans leurs sépales, se diversifient et se cueillent sans effort. Ils se font au goût et s’adaptent au désir de celui qui les cueille.

Il sera servi aux habitants du paradis, dans les magnifiques salles de ses palais, un miel épuré et un vin clair.

Il s’agit des gens que la générosité de Allah a conduits en ce séjour heureux pour y demeurer éternellement et y vivre à l’abri de tout déplacement.

Vous, qui écoutez! Si vous pouviez laisser votre cœur se pénétrer du charme de cette vision, vous brûleriez du désir d’aller au paradis. Vous quitteriez notre réunion en souhaitant rejoindre vite ceux qui reposent en paix.

Que Allah fasse de vous et de nous les habitants du séjour des bienheureux.

 

Que dire de cet être que Allah créa dans les ténèbres de la matrice, enveloppé dans un placenta, goutte de sperme débordante, devenue grumeau de sang à la forme floue, puis aux contours affirmés, ensuite nourrisson, enfant, adulte.

Puis Allah lui fit don d’un cœur sensible, d’une langue expressive, d’une vue pénétrante pour, comprendre, prendre exemple, se maîtriser, réaliser son équilibre et achever sa formation.

O Adorateurs de Allah! Où sont ceux qui vécurent longtemps dans l’opulence, qui ont été instruits et qui ont compris, à qui il a été départi un temps dont ils n’ont profité que pour s’amuser, qui ont vécu en paix et ont tout oublié?

Ils ont bénéficié d’un temps long et ont été comblés de biens, avertis du châtiment et ont reçu des promesses grandioses! Gare aux péchés mortels et aux vices dégradants!

O vous qui voyez et entendez, qui jouissez de la santé et des biens de ce monde! Y a t-il abri ou refuge, recours ou protection, fuite de cet enfer ou retour sur terre? Est-ce possible ou non? “Où pourriez-vous vous échapper”? Où pourriez-vous vous diriger? De quoi vous enorgueillissez-vous? Votre lot sur cette terre, aussi bien en long qu’en large, sera à la mesure de votre corps et votre oreiller sera un peu de terre sur lequel votre joue reposera.

A présent, créatures de Allah, que la corde est lâche, que l’âme est libre et en pleine conscience que le corps est dispos, que les relations sont fréquentes, que vous disposez de votre temps et de votre volonté, profitez de ce répit pour vous repentir avant que ne surgissent les embarras et difficultés, la peur et l’anéantissement et avant que ne survienne l’absent attendu (la mort) et avant le retour au souverain Tout Puissant.

L’orgueil de l’homme le porte à la rébellion, à l’insouciance, se laissant entraîner par ses caprices peinant pour s’assurer les biens de ce monde et en faire des éléments de jouissance et de satisfaction de ses désirs. L’homme ne tint pas compte des malheurs qui pourraient lui survenir, ne s’humilia pas en crainte de Allah.

Il est mort dupé par tout ce qu’il avait accaparé et dont il a vécu prisonnier. Il ne recueillit point de récompense, n’accomplit aucune obligation; la mort cruelle l’a emporté soudain en plein entêtement et dans le cours de ses plaisirs.

Il passait ses jours perplexe et ses nuits sans sommeil, en proie à des angoisses, des douleurs et des maladies inattendues, entre un frère affectueux, un père tendre, une mère éplorée et se lamentant. Voilà notre homme à son dernier souffle, frappé par la catastrophe, gémissant douloureusement, haletant et l’âme en fuite.

Puis on le glissa dans son linceul, tout désespéré, on l’entraîna vers sa tombe incapable de résistance. Puis il fut mis sur la civière, sortant d’une étape épuisante pour entreprendre une autre; faible, il fut porté par les parents et les amis, pour une demeure où il serait un étranger solitaire, sans visiteurs.

Une fois les compagnons partis, les hommes éplorés rentrés dans leurs foyers, il se retrouva seul dans sa fosse face à lui-même, se posant des questions et échouant dans les épreuves. Le pire de tout cela est la chute de l’eau brûlante, le contact de la Géhenne, de ses feux bouillants, le crépitement de leur brasier. Point de pause reposante, pas de répit bienfaisant, ni force protectrice, ni disparition salvatrice, ni sommeil distrayant dans les étapes de la mort et la torture des moments.

 

Chapitre second: Création des animaux et description des certaines espèces

Création de la fourmi

Louange à Allah que nul sens ne peut saisir, ni scène englober, ni regard atteindre, ni voile cacher, qui manifeste son éternité par l’événement de la création.

J’atteste que Mohammad est son serviteur, son messager préféré ainsi que son confident élu, que Allah lui accorde paix et bénédiction de même qu’à ses siens.

Si les humains raisonnaient sur la grande puissance de Allah et sur l’abondance de ses faveurs, ils se réconcilieraient avec le droit chemin et craindraient les peines de l’enfer.

Cependant leurs cœurs sont malades et leurs intelligences malsaines!

Ne contemplent-ils pas ses créatures minuscules? Il a bien parfait les composantes de son œuvre, l’ayant douée de vue, d’ouïe, en modelant les os et la peau!

Observez la fourmi dans la modestie de sa taille, la délicatesse de ses mouvements. Elle passe à peine perceptible par le regard, et à peine attire l’attention! Regardez comment elle se déplace lentement et s’active à la recherche de sa nourriture, traînant la graine à sa loge, la déposant à son endroit. Elle rassemble sa nourriture en saison chaude pour s’en servir en saison froide et effectue des randonnées pour garantir son repos.

Le Bienfaiteur ne la perd pas de vue et Allah ne la prive pas de ses besoins selon sa nature; fût elle sur le rocher aride ou sur la pierre lisse.

Si tu réfléchissais un instant sur ses entrailles et sur ses organes, sur sa taille et sa petitesse, sur sa tête et ce qu’elle peut porter comme yeux et oreilles, tu serais émerveillé par sa création et sa description te paraîtrait ardue.

Gloire à celui qui l’a dressée sur ses pattes et l’a soutenue sur ses membres!

Celui-là se distingue dans son œuvre sans assistance aucune.

A force de pousser son raisonnement jusqu’au bout, l’homme aboutira à la conclusion que la fourmi et le palmier ont le même Créateur. Car la perfection de l’œuvre est partout la même bien que difficile à saisir dans ses détails.

Le grandiose comme le délicat, le lourd comme le léger, le puissant comme le faible, tous ont le même Créateur.

Création de la sauterelle

Il t’est loisible d’en dire de même sur la sauterelle.

Allah lui donna deux yeux rougeâtres, une paire de prunelles lumineuses, la dota d’ouïe toute fine, et d’une bouche bien faite, la munit d’une forte sensibilité, de deux mandibules tranchantes, et de deux faucilles saisissantes.

Elle terrorise les cultivateurs qui demeurent impuissants, dussent ils unir leurs forces pour contrecarrer son action, attaque les cultures pour satisfaire son appétit.

Pourtant, sa taille est moindre que celle d’un petit doigt de la main.

Grâce soit rendue à Allah devant qui tous les occupants des cieux et des terres se prosternent par consentement ou par contrainte, inclinent joues et fronts. Ils lui proclament leur soumission et leur faiblesse, lui confient leur sort par respect et par crainte.

Assujettis lui sont les oiseaux; il en a décompté les plumes et les battements de cœur; les soutient en temps d’abondance comme de disette. Il en dénombre les espèces: l’espèce des corbeaux, celles des faucons, des pigeons et des autruches. I1 nomme chaque espèce par son nom et lui assure sa pitance.

Il créa les nuages chargés d’eau dont il fit tomber des averses, en en distribuant les quantités requises pour chaque contrée, en abreuvant la terre aride et en y faisant pousser la végétation.

A propos de la chauve-souris

Des aspects de la délicatesse de l’œuvre de Allah et du merveilleux de sa création apparaissent dans les mystères de sa sagesse qu’il nous a révélés en cette créature que la lumière aveugle et les ténèbres guident, à l’inverse de tout autre vivant.

Observez comment les yeux de la chauve-souris sont incapables de tirer profit de la lumière du soleil pour se diriger et connaître son chemin.

Par l’éblouissement de cette lumière elle-même, Allah l’a empêchée de se déplacer, la retenant prisonnière dans ses caches, paupières closes pendant le jour et se servant de la nuit comme lanterne qui l’assiste dans la quête de sa nourriture, sans être gênée par l’obscurité profonde.

Mais à peine le soleil commence-t-il à jeter ses rayons, l’aube à paraître et le jour naissant à atteindre les lézards blottis dans leurs trous, que la chauve-souris referme les paupières, satisfaite d’avoir pu acquérir sa substance pendant sa vie nocturne.

Louange à celui qui fit de la nuit, pour cette créature, jour et moment d’activités; et du jour nuit et moment de quiétude et de repos.

Il lui réserva une partie de son corps pour voler en cas de besoin, telle des oreilles dépourvues de plumes et de duvet, laissant, par transparence, les veines nettement visibles.

L’équilibre de ses ailes est tel que plus fines, elles se déchireraient, et plus épaisses, elles seraient trop lourdes à manier.

Etreints par leur mère pour les protéger, les petits lui tiennent compagnie dans ses déplacements, s’élevant quand elle s’élève mais courant le risque de tomber quand elle tombe.

Aucune séparation n’est envisagée sauf lorsqu’ils s’assurent du développement de leurs corps, sentent leurs ailes assez solides pour les porter, et devenant capables de vivre de leur propre chef et aptes à connaître ce qui leur est profitable.

Loué soit celui qui créa toute la nature sans éprouver le besoin de se référer à un modèle quelconque.

A propos des oiseaux

Allah les créa merveilleusement, inertes comme animés, inactifs comme pleins de mouvements; signes qui témoignent de la délicatesse de son œuvre et de la grandeur de sa puissance.

Il érigea des preuves devant lesquelles l’esprit ne peut rester incrédule ni sceptique; preuves qui nous révèlent son unicité. De son œuvre surgit également l’immense variété d’oiseaux ayant élu domicile dans les anfractuosités de la terre, les fentes des cols et les cimes des monts, avec des ailes et des formes différentes. Libérés à eux-mêmes mais maintenus dans le cercle de la bride ils volent à travers le firmament immense et les espaces infinies.

Allah les modela à partir du néant, leur donnant des formes merveilleusement apparentes, montées sur des charnières dissimulées.

En dotant certains oiseaux d’une grande taille, Allah les empêcha de voler rapidement, mais il leur permit de voleter avec un bruyant battement d’ailes.

Par la subtilité de sa puissance et la finesse de son art, il leur donna une diversité de couleurs.

Parmi eux il en est qui sont teints d’une seule couleur et il en est d’autres qui ont également une autre couleur en collier autour du cou et qui est contrastante.

Le paon

Parmi les créatures les plus merveilleuses: le Paon.

Allah lui a donné une forme parfaite, a admirablement agencé les couleurs de son plumage. Le mâle porte une chatoyante livrée et une longue queue qu’il déploie en éventail en s’approchant de la paonne.

Quand il fait la roue, sa queue ressemble à une ombrelle. Il parade en se donnant un air avantageux, se pavane avec orgueil.

Il couvre la femelle comme un coq quelconque mais il a l’ardeur d’un étalon en rut.

Je vous conseille de le voir par vous – mêmes non pas à l’instar de celui dont l’argument repose sur un appui faible.

Si cela était comme le pensent ceux qui prétendent que le paon féconde sa femelle par des larmes qui se fixeraient entre ses paupières, que celle – ci viendrait avaler et pondre par la suite grâce uniquement à ces larmes et sans le secours de la semence d’un mâle, cela serait aussi absurde que la croyance qui veut que la femelle du corbeau soit fécondée par ce qu’elle ingurgite du gosier de son mâle.

On prendrait ses plumes pour des halos d’argent joints à des éclats de soleil d’or pur et d’émeraude.

Son plumage, comparé aux plantes de la terre, serait une fleur représentative de tous les printemps; aux habits il serait d’une dentelle finement brodée; aux parures, on dirait des bagues dont les chatons sont de différentes couleurs serties dans un bel argent.

Le paon s’avance avec arrogance, contemple sa traîne et ses ailes, se pâme d’aise devant la magnificence de son habit et le coloris de son plumage.

Mais à regarder ses pattes, il s’écrie d’horreur et gémit à faire pitié. Son cri témoigne d’une amertume réelle devant la grossièreté de ses pattes telles celles d’un vulgaire coq doté d’un ergot hideux.

Pour crête, il a une sorte de mèche verdâtre et tachetée. Le parcours du cou est tel le bec d’une aiguière qui lui descend jusqu’au ventre avec le décor d’un tatouage yéménite, ou d’une soie ornée de miroirs luisants et voilée de noir.

Par l’abondance de son eau, la puissance de son éclat qui semble dégager un vert tendre qui forme un tout avec ce noir, il trompe le regard.

A la fente des oreilles, scintille en contraste avec ce noir une ligne de la blancheur d’une marguerite, comme l’œuvre d’une fine plume. Rare serait la couleur dont il n’aurait pas une juste mesure, la surpassant en éclat et en beauté. De ses couleurs, on dirait qu’elles sont issues d’une multitude de fleurs dont aucune pluie printanière n’a été l’artisan de la croissance, et qui, de surcroît, n’ont connu aucune canicule.

Il lui arrive de perdre ses plumes l’une après l’autre comme les feuilles des branches, et se dénuder ainsi. Aussitôt après, elles repoussent méthodiquement jusqu’à ce qu’elles deviennent ce qu’elles étaient avant la mue, sans aucune différence d’avec son coloris d’antan, sans qu’une couleur en remplace une autre.

A examiner la moindre parcelle d’une plume, vous verrez à la fois un orange rosâtre, un vert d’émeraude et un jaune d’or.

Comment une intelligence, si profonde soit elle, pourrait en saisir le prodige? Qu’adviendrait-il à ceux qui tenteraient d’en donner la description?

La plus petite partie du paon a rendu l’imagination incapable de la percevoir et les langues impuissantes à la décrire.

Loué soit celui qui a ébloui les esprits, les empêchant ainsi de pouvoir saisir exclusivement dans sa forme et ses couleurs une créature si visible; celui qui a rendu les langues impuissantes à en décrire les qualités.

Les plus petites bêtes de la création

Loué soit celui qui assimila les petites fourmis et les mouches à d’autres créatures supérieures dans le monde des cétacés et des éléphants!

Il décide que toute créature à qui il insuffle la vie rencontrera la mort à son terme et l’anéantissement comme but suprême.

 


Chapitre troisième: Avant la Mission du Prophète et le Coran

Sermon sur l’état des arabes avant la mission

Allah envoya Mohammad (que Allah soit satisfait de lui) pour avertir les hommes et leur transmettre la Révélation.

Vous les Arabes, vous pratiquiez la pire des religions et habitiez la pire des demeures. Vous demeuriez parmi des pierres rugueuses et des serpents venimeux, buviez une eau boueuse, mangiez une nourriture médiocre; vous faisiez verser votre sang et rompiez tous vos liens.

Vous dressiez des idoles et vous vous laissiez enchaîner par les péchés.

A propos du Messager et du Coran

Allah envoya le Messager après une période où les prophètes ne faisaient plus apparition, où les nations croupissaient dans la léthargie, où toutes lois étaient violées.

Il confirma aux hommes ce qu’il détenait et leur communiqua la lumière à suivre.

Tel est le Coran; interrogez- le il ne vous répondra pas mais je vous en parlerai: Il contient la science de l’avenir, le récit du passé. Il est le remède à vos maux et le lien qui vous unit.

Le Coran

Puis l’Imam parla du saint Coran, sous l’appellation du “Livre” et dit:

Allah révéla le Livre comme lumière dont les flambeaux ne sauraient s’éteindre, foyer à l’éternelle incandescence, océan dont nul ne peut atteindre les fonds, guide sûr, clarté qui ne trompe jamais, argument de valeur, manifeste dont les bases ne s’écroulent point, remède dont il ne faut craindre aucune réaction (En général les médicaments laissent des réactions), force dont les alliés ne connaîtront pas de défaite, vérité dont les tenants ne seront jamais laissés sans appui.

Il est la substance et le cœur de la foi, source et océan de la science, jardin de l’équité et ruissellement de ses cours d’eau, foyer et fondement de l’Islam, fleuve de la vérité et sa vallée, océan que nul ne peut assécher, source inépuisable, fontaine que ne diminuent point les buveurs, refuge que retrouvent toujours les voyageurs, repère qui n’échappe point aux regards de ceux qui prennent la route, colline que ne peut grimper que ceux qui voudront l’atteindre sans pouvoir la dépasser.

Allah en a fait un désaltérant pour apaiser la soif des savants, printemps pour les cœurs des jurisconsultes, large chemin pour les vertueux, remède qui extirpe à jamais toute maladie, lumière qui écarte toute obscurité, amarre à l’anse solide forteresse inexpugnable: il est source de considération pour qui s’y soumet et de paix pour qui y adhère; guide sûr pour qui s’y confie, justification pour qui s’y réfère, preuve formelle pour qui s’y reporte, témoin pour qui s’en sert, arme de triomphe pour qui en argue, soutien pour qui l’élit; il élève celui qui en applique les principes, il est merveille pour qui y espère; il est cuirasse pour qui l’endosse, science pour qui comprend, affirmation pour qui entretient, code pour qui juge.

 


Chapitre quatrième: Les piliers de l’Islam. Conseils et Remontrances

Ce qui le mieux rapproche les solliciteurs de Allah le Très Haut est la croyance en lui et en son envoyé, la lutte pour la vérité et la justice (le jihad) qui est le sommet de l’Islam, la foi en son unicité qui en est le fondement, la prière qui est le signe par lequel on reconnaît les fidèles, la zakat, qui constitue un acte obligatoire, le jeûne du mois de Ramadan qui protège contre le châtiment, le pèlerinage et les séjours à la maison de Allah qui écartent la pauvreté et lavent le péché, le renforcement des liens de consanguinité qui accroît la richesse et assure la longévité, les dons discrets qui effacent les péchés, les dons publics (Il n’est permis de rendre public un don que lorsqu’il s’agit d’œuvres alors que les dons privés doivent être faits avec discrétion) qui préservent d’une mort indigne, les bonnes actions qui protègent d’une mort vile.

Proclamez abondamment le nom de Allah car c’est la plus belle proclamation.

Aspirez ardemment à ce qu’il a promis aux hommes pieux car sa promesse est la plus sûre.

Comportez- vous en suivant l’exemple de votre Prophète car il est le meilleur guide et inspirez vous de sa voie car elle est la plus sûre.

De la foi et des piliers de l’islam

Selon l’Imam Ali : « Allah a prescrit la foi pour purifier l’homme du polythéisme, la prière pour l’éloigner de l’orgueil, la zakat pour une meilleure répartition des richesses, le jeûne pour éprouver la sincérité des croyants, le pèlerinage pour rapprocher les fidèles dans la religion, la lutte pour la vérité et la justice (jihad) pour rehausser la gloire de l’Islam.

Il a ordonné qu’on prêche le bien pour l’intérêt public et qu’on interdise le mal pour dissuader les pervers; qu’on renforce les liens de consanguinité pour assurer une meilleure prolifération. Il a établi la rançon comme moyen d’éviter l’effusion du sang, la flagellation pour insister sur le caractère d’inviolabilité des interdits, l’abstention de la consommation de l’alcool pour protéger la lucidité de l’esprit, il a interdit le vol pour assurer le règne de la probité, l’adultère pour éviter toute confusion dans les liens de parenté, la pratique de l’homosexualité pour l’augmentation de la natalité. Il a recommandé les témoignages pour démasquer ceux qui veulent passer sous silence les droits des individus, l’abstention du mensonge pour l’instauration de la vérité, la paix afin d’éloigner la peur, la confiance comme règle pour la communauté et l’obéissance par respect de l’imamat. »

Les piliers de l’islam tels que l’Imam Ali les recommandations à ses compagnons

Engagez-vous à vous acquitter constamment de la prière, pratiquez-la fidèlement, adonnez- vous y souvent, faites-en un moyen de rapprochement car elle est prescrite pour les croyants qui doivent s’en acquitter à des moments précis.

N’entendez- vous point la réponse des pécheurs de l’enfer quand il leur a été demandé: “Qu’est ce qui vous a précipités en enfer”? “Nous n’étions pas au nombre de ceux qui prient”, répondirent- ils.

En vérité, la prière efface les péchés, et libère l’homme.

L’envoyé de Allah l’a comparée à une source chaude se trouvant à votre porte et dont les eaux vous lavent cinq fois nuit et jour. Que pourrait- il rester sur vous de souillures?

Elle a été appréciée à sa juste valeur par certains croyants, ceux qui ne s’en laissent pas détourner par l’éclat de ce monde ni par les joies de la paternité, encore moins par les richesses.

Parlant de ces croyants, Allah dit: “Ce sont des hommes qui ne se laissent pas distraire de la prière, de la proclamation de Allah ou de la zakat par un commerce ou un trafic.”

L’Envoyé de Allah, bien qu’ayant reçu de Allah la promesse de résider au paradis, était tout passionné de la prière pour mieux se conformer à la parole du Créateur: “Ordonne la prière à la famille et persévère toi – même dans la prière.” Aussi l’ordonnait-il aux siens et la pratiquait-il inlassablement.

La Zakat

La Zakat (Aumône ayant un caractère rituel obligatoire que la loi divine distribue aux pauvres. La Zakat est l’un de cinq piliers de l’Islam), de même que la prière, a été instituée comme offrande pour les musulmans.

Celui qui l’accorde de bon cœur, s’en fait expiation un rempart et une protection contre l’enfer. Qu’on n’éprouve aucun regret après s’en être acquitté.

Celui qui la donne à contrecœur et par intérêt ignore la tradition islamique, perd du mérite, s’écarte de la bonne œuvre et longtemps regrettera son geste.

Le dépôt de la foi

A failli celui qui a été infidèle au dépôt de la foi.

Ce dépôt a été vainement proposé aux voûtes célestes, aux terres étendues, aux hautes montagnes amarrées, mais il n’y avait rien d’aussi long, d’aussi large, d’aussi haut ni d’aussi grandiose que ce dépôt. Toutes ont dit: “La longueur, la largeur, la hauteur, la force et la puissance ne peuvent nous protéger car nous redoutons le châtiment.”

Elles se sont aperçues de ce qu’ignorait un plus faible qu’elles: l’homme. “Il est injuste envers lui même et ignorant.”

L’Imam ajouta: “Pour tout fidèle, la prière est un moyen de se rapprocher de Allah; le pèlerinage est le Djihad du faible et en toute chose, il y a une zakat. Le jeûne est la zakat du corps; le Djihad de la femme est dans l’aimable obéissance à son époux.

Protégez votre foi par l’aumône, consolidez vos biens par la zakat et repoussez les vagues des malheurs par l’invocation de Allah.

Conseils et remontrances

Avis sur le projet d’Omar de diriger personnellement la campagne de Perse

Ce ne sont pas les armées nombreuses ou réduites qui décideront de la victoire ou de la défaite; c’est la religion que Allah a révélée, les troupes qu’il a équipées et entretenue au point qu’elles parvinrent à l’état actuel.

Nous sommes sûrs de la promesse de Allah qui tient parole et soutient ses armées.

Le chef d’une communauté est pour ses sujets ce que le fil est pour un collier dont il a la tâche de lier les perles en les maintenant; s’il rompt elles tombent, s’éparpillent et ne retrouveront plus jamais leur ancienne structure.

Les Arabes, si peu nombreux aujourd’hui sont innombrables de par l’Islam, et puissants par leur cohésion.

Reste le pôle et fais tourner la meule de la guerre, pousse les Arabes au combat et ne t’y engage pas à leurs côtés.

S’il t’arrive de quitter ce pays, les Arabes de partout seront capables de se soulever, et les difficultés que tu laisseras derrière toi seront bien plus grandes que celles que tu trouveras en face.

Demain, en te voyant, les Persans diront: voici le chef des Arabes, si nous l’abattons, nous serons tranquilles.

Dès lors, ils s’acharneront sur toi et dirigeront leurs tirs sur toi pour t’abattre.

Pour ce que tu avances sur l’importance de l’armée persane se préparant au combat, tu ne peux détester l’avance de ces troupes autant que Allah, qui est plus capable de changer une situation qui lui déplaît.

Quant à ce que tu m’as dit sur leur nombre, nous n’avions jamais combattu qu’avec un nombre réduit nous nous battions au passé avec peu de troupes en comptant sur l’appui et l’aide de Allah.

Reproches au Calife Otman à la suite des plaintes des fidèles

Les gens m’ont demandé d’être leur interprète auprès de toi.

Je jure que je ne sais que te dire. Je ne saurai te prodiguer un conseil que tu ne connais pas. Je ne connais rien qui t’échappe. Tu sais autant que moi, je ne t’ai pas devancé (en Islam) pour pouvoir t’informer, ni reçu une confidence à te révéler. Tu as, autant que moi, vu, entendu, tenu compagnie au Prophète.

Ibn Abi Qohafa(Abou Bakr) et Ibn-EI-Khattab ne sont pas plus aptes que toi à pratiquer la justice. Tu leur es plus proche du Prophète, tu as atteint, par tes alliances un degré qu’ils n’ont point atteint.

De grâce! De grâce! Aie pitié de ton âme! Tu n’es pas aveugle pour être guidé ni ignorant pour être éclairé.

La voie est claire, les principes de la religion sont bien évidents.

Comprends que pour Allah la meilleure créature est un chef juste, éclairé et bon guide, se conformant à la tradition bien précise du Prophète et combattant l’hérésie.

Les lois sont claires, elles sont tangibles; tout comme l’hérésie.

Pour Allah, le pire des hommes est un imam inique et égaré entraînant sur ses traces les sujets, s’écartant de la tradition bien précise et ressuscitant une hérésie déjà abandonnée.

J’ai entendu l’Envoyé de Allah dire: “Au jour du Jugement dernier, l’Imam inique (injuste, illégal) sera présenté sans appui, ni défenseur, il sera précipité dans l’enfer où il tournera telle une meule avant d’être fixé au creux du feu”.

Je te supplie, par Allah, de n’être point l’imam assassiné de cette nation car il a été dit:

“Sera assassiné dans cette nation un imam, et cela ouvrira la voie de l’assassinat et du combat jusqu’au jour du Jugement, y sèmera la confusion et la discorde. Cette nation sera incapable de discerner le vrai du faux, sera ballottée en tous sens, s’entrechoquant, s’entremêlant dans un chaos indescriptible”.

Ne sois pas de cette docilité avec Marwan Ibn Hakam, qui te conduit à son gré alors que tu as la majesté de l’âge et un pied dans la tombe.

Alors Otman lui dit: “Demande aux gens de me donner un délai jusqu’à ce que je puisse réparer les injustices”. L’imam lui répondit: “Pour ce qui concerne Médine, il n’est plus besoin d’attendre; en dehors de Médine le délai d’attente est l’arrivée de tes ordres.”

Son opinion sur l’assassinat d’Otman

Otman ou Osman Ibn Affane naquit à la Mecque. Troisième calife orthodoxe qui succéda à Omar. Koréichite de tribu, issu de la famille des Omeyyades, il fut l’un des grands commerçants de la Mecque. Il embrassa tôt la religion musulmane et cela fut par l’intermédiaire d’Abou Bakr. Devenu calife, il confia à certains membres de sa famille des postes clés dans l’administration. C’est lui qui rassembla le Coran. Il fut assassiné dans sa maison à la suite d’une sédition. Il régna de 644 à 656.

« Si je l’avais ordonné, j’aurais été assassin; si je l’avais interdit, j’aurais été solidaire avec lui dans son comportement. Ainsi qui l’a soutenu ne pourra jamais dire: il a été lâché par ceux qui me sont inférieurs; celui qui lui a fait défection ne pourra non plus dire: il avait l’appui de meilleurs que moi. En deux mots voici ce qu’il en était d’Otman. Il a, par trop, régné en despote; Vous avez été emporté à l’extrême par votre colère. Allah réserve son jugement inéluctable à l’un et à l’autre. »

Remontrances

Rendant visite à Bassorah à Alaa ben Zyad el Harci, alors malade, ce dernier qui était de ses intimes, se plaignit auprès de l’Imam du comportement de son frère Assem Ibn Zyad.

L’Imam lui dit: “Qu’a-t-il?”.

“Il a pris l’habit des mystiques et se détourne de la vie”. Ali lui dit: Présentez- le moi. Lorsqu’il fut en sa présence l’Imam lui dit:

“O toi, ennemi de ta propre personne! Le diable t’a entraîné: N’as- tu donc point pitié de ton épouse et de tes enfants? Crois- tu donc que Allah t’a permis de jouir des délices, tout en t’interdisant de, t’en servir? Fausses prétentions!

Assem lui dit: Quoi, toi Emir des croyants, si grossièrement habillé et te nourrissant sobrement, me dire cela!

Malheur à toi! Je ne suis pas comme toi! Allah a recommandé aux Imams équitables de se comparer aux plus faibles afin que leur aspect soit réconfortant pour le pauvre.

 

 

Chapitre cinquième: Nécessité d’écarter les tentations et les séditions

Après l’élection d’Abou Bakr

Abou Bakr Assidick (Abdallah Ibn Abi Quohafa) (573-634), Premier calife orthodoxe. Père de Aïcha, épouse du Prophète. Il combattit les apostats, et vainquit Moussaylama le Menteur. Il dirigea une armée sous le commandement d’Oussama pour conquérir la Syrie et une autre sous le commandement de Khaled Ibn Al Walid pour conquérir l’Iraq.

O Hommes! Fendez les flots de la zizanie avec les barques de sauvetage;

Ecartez-vous de la voie de la discorde et déposez les couronnes de la vanité.

A bien réussi celui qui vole de ses propres ailes ou se résigne pour servir la paix.

La zizanie est une eau saumâtre et une bouchée qui étrangle celui qui la mange.

Celui qui s’adonne à la récolte prématurée est comme le cultivateur qui sème dans une terre étrangère.

Mise en garde contre la zizanie (désunion, discorde)

O Arabes! Les signes d’épreuves imminentes s’annoncent.

Méfiez-vous de l’ivresse des faveurs et prenez garde aux traits de la vengeance.

Soyez sagaces devant les nuages de poussière (Examinez profondément toute affaire louche) qui obstruent le regard, devant la zizanie tortueuse à son éclosion, lorsqu’elle quitte son embuscade, se dresse et lève la tête et que ses meules se mettent à broyer.

Elle débute discrète et se termine dans la plus visible horreur.

Elle a la violence de l’adolescence et ses marques sont celles du silex. Les tyrans se la transmettent de génération en génération, le premier servant de modèle au suivant et le dernier copiant le précédent.

Ils rivalisent dans un monde vil et se ruent sur une charogne et, en peu de temps, le successeur renie son prédécesseur, le chef son subordonné. La haine les sépare; et ils s’entre-maudissent à leur rencontre.

Apparaît par la suite, au grand jour, la zizanie furieuse, balayant tout sur son chemin, basculant bien des consciences droites, égarant beaucoup d’hommes droits.

Elle déchaîne les passions, sème la confusion dans les idées; brisant tout ce qui s’y oppose broyant sa suite, les hommes s’y entre-déchirant tels des meutes de fauves; les liens du dogme se relâchent, la face des choses s’obscurcit, la sagesse diminue, cédant la place à la voix de la méchanceté, dispersant les bédouins par ses actions malfaisantes.

Elle les écrase de tout son poids, emportant beaucoup de gens dans sa poussière, provoquant les plus amers destins, suçant le sang de plus d’un innocent, décapitant les érudits de la religion. Elle fait rompre les contrats les plus patents; les sages l’évitent, les pervers infâmes l’ourdissent; elle foule aux pieds les liens de parenté, éloigne de l’Islam.

Celui qui en guérit reste malade. Quiconque veut s’en écarter demeure immobilisé. Il y a des morts dont le sang répandu à cause d’elle n’a pas été vengé.

Il y a des personnes apeurées qui cherchent refuge auprès d’un protecteur qu’ils veulent tromper en usant de serments et de fallacieuses protestations de foi.

Ne soyez point les suppôts de la zizanie, ni ceux de l’hérésie (contraire au dogme), tenez- vous fermement au support de l’unité de la communauté et des bases de l’allégeance.

Présentez-vous devant Allah plutôt en opprimés qu’en oppresseurs. Fuyez les voies de Satan et les refuges de l’agression. Ne rassasiez pas votre faim par des mets illicites car vous ne vous dérobez jamais à la vigilance de celui qui prohibe la désobéissance et indique les voies de la soumission.

La tentation

A un requérant qui lui demandait de l’entretenir de la tentation et, de l’avis du Prophète sur la question, l’Imam répondit:

Lorsque Allah révéla le verset: “Les hommes s’imaginent-ils qu’il leur suffirait de dire: “nous croyons!” pour qu’ils ne soient pas éprouvés?”, je compris sitôt que 1a tentation ne régnera jamais, du vivant du Prophète, dans la communauté.

Alors je lui demandai: “O Envoyé de Allah! Qu’est cette tentation dont Allah t’informe?”.

Il répondit: “O Ali, ma nation connaîtra la tentation après moi”.

“O Envoyé de Allah ! Ne m’as-tu point dit, à la bataille d’Ohod où tant de musulmans tombèrent martyrs et où, à mon grand dépit, cette faveur ne me fut pas accordée: “Réjouis – toi car le martyre sera ton sort”? C’est exact, me répondit-il, mais quel serait le degré de ta patience?

Alors je dis: “O Envoyé de Allah, cela ne relève pas de la patience mais plutôt de bonnes nouvelles et de gratitudes”.

Le Prophète dit : “O Ali, les gens vont être éprouvés par leurs biens, feront montre de leur religion auprès de Allah, espérant ainsi sa miséricorde et la protection de sa puissance, et rendront licites ce qui est interdit par des subterfuges trompeurs pour satisfaire leurs désirs.

Ils vont rendre licites 1e vin de raisin sec sous prétexte de la non fermentation, la corruption sous le titre de cadeau et l’usure sous 1e nom de commerce”.

“Quelle va être leur situation? Sont-ils apostats ou ont-ils succombé à la tentation?”, lui dis-je. “Ils ont succombé à la tentation”, me répondit-il.

Extrait d’un sermon où il met en garde les fidèles contre les séductions de ce monde

On ne peut quitter ce monde avec le salut qu’en y assurant son salut: nul ne peut emporter ce qui appartient à ce monde.

Il est un lieu d’épreuves.

Tout ce que les hommes ont puisé dans celui-ci leur sera pris et ils en rendront compte, par contre tout ce qu’ils auront pris pour l’autre monde, ils le retrouveront et en jouiront.

Pour les sages, ce monde est semblable à l’ombre. A peine paraît-elle étendue qu’elle se rétrécit, et grande qu’elle se rapetisse.


Chapitre sixième: Le Califat et sa transmission (Al-Baya)

Propos tenus lorsqu’on lui demanda d’accepter la succession d’Othman

L’Imam dit:

“Laissez-moi donc et cherchez un autre.

Nous allons aborder une situation qui aura plusieurs visages et différentes couleurs.

Elle ne sera guère réjouissante et troublera les esprits.

L’horizon est sombre et la voie qui était droite ne l’est plus.

Sachez que si j’accède à votre désir, je vous traiterai comme je l’entends; je n’aurai aucune ouïe pour ce qu’on pourrait dire et ne tiendrai compte d’aucune récrimination.

Mais si vous me dispensez de cette charge, je serai comme tout un chacun de vous.

Il se pourrait que je sois, alors, pour celui que vous auriez choisi, le plus attentif et le plus obéissant.

Il vaut mieux pour vous, alors, que je sois votre ministre plutôt que d’être votre émir.”

Après sa proclamation comme calife, il déclare à propos de cette charge

“Vous ne m’avez pas proclamé à la légère et sans réflexion”.

Toutefois nos objectifs ne sont pas identiques.

Par cette charge, mon désir est de vous mener vers Allah, alors que le vôtre est de m’utiliser pour vous-mêmes.

O Gens ! Soutenez-moi contre vos passions!

Allah m’est témoin! Je rendrai à l’opprimé son droit contre l’oppresseur, et je traînerai l’oppresseur par les cheveux jusqu’aux sources de la vérité, même contre son gré.”

Proclamé calife, l’Imam répond à des partisans…

“Mes frères! Je n’ignore point ce que vous savez.

Mais où puiserai-je cette force contre des gens qui sont en pleine puissance; nous sommes à leur merci; ils ne sont pas à la nôtre.

Voyez vos propres serviteurs se soulever avec eux et les voilà rejoints par vos propres tribus. Les voilà vivant parmi vous et vous imposant ce qu’ils désirent.

Trouvez-vous une solution pour arriver à ce que vous désirez?

C’est une séquelle anté-islamique (l’époque pré-islamique est appelée la Djahiliyya). Ces gens bénéficient d’appuis. Si cette question est soulevée des divergences surgiront: les uns partageront votre opinion, d’autres seront à l’opposé et le troisième groupe ne se rangera ni d’un côté ni de l’autre.

Patientez jusqu’à ce que le calme revienne aux esprits, que les passions s’apaisent: alors les droits pourront être rendus.

N’insistez pas auprès de moi, pour pouvoir mieux juger mes actions. Ne commettez pas d’acte qui amoindrirait notre force, affaiblirait notre puissance et engendrerait impuissance et avilissement.

Je m’en chargerai tant que faire se pourra. Et si je ne peux faire autrement, remède ultime sera le châtiment.

Propos tenus au début de son califat

Allah (Gloire à Lui) nous a donné un Livre (Le Saint Coran) où il a indiqué le bien comme le mal; suivez le chemin du bien et vous serez éclairés; détournez-vous du chemin du mal et vous vivrez en paix.

Les obligations ! Les obligations ! Accomplissez-les pour Allah et vous accéderez au paradis. Ce que Allah a prohibé ne nous est pas ignoré, ce qu’il nous a permis ne déshonore point. Il a élevé la dignité du musulman au-dessus de toute dignité, a consolidé les droits des musulmans par la sincérité et la croyance en son unicité.

“Le musulman est celui dont ni la main ni la langue ne portent préjudice à ses frères musulmans” dans la volonté de rendre justice.

Nul musulman ne doit être inquiété s’il est en conformité avec la Loi.

Traitez, sans attente, les affaires publiques et celles qui vous sont propres. Les hommes sont devant vous et la mort s’avance. Allégez-vous pour ne pas être en reste. Car par vos actions, vous qui êtes les premiers, on jugera celles des derniers.

Evitez les interdits de Allah aussi bien dans ses êtres que dans son monde; vous avez à rendre compte même de la terre et des animaux; obéissez à Allah, n’enfreignez point ses commandements. Si vous voyez le bien accourez à sa pratique et le mal, détournez-vous-en.

Les services rendus au Prophète au moment de sa mort

Les détenteurs des dires du Prophète parmi ses amis, savent que je n’ai jamais contredit Allah et son Prophète. J’ai protégé, par ma personne, le Prophète dans des circonstances où les héros se dérobent et les guerriers reculent, secours que Allah m’avait conféré l’insigne honneur de lui donner.

Le Prophète a rendu le dernier souffle, sa tête sur ma poitrine.

J’ai recueilli ce souffle et l’ai passé sur mon visage.

Je me suis chargé de lui faire les dernières ablutions, aidé par les anges qui se succédaient groupe après groupe; cela créait un véritable grouillement dans la demeure. Leurs louanges murmurées ne cessèrent de chatouiller mes oreilles jusqu’à sa mise dans la tombe.

Qui, plus que moi, a le droit sur lui vivant ou mort ? Laissez parler la raison. Que vos intentions soient sincères dans votre combat contre l’ennemi.

Par Allah, et il n’y a d’autre Allah que lui, je suis dans le droit chemin alors que nos ennemis suivent l’avilissant sentier de l’erreur. Je dis ce que vous avez bien voulu entendre et demande pardon à Allah pour moi et pour vous.

L’homme digne du Califat

L’Imam dit à ce propos: “Quel est le plus digne du Califat? O vous les hommes!

En est le plus digne celui qui est le plus apte à l’exercer et le plus versé dans les ordres de Allah en ce domaine.

Par un appel pour revenir au droit chemin, on invite le perturbateur à taire ses agissements et s’il persiste, on le combat.

Je le jure. Si pour l’Imamat, il fallait recueillir l’avis de toute la population, nous n’y arriverions jamais.

Les plus dignes agiront aux lieux et place des absents.

Il n’appartient pas à celui qui y a assisté de se rétracter, ni à l’absent de formuler un choix.

Ainsi, j’ai à combattre deux hommes: un homme qui prétend à ce qui ne lui revient point et un autre qui refuse d’accomplir son devoir.

Je vous recommande, adorateurs de Allah, l’obéissance à Allah car c’est ce qui rapproche le plus de lui et aboutit aux meilleurs résultats.

Et voici la guerre allumée entre vous et les autres musulmans. Ne pourront porter cet étendard que les gens clairvoyants, patients, endurants et connaissant le droit chemin.

Suivez les ordres qui vous sont donnés, abstenez-vous de ce qui vous est interdit, ne vous précipitez pas avant d’avoir bien mûri les choses; car nous avons des adversaires partisans de tout ce que vous refusez.

Droits et devoirs du dirigeant et des administrés

Allah s’est départi de quelques – uns de ses droits en faveur des hommes les uns pour les autres.

Ce sont des droits équilibrés et interdépendants.

Le plus important de ces droits reste celui du dirigeant sur les administrés et celui des administrés; sur le dirigeant. Allah en a fait une réciprocité; obligatoire, comme base de la concorde entre eux et un appui pour la religion.

La vertu ne saura être le lot des administrés que si elle est celui du dirigeant, de même qu’elle ne peut être le lot de ce dernier que si elle est celui des premiers.

Lorsque chacune des deux parties s’acquitte de ses devoirs vis-à-vis de l’autre, le droit en sortira grandi, les assises de la religion consolidées, la justice raffermie et les traditions respectées. Ainsi la société sera vertueuse.

Chacun souhaiterait alors la prospérité de l’Etat et les aspirations des ennemis seraient vouées à l’échec.

Par contre si la nation excède le dirigeant ou que ce dernier bafoue les droits des administrés, la dissension s’installe et la tyrannie fait son entrée, l’hérésie prospère, le droit chemin est alors abandonné; on agit selon les passions, la justice paralysée, le vice répandu; point se soucier d’un droit bafoué, quelle que soit son importance, encore moins d’une erreur quelle que soit sa portée.

Les honnêtes seraient avilis et les malhonnêtes adulés.

Il vous appartient de vous consulter loyalement et avec désintéressement et de vous entraider sur ce sujet.

Aucun homme, même s’il désire ardemment obtenir la satisfaction de Allah et qu’il œuvre depuis longtemps dans ce sens, n’est à même de saisir la réalité de ce que, Gloire à Lui, Allah est en droit d’attendre comme obéissance.

Le conseil loyalement prodigué dans toute la mesure du possible, l’entraide pour instaurer la justice parmi les membres de la nation, sont quelques-unes des obligations que Allah a ordonnées à ses adorateurs.

Personne n’est épargné par le besoin d’aide et de conseils dans la tâche dont Allah l’a chargé, même s’il a atteint un haut degré d’intransigeance dans l’instauration de la justice, et quel que soit son rôle dans la religion.

De même, il n’est personne, fût-il sans considération dans la société, qui ne soit à même d’accorder son assistance ou d’être assisté dans ce domaine.”

Il termina en substance: Droits et obligation de l’Emir

O gens! J’ai des droits sur vous et vous en avez sur moi.

Pour ce qui est des droits que vous avez sur moi: il y a le conseil loyal et désintéressé, la bonne gestion des deniers de l’État dans votre intérêt, votre instruction afin que vous ne soyez pas ignorants, votre éducation jusqu’à la perfection.

En ce qui est des droits que j’ai sur vous: il y a le respect de votre serment d’allégeance, la fidélité en ma présence comme en mon absence, la réponse à mon appel et l’obéissance à mes ordres.

 


Chapitre huitième : La bataille du chameau

Ils sont sortis traînant l’épouse du Prophète (Il s’agit de la Mère des fidèles Aïcha, épouse du Prophète qui était tabou pour tout homme) comme une esclave qu’on vient d’acheter, le dirigeant vers Bassora:

Ils ont gardé leurs femmes en leurs demeures et ont mis dehors celle qui ne devait jamais se montrer au public. Ils l’ont regardée eux et bien d’autres.

Il n’y avait pas parmi eux un seul homme qui ne m’ait juré obéissance et qui n’ait salué ma désignation, librement et sans y être obligé.

Ils se sont attaqués à mes agents à Bassora et à d’autres habitants et se sont accaparés du trésor public des musulmans. Ils ont fait mourir lentement une partie des musulmans et en ont tué une autre par perfidie.

Par Allah, s’ils n’avaient tué qu’un seul musulman par préméditation, sans qu’un crime lui soit reproché, alors l’effusion du sang de toute leur armée aurait été licite. Cela parce qu’ils auraient assisté au crime sans pour autant protester ni l’empêcher par leurs paroles et leurs actes.

Que le nombre de musulmans qu’ils ont tués soit donc estimé au nombre des hommes qu’ils y ont engagés!

Discours prononcé a propos de Talha lorsqu’il apprit le départ de Aïcha…

Aïcha (décédée en 678), fille d’Abou Bakr, épouse du Prophète, surnommée Mère des Musulmans. A la suite de l’assassinat d’Otman, elle participa à la guerre contre Ali dans la bataille dite du chameau à cause du chameau qu’elle montait et autour duquel tombèrent plusieurs morts.

Je suis un homme qui ne se laisse pas intimider par les menaces de guerre, ni par les attaques. Je reste confiant en ce que Allah m’a promis comme victoire.

Je jure par Allah que Talha ne s’est précipité à tirer son sabre pour venger Otman que parce qu’il craint qu’on ne lui demande des comptes sur le sang versé; car il y a des doutes à son sujet, et il n’y a personne qui tienne autant que lui à cet assassinat.

Il ameute et soulève les gens pour brouiller les pistes et créer le doute.

Je jure par Allah qu’il n’a pris aucune des trois attitudes qui s’imposaient: Si Ibn-Affan avait été un tyran, comme il le prétendait, il aurait dû soutenir ceux qui l’ont tué et combattu ses artisans; si Otman était juste, il se devait d’arrêter la main des assassins et de le défendre en public. S’il n’était sûr d’aucun des deux cas, il ne lui restait plus qu’à se retirer, à se mettre à l’écart et à laisser le libre choix aux gens. Mais il n’a pris aucune de ces trois attitudes. Bien au contraire le voilà qui crée une situation dont on ignore les tenants et les aboutissants et que rien ne peut justifier.

La Bataille du Chameau

Recommandations à Abdullah Ibn Abbas lorsqu’il l’envoya à Zubair pour lui faire réintégrer ses rangs, avant la bataille du chameau

Ne prends pas contact avec Talha: si tu le rencontres tu le trouveras tel un taureau orgueilleux.

Il s’engage en des affaires périlleuses et prétend qu’elles sont simples.

Par contre vois Zoubeir, il est d’un caractère plus doux. Tiens-lui ce langage: ton cousin maternel te dit: “Tu m’as reconnu au Hedjaz et tu me renies en Iraq: qu’as-tu donc remarqué qui t’ait fait éloigner de moi?”

Propos tenus par lui lorsqu’on…

Par Allah! Je ne serais pas comme l’hyène qui dort alors qu’elle entend les pas se rapprocher et se laisse surprendre par le chasseur qui la convoite.

Moi, je frapperais toujours ceux qui tournent le dos au droit, avec l’aide de ceux qui soutiennent ce même droit; ceux qui doutent et désobéissent, je les combattrais avec l’appui de ceux qui m’écoutent et m’obéissent tant que je vivrai.

Par Allah! Depuis que Allah a pris l’âme de son Prophète jusqu’à ce jour, je n’ai été qu’écarté de mes droits.

A son fils Mohammad…

Va au devant de l’ennemi et ne recule jamais, même si les montagnes s’étaient déplacées. (Les montagnes, peuvent disparaître alors que le Moudjahed est immortel en tant qu’âme)

Serre tes dents, offre à Allah ta tête, assure tes pieds, jette ton regard sur les ennemis les plus éloignés, qu’ils ne t’impressionnent pas. Sache que c’est Allah qui accorde la victoire.

Après sa victoire à la bataille du Chameau

Ton frère a-t-il de bons sentiments envers nous? demanda l’Imam. Il répondit: oui. Il dit alors: “Il a été témoin actif, comme le sont nos troupes et comme le seront des gens qui sont encore dans les reins des hommes ou dans les entrailles des femmes.

Le temps les fera apparaître et ils consolideront la foi.”

Admonestation adressé aux gens de Bassora

Vous avez été l’armée de la femme, à la remorque du chameau.

Il a rugi, vous avez répondu, il a été abattu, vous vous êtes enfuis.

Vos mœurs sont déplorables, vos pactes fragiles, votre religion hypocrite, vos eaux saumâtres.

Qui habite parmi vous se trouve engagé par ses propres péchés, et qui s’éloigne de vous trouve la miséricorde de Allah sur son chemin.

En regardant votre ville, dont émerge le minaret de la mosquée, j’ai l’impression de voir un navire submergé par les vagues, ou la poitrine d’un oiseau ballotté par les flots.

Après la mort de Talha et Zoubeir

Nous vous avons guidés dans les ténèbres, vous avons élevés jusqu’au zénith.

Mais vous avez bouché vos oreilles à notre voix et fermé vos cœurs à notre appel.

Comment l’assourdi pourra-t-il entendre des chuchotements`?

Je m’attends toujours à vous voir subir les suites de votre trahison.

Je vois sur vos visages l’éclat trompeur de ceux qui se font des illusions. Je suis retenu par les apparences musulmanes dont vous vous revêtez, bien que mon intuition me décèle votre mauvaise foi.

Je vous ai conduits dans la voie de la vérité sous n’y a ni guide pour vous éclairer ni point de repère.

Aujourd’hui tout parle en ma faveur et vous ne comprenez pas! Est isolé celui qui ne me suit pas!

Je n’ai douté un instant de la vérité dès que je l’ai connue.

Moïse n’à point tremblé de peur pour sa personne mais par crainte de voir triompher les ignorants et les impies.

Nous avons aujourd’hui, ensemble devant nous, aussi bien le droit que le mauvais chemin. Quiconque dispose d’une source ne craindra plus la soif!

Si je parle et me prononce on rétorquera: il tient au pouvoir; et si je me tais, on dira: il craint la mort! Loin de moi ce qu’ils pensent!

Je jure par Allah que Ibn Abu Taleb est aussi familier avec la mort que le nourrisson avec le sein de sa mère!

Je dispose, au fond de moi-même, de connaissances qui, si jamais je vous les dévoilais, vous feraient trembler comme une corde au fond d’un puits profond.

 

 

Chapitre neuvième: La bataille de Siffine et les Khawarej (les dissidents)

Prière faite avant la Bataille

Il dit: “O Allah, créateur du plafond surélevé, de l’espace étagé, lieu de succession de la nuit et du jour, parcours du soleil et de la lune, itinéraire des étoiles mouvantes, dont tu as fait une demeure pour une partie de tes anges qui ne se lassent jamais de t’adorer !

Allah, Créateur de cette terre dont tu as fait un lieu de repos pour les hommes et un royaume pour les animaux et autres créatures de toutes sortes dont on ne connaît pas le nombre;

Créateur des montagnes hautement dressées, piliers dont tu as doté la terre et refuges pour les hommes;

Si tu nous fais vaincre notre ennemi, empêche-nous d’être injustes et tyrans, et dirige-nous vers l’équité, si tu les fais vaincre, accorde-nous le martyre et évite nous la discorde.”

Il s’adresse à ses compagnons

Les Syriens étaient partisans de Muawiya, adversaire d’Ali

Je déteste de vous voir les injurier. Il serait d’un argument plus valable pour vous de parler de leurs actes et de leur situation.

Et au lieu de les insulter, vous feriez mieux de dire: “O mon Allah préserve notre sang et le leur, rapproche notre cœur du leur, fais-leur prendre le bon chemin jusqu’à ce que l’équité soit connue par l’ignorant et que celui qui a fait sienne l’iniquité s’en éloigne.”

Au sujet des deux arbitres

Vos chefs se sont accordés sur le choix des deux arbitres.

Nous avons eu leur serment qu’ils se conformeraient strictement au Coran sans l’outrepasser ni en paroles ni en sentiments.

Ils s’en sont éloignés sciemment, en suivant le penchant de l’injustice et en adoptant les méthodes tortueuses.

D’avance nous avons déclaré nos réserves sur leurs décisions et leur capacité d’être justes, connaissant leur mauvaise foi et l’iniquité de leur jugement.

Après avoir constaté qu’ils ont quitté le chemin de la justice, présenté des arguments que personne ne comprend, enfreint les règles de la justice, nous ne nous considérons pas liés par aucun pacte mais détenteurs de notre propre décision.

Propos adressé à l’un de ses compagnons

Textuellement: “les sortants”. Secte qui avait suivi l’Imam avant de lui avoir désobéi

“Tu prétends connaître le moment où l’on pourrait sortir sans risque et celui où l’on serait en danger?

Celui qui t’approuve sera en désaccord avec le Coran, se passe de l’aide de Allah pour atteindre ce qu’il désire et repousser ce qu’il craint.

Il faudrait, alors, pour celui-là, te rendre grâce aux lieux et place de Allah car d’après ta prétention ce indiqué serait toi qui lui aurais i le moment d’éviter les dangers”.

Puis se tournant vers le public, il continua: « Gens! Méfiez-vous de l’étude des astres, sauf ce qui peut servir pour s’orienter sur terre ou sur mer.

Elle pousse vers la sorcellerie. L’astrologue est comme le sorcier, le sorcier est comme le magicien, le magicien est comme le mécréant et le mécréant va en enfer.

Marchez en proclamant le nom de Allah”.

S’adressant dans leur cantonnement aux Khawarej…

Etiez-vous présents avec nous à Saffîne?

Ils répondirent: “Certains l’étaient, d’autres point”.

Il leur dit: “Mettez-vous en deux groupes. Que ceux qui ont y assisté se mettent d’un côté et ceux qui n’y étaient pas de l’autre, afin que je dise à chacun ce que j’ai à lui dire.

Je vous demande le silence, écoutez bien ce que je vais vous dire, ouvrez-moi vos cœurs; si nous demandons à quelqu’un de témoigner qu’il vienne avec ce qu’il sait”. Il parla longuement et dit aux autres, à ceux qui avaient assisté à Saffîne:

“N’avez-vous point dit lorsqu’ils brandirent le Coran par perfidie, malice, supercherie et trahison: “Ce sont nos frères et gens de notre foi. Ils ont cessé de nous combattre et reviennent au Livre de Allah. A notre avis il faudrait les accepter et desserrer l’étreinte?”

Je vous ai dit: “Cela, en apparence, est de la foi mais au fond c’est de l’hostilité le début est une bénédiction mais les suites un regret.

Restez sur vos positions, continuez à suivre votre chemin, accrochez-vous au Djihad, ne prêtez pas attention aux hurleurs. Si on répond à leurs désirs, ils trompent et si on les néglige, ils s’humilient. Les faits se sont ainsi passés et vous leur avez donné votre assentiment. Je jure par Allah, que puisque j’ai refusé l’arbitrage, rien ne m’y oblige et je n’en assume pas la responsabilité. Je jure également, par Allah que, si je l’avais accepté, je serais en droit de vous en tenir respectueux. Le Livre qui est mon guide depuis que je l’ai connu me donne fort raison.

Nous étions avec le Messager de Allah dans les combats alors que la mort enlevait les pères, les fils, les frères et les proches et chaque catastrophe et chaque difficulté ne faisaient que renforcer notre foi, nous faire persévérer dans le vrai, nous faire confier notre destin à Allah et augmenter notre résignation devant la douleur des blessures

Mais nous voici, maintenant, à combattre nos frères en Islam, pour ce qu’ils y ont introduit comme déviations, déformations, ambiguïtés et interprétations.

Si nous arrivons à un moyen par lequel Allah nous rassemblerait et nous rapprocherait par ce qui reste encore entre nous de commun, nous l’accepterons, et nous nous abstiendrons de tout autre moyen.

Aux Khawarej 1

Parole juste dont on se sert pour vous induire en erreur. Oui, Allah est l’unique autorité.

Mais ceux-ci disent en réalité: “I1 n’y a de gouvernant que Allah”, alors qu’il est indispensable aux hommes d’avoir un gouvernent fût-il pieux ou pervers! Ainsi le croyant s’adonnera à de bonnes actions et le mécréant à ses caprices jusqu’au terme fixé par Allah.

Ce chef y amassera des richesses qui lui permettront de combattre l’ennemi, d’assurer la sécurité, d’arracher au puissant les droits du faible, afin de rassurer l’honnête homme et de n’avoir rien à redouter des impies.

Ne combattez pas les Khawarej après ma mort; car on ne saurait confondre ceux qui sont tombés dans l’erreur en aspirant à la vérité avec ceux qui ont réussi dans leurs desseins, en s’appuyant, dès le départ, sur l’injustice.

Aux Khawarej 2

Si vous continuez à prétendre que je me suis trompé et que je fais fausse route, pourquoi voulez-vous persister à imputer mes erreurs à toute la nation de Mohammad et à lui faire assumer mes fautes?

Vos sabres sont tirés à tort et à travers et vous ne faites point de distinction entre ceux qui ont commis des erreurs et ceux qui n’ont rien fait.

Vous savez pertinemment que le Prophète fit lapider l’adultère marié; puis a prié sur son corps et donné son héritage aux siens, comme il a fait exécuter le meurtrier et fait hériter normalement ses successeurs; il fit couper la main du voleur, fustiger l’adultère célibataire puis leur octroya leur juste part dans les revenus de l’Etat et les maria à des musulmanes.

Le Prophète les a ainsi punis pour leurs forfaits, leur a appliqué les jugements de Allah sans les priver, pour autant, de leurs droits sur l’Islam et sans les proscrire.

Vous méchantes gens! Instruments entre les mains de Satan qu’il utilise à son gré.

Deux catégories trouveront leur perte à cause de moi: un partisan passionné que sa passion aveugle conduit vers l’erreur et un haineux vindicatif que sa haine conduit également vers l’erreur.

Dans la situation présente et en ce qui me concerne, le meilleur des hommes est celui qui donne l’exemple en restant dans un juste milieu. Ecoutez-le; ralliez la majorité car la main de Allah est avec elle, prenez garde à la division.

Celui qui s’écarte de ses frères est pour Satan ce que l’agneau égaré est pour le chacal.

Quiconque sème la division abattez-le, fût il abrité par mon autorité.

Les deux arbitres ont été désignés pour vivifier ce à quoi le Coran a donné vie et détruire ce qu’il a condamné. Or vivifier c’est se rassembler autour du Coran et détruire c’est s’en séparer.

S’il nous oblige à les suivre nous nous joindrons à eux, et s’il leur impose de nous suivre qu’ils fassent de même.

Je n’ai point commis d’injustice envers vous, ni vous ai trahis dans mes fonctions, ni été peu clair!

Vos notables ont décidé de choisir deux arbitres qui nous ont promis de s’en tenir au Coran. Ils s’en sont détournés, ils ont abandonné la vérité qui leur crevait les yeux, suivi leurs passions qui étaient iniques.

Nous avons, d’avance, fait des réserves sur leur bonne foi et leur esprit de justice.

 

Lettre à Moawia

Moawia né à la Mecque, fondateur de la dynastie des Omeyades et du califat de Damas; il régna de 661 à 680. Après le meurtre de son cousin Othman (3e calife illégal des musulmans), il exploita habilement le désordre pour saper l’autorité d’ Imam Ali as, entraîner à la révolte la Syrie dont il était le gouverneur, et préparer son arrivée au pouvoir. Il intrigua pour la déchéance d’Imam Ali as en 658, se fit proclamer calife à Jérusalem en 660.

Ceux qui avaient prêté serment d’allégeance à Abu Bakr, Omar et Othman viennent d’en faire autant pour moi, dans les mêmes conditions, et pour les mêmes causes.

Aucune contestation n’était acceptable ni pour ceux qui y avaient pris part, ni pour ceux qui y étaient absents. Car la délibération y était aussi bien l’affaire des Muhajirine que celle des Ansar (habitants de Médine ayant accueilli et assisté l’arrivé du Prophète).

Si l’unanimité se réalise sur le choix d’un dirigeant, ce choix recevra la bénédiction de Allah.

S’il arrive que par contestation de ce choix ou par hérésie, quelqu’un rompt avec la volonté de la nation, on tâchera de le persuader pour le réconcilier avec cette même volonté.

Et, en cas de refus, il sera combattu, car s’étant écarté de la volonté des croyants, il devra endosser la responsabilité de son comportement.

O Moawia, de par ma vie, si tu jugeais raisonnablement et en l’absence de tout caprice, tu te rendrais compte que je suis, plus que quiconque, innocent de l’assassinat d’Othman, tu comprendrais que je n’étais impliqué dans cette affaire ni de près ni de loin; à moins que tu cherche à me calomnier.

Alors, laisse libre à tes calomnies comme bon te semble. Salut!

Encore à Mu’awia :

Koreiche voulut assassiner notre Prophète et nous exterminer. Ils nous ont accablés de peines, nous en ont fait voir de toutes les couleurs, privés de tout ce qui agrémentait la vie, nous ont fait vivre dans la peur, nous ont obligés à nous réfugier en des montagnes difficilement accessibles et ont allumé contre nous tous feux de guerre.

Allah voulut que nous fussions les défenseurs de sa Loi pour la protéger contre ses détracteurs. Le croyant combattait dans l’espoir d’une récompense à l’au-delà et le mécréant par solidarité tribale. Ceux des Koreiche qui avaient embrassé l’Islam n’eurent pas à subir notre sort, protégés qu’ils étaient par un pacte tribal ou le soutien d’une famille. Ils étaient à l’abri de  tueries.

Lorsque la bataille était en rage et que l’hésitation commençait à gagner les soldats, l’Envoyé de Allah plaçait les membres de sa famille au front pour protéger ainsi ses fidèles compagnons contre la terreur des sabres et des lances.

Ainsi furent tués Obeida Ibn Hareth lors de la guerre de Badr, Hazrat Hamza pendant la bataille de Ohod, Hazrat Jaafar dans celle de Mu’ta. Il m’est possible d’en citer d’autres ayant souhaité mourir lors de ces batailles comme eux mais la mort qui fauchait les autres les épargna.

Ironie du sort! On ose me comparer à celui qui n’a jamais mis les pieds dans le champ de la guerre sainte, et n’a pas eu comme moi, un passé de guerrier aussi chargé de gloire, à moins qu’on ne prétende ce que j’ignore et que peut être Allah même ignore.

Que Allah soit loué en toute circonstance.

Quant à ta demande de te livrer les meurtriers d’Othman, j’y ai bien réfléchi. Il n’est point question de les livrer ni à toi, ni à tout autre.

Si tu persistes dans ton indiscipline et dans ton oeuvre de division, bientôt tu les verras en face, te demandant des comptes. Ils ne te donneront pas la peine de venir à leur rencontre, ni par terre, ni mer, ni par plaine, ni dans les montagnes. Leur demande te mettra dans l’embarras et leur rencontre ne te sera point agréable. A bon entendeur, salut.

Egalement à Mu’awia :

Que ferais-tu quand tu seras dépouillé des faveurs de ce monde qui te trompe par ses séductions et ses plaisirs?

Il t’a fait signe et tu lui as répondu, il t’a entraîné et tu t’es laissé faire, il t’a ordonné et tu as obéi.

Tu n’es pas loin d’être en présence de celui contre qui aucun bouclier ne saura te protéger.

Evite cette situation, fais provision de bonnes oeuvres pour le grand Jugement, prépare-toi pour le destin final, ne prête pas l’oreille aux flatteurs pervers.

Sinon je me verrai obligé de te dévoiler ce que tu sembles ignorer. Les faveurs de ce bas monde te trompent, le diable t’a possédé. En toi, il a atteint son objectif; il habite ton corps comme ton sang et ton souffle.

Explique-moi, donc, comment prétendre être le chef de cette nation quand on est sans passé glorieux, ni exploit honorable. Que Allah nous protège contre un passé de malfaiteurs!

Je te mets en garde contre la bassesse de tes désirs qui n’ont rien à voir avec ce que tu proclames ostensiblement.

Tu parles de guerre en y invitant  les innocents, laisse-les donc paisiblement, épargne les deux troupes de tout affrontement,et sors a ma  rencontre pour savoir lequel de nous deux a l’esprit aveugle!

Je suis le père de Hassan qui décapitai ton grand-père, ton frère et ton oncle maternel, le jour de Badr, je garde le même sabre et le même coeur pour faire face à mon ennemi.

Je n’ai point changé de religion ni de prophète, et je suis toujours le droit chemin que vous avez délibérément abandonné après l’avoir accepté par contrainte.

Tu  prétends demander réparation du sang d’Othman, tu connais bien ceux qui en sont responsables, adresse-toi donc à eux dans ta besogne.

Je te vois mal dans cette guerre qui te fera gémir comme un chameau à la charge lourde; je vois déjà tes partisans, par peur de la pluie de nos armes, de leur sort si inéluctable et de la succession de leurs défaites, me demander le recours au livre de Allah, alors que dans leurs fors intérieurs, ils s’attachent à l’apostasie (idolâtrie) et te reconnaissent  comme leur chef sans conformité avec  le droit chemin.

Quant à ta demande du gouvernorat de Syrie, il n’est pas question de t’accorder aujourd’hui, ce que je t’ai refusé hier.

Lorsque tu dis que nous sommes tous descendant de Banu Abd Manaf, tu oublies que Umaya n’est pas Hachem as, que Harb n’est pas Abdel Muttalib as, que Abu Sofian n’est pas Abou Taleb as; encore moins les Muhagirine comme ceux qui furent captifs avant d’être recherchés, ni le descendant direct comme le descendant indirect, ni l’ayant-droit comme le faux prétendant ni le croyant comme le mécréant.

Méprisable descendance que celle qui suit son ascendance en enfer!

Quand Allah a fait adopter sa religion aux masses d’Arabes qui ont embrassé l’Islam par consentement ou par force, vous étiez de ceux qui se sont convertis par convoitise ou par peur.

Il est certain que ceux qui ont répondu les premiers à l’Islam se sont élevés plus hauts que les derniers, ainsi donc les premiers qui ont émigré de la Mecque ont plus de mérites que les autres.

Ne te donne pas au diable et ne lui confie point ton âme. Salut.

 

A Ziad son gouv. à Bassorah

Je jure sincèrement par Allah que, si jamais il m’ arrive un jour d’ apprendre que tu utilises une partie des biens publics à tes propres fins, petite ou grande soit-elle, je t’en ferai subir les conséquences si sévèrement que tu deviendras nécessiteux et misérable. Salut!

Sois économe et fuis la prodigalité, pense aux lendemains, ne dépense que selon la nécessité et réserve le surplus pour les cas de besoin.

Attends-tu de Allah une récompense comme celle des humbles alors que tu fais figure d’un homme orgueilleux? As-tu l’espoir de bénéficier de la récompense destinée aux bienfaiteurs, alors que tu te vantes dans l’abondance et en prives le faible comme la veuve?

L’homme sera récompensé de ce qu’il a avancé et trouvera ce qu’il a mis en épargne pour la vie future. Salut.

 


Chapitre septième: Les lettres d’Ali (as)

 A Mohamed ibn Abi Bakr Lors de sa nomination comme gouverneur de l’Egypte

Sois modeste et humain avec eux et traite-les avec bonté; regarde-les tous pareillement afin que les grands ne puissent agir impunément et que les faibles ne désespèrent pas de ta justice à leur égard.

Allah vous demandera, ô Créatures, compte de vos actions, grandes ou petites soient-elles, visibles ou cachées.

S’il châtie, sachez que vous en méritez plus, et s’il pardonne soyez sûrs qu’il est généreux.

Sachez, ô Adorateurs de Allah, que les pieux ont gagné à la fois ce monde éphémère et l’éternité sans fin. Ils se sont associés aux biens de ce monde avec ceux qui les désiraient et n’ont point partagé avec eux leur sort dans l’autre monde.

Ils ont vécu en ce monde de la meilleure manière possible, ont goûté au mieux à ses délices, en ont recueilli autant de faveurs que ceux qui s’adonnaient aux jouissances et autant que pouvaient en prendre les tyrans orgueilleux.

Ils l’ont quitté emportant, avec eux une provision de bonnes actions et un commerce prospère. Ils ont pu tirer de leur mépris de ce monde, la joie d’y croire tout en restant convaincus qu’ils se trouveraient demain auprès de Allah.

Leur requête n’est jamais rejetée et leur part des jouissances point réduites.

O Adorateurs de Allah, prenez garde à la mort, à son imminence et préparez-vous à l’affronter.

C’est un événement capital et un moment terrible.

Il est chargé de bonheur infini ou de malheur illimité.

Qui donc serait plus proche du Paradis ou de l’Enfer sinon que celui a œuvré pour l’un ou pour l’autre!

Vous êtes le gibier de la mort; si vous y faites face, elle vous surprend, si vous la fuyez, elle vous rattrape.

Elle est si proche de vous que ne l’est votre propre ombre.

Elle vous fait face comme si elle tombait sur votre front, alors que la vie, quant à elle, s’efface derrière vous.

Craignez un feu sans fond dont la chaleur est terrible et le supplice se renouvelle sans cesse. Une demeure où ne règne aucune pitié, où n’est exaucée aucune prière ni apporté aucun soulagement.

Si vous pouviez renforcer votre crainte de Allah et votre confiance en lui, joignez alors les deux; car le degré de confiance de l’homme doit être en proportion avec celui de la crainte qu’il manifeste à l’égard de son Créateur. Ainsi, le plus optimiste des hommes en est le plus craintif.

Sache, toi Mohammed Ibn Abi Bakr, que je t’ai ai confié mes meilleures troupes: les Egyptiens. I1 t’est un devoir de ne pas te conformer aux passions de ton âme de défendre ta religion, même si tu ne disposais que d’un court laps de temps. N’attire pas sur toi la malédiction de Allah pour faire plaisir à une créature! Tu peux te passer des créatures en te rapprochant de Allah mais tu ne peux jamais te passer de Allah, car il est irremplaçable.

Fais les prières aux moments qui leur sont fixées, ne les avance pas pour profiter d’un moment libre, ne les diffère pas pour d’autres occupations; l’appréciation de toutes les œuvres dépend de l’acceptation des prières.

On ne saurait comparer un dirigeant éclairé à un dirigeant pervers, le partisan du Prophète à l’ennemi du Prophète.

Le Prophète m’avait dit: “Je ne crains pour ma nation ni un croyant ni un polythéiste. Le croyant, Allah le protégera par sa propre foi, quant au polythéiste, il sera puni par son polythéisme.

Mais je crains pour vous tout hypocrite expert en paroles, qui proclame ce que vous savez et qui exécute ce que vous détestez”.

A Mohamed ibn Abi Bakr à l’occasion de sa destitution et de la nomination à sa place de al-Achtar. Ce dernier devait mourir en route avant de prendre fonction

Je suis informé de ton chagrin par suite du choix d’Al- Achtar pour te remplacer.

Je n’ai pas procédé à cette nomination pour déprécier tes efforts ni pour en exiger davantage. Je t’aurais confié une charge moins délicate qui te plairait mieux.

L’homme que j’avais désigné à la tête de l’Egypte – que Allah le bénisse – était envers nous de toute sincérité, dur et énergique envers nos ennemis.

Il a terminé ses jours, en rencontrant la mort; nous en étions pleinement satisfaits. Que Allah le comble de ses satisfactions et lui multiplie ses bonnes œuvres.

Fonce sur ton ennemi, utilise ta perspicacité, retrousse tes manches pour combattre qui te combat, appelle les gens à suivre le chemin de ton Créateur, demande constamment l’aide d’Allah; il te protégera et t’aidera à surmonter tes difficultés. S’il plaît à lui.

A Abdallah Ibn El-Abbas après l’assassinat de Mohamed Ibn Abi Bakr

L’Egypte est envahie et Mohamed Ben Abi Bakr, que Allah ait son âme, est tombé martyr. Nous avons perdu en lui un fils plein de sincérité, travailleur infatigable, soldat redoutable et soutien de la foi.

J’avais demandé aux gens de le rejoindre d’urgence, de lui porter secours avant l’événement, j’avais fait appel à eux secrètement et publiquement et cela à maintes reprises.

Certains l’ont rejoint à contrecœur, d’autres se sont déclarés prétendument malades, d’autres se sont abstenus par abattement.

Je prie Allah de me soulager rapidement de ces gens et, par Allah, n’était-ce l’envie de trouver le martyre face à l’ennemi et l’indifférence à la mort, je souhaiterais de ne pas les rencontrer ni de ne jamais les revoir.

Aux habitants de l’Égypte à l’occasion de la nomination d’al-Achtar comme gouverneur

D’Ali, serviteur de Allah et Emir des croyants à ceux qui se sont courroucés, par amour de Allah, lorsqu’il fut désobéi sur terre, que le droit qu’il avait établi fut bafoué, que l’injustice gagna les hommes de bien comme de mal, le résident comme le voyageur, les empêchant de faire de bonnes actions et d’éviter les mauvaises.

Je vous ai envoyé un homme de parmi les adorateurs de Allah qui ne dort pas durant les jours de peur, qui ignore la crainte face à l’ennemi dans les moments d’épouvante; il est plus terrible envers les vicieux que les morsures de feu. Il s’agit de Malek Al Achtar, frère de Mazhej.

Ecoutez-le et obéissez à ses ordres tant qu’il appliquera la justice.

Il est l’un des sabres effilés de Allah qui ne manque jamais l’objectif.

S’il vous ordonne d’attaquer, respectez son ordre et s’il vous ordonne de garder vos positions, ne bougez pas!

Il ne passera à l’offensive, ne reculera, ne prendra de décisions, ne les retardera que sur mes ordres.

Je vous en ai gratifiés au moment où j’en ai moi-même le plus grand besoin, pour l’énergique bravoure dont il fera montre face à votre ennemi et pour les conseils pertinents qu’il ne manquera pas de vous donner.

A Amr Ibn el As (partisan de Mu’awia)

Tu as lié ta foi à la fortune d’un être dont la soumission au diable est notoire et les turpitudes connues, dont la fréquentation avilit le noble et déshonore le sage.

Tu suis ses traces, recueilles ses dons tel un chien se réfugiant auprès d’un lion en attendant qu’il lui cède les restes de sa proie.

Tu as ainsi perdu et ce monde et l’autre, alors que si tu avais agi selon la vérité tu aurais réalisé tous tes désirs.

Si Allah vous met entre mes mains, toi et le fils d’Abou Sufian, je vous infligerai le juste châtiment que méritent vos actes; si je n’y parviens pas et que vous me surviviez, ce qui vous attend ne saura être que le malheur!

LETTRE ADRESSÉE PAR L’IMAM A AL ACHTAR

A l’occasion de son investiture comme gouverneur de l’Egypte quand des troubles éclatèrent sous le mandat de Mohammed ibn Abi Bakr, son prédécesseur. Il s’agit de la plus longue lettre écrite par l’Imam.

“Voici les ordres que donne Ali, Serviteur de Allah, l’Emir des croyants, à Malek Ibn Hareth Al-Achtar chargé du gouvernorat de l’Egypte: Percevoir les entrées de l’Etat, combattre ses ennemis, améliorer le sort de ses habitants et assurer la prospérité du pays.

Il lui prescrit d’obéir à Allah et de le craindre, de suivre strictement les ordres formulés dans son Livre, dans ses obligations comme dans ses surérogations, car nul ne peut être heureux qu’en s’y conformant, ni être malheureux que s’il les renie et s’en détourne.

Il lui ordonne de servir Allah de son cœur, de sa main et de sa bouche, le Seigneur ayant promis la victoire à qui le sert et la puissance à ses partisans.

Il lui recommande aussi de dompter ses passions et de ne pas se laisser entraîner par celles – ci, car elles conduisent vers le mal et n’épargnent que ceux qui jouissent de la protection de Allah.

Apprends que je t’envoie dans un pays qui a connu avant toi des situations marquées par la justice comme par l’oppression.

Les gens critiqueront tes actions de la même manière que tu critiquais celles de tes prédécesseurs et diront de toi ce que tu disais d’eux.

On reconnaît les justes par les paroles que Allah mettra à leur sujet dans la bouche de ses adorateurs; fasse en sorte que les plus précieux trésors soient les bonnes actions!

Maîtrise tes penchants abstiens-toi de ce qui n’est pas licite, car la maîtrise de l’âme s’accomplit en se détournant de ses passions (Prendre soin de son âme c’est ne pas lui accorder tout ce qu’elle désire mais c’est l’obliger à supporter ce qu’elle déteste).

Fais que ton cœur soit compatissant, tendre et doux envers les administrés, ne sois pas un fauve qui ne songe qu’à en faire sa proie; ils sont de deux sortes: un frère en Allah ou bien un congénère, tous deux sujets à des lapsus et en butte à des erreurs commises consciemment ou inconsciemment.

Offre-leur ton pardon et ta mansuétude comme tu souhaites que Allah en fasse pour toi. Tu te trouves en position de supérieur à leur égard, comme l’est vis-à-vis de toi celui qui te nomme. Mais Allah est au-dessus de nous tous.

Allah t’a confié la charge de leurs affaires pour t’éprouver.

Ne te dresse pas contre les ordres de Allah car, face à lui, tu es impuissant et n’es pas à même de te passer de son pardon et de sa miséricorde.

Ne regrette jamais un acte de pardon et ne te vante pas d’une sanction que tu auras infligée. Evite de prendre hâtivement une initiative de ce genre, si la possibilité d’agir autrement s’offre à toi. Ne te dis jamais: “Je suis investi, j’ordonne et on m’obéit”; car cela pourrit le cœur, affaiblit la foi et précipite les troubles.

S’il t’arrive d’être trompé par ce dont tu disposes comme moyens de puissance et de grandeur, observe la grandeur de l’empire de Allah au-dessus de toi, sa puissance sur toi et son aptitude à réaliser ce dont tu es incapable en toi – même. Ceci diminuera tes ambitions, réduira ta violence et te rendra ce que tu aurais perdu de clairvoyance.

Prends garde de ne pas vouloir t’élever à la hauteur de Allah et de lui ressembler dans son omnipotence. Allah avilit tout oppresseur et méprise tout orgueilleux.

Observe les droits de Allah et ceux de ses créatures sur ta personne, sur les tiens et sur ceux de tes administrés qui te sont particulièrement chers. Si tu ne fais point ainsi, tu seras oppresseur!

Et celui qui opprime les créatures de Allah, ce dernier se substituera à celles – là et deviendra son adversaire. Et quiconque sera l’adversaire de Allah verra fondre ses arguments. Car Allah le combattra jusqu’à ce qu’il se soumette ou se repentis.

Rien n’appelle au changement des faveurs de Allah et à la précipitation de sa vengeance plus que le maintien de la tyrannie; prête particulièrement oreille aux prières des opprimés et observe attentivement les oppresseurs.

Que ton choix tombe toujours sur la solution la plus médiane dans la vérité, la plus générale dans la justice, celle qui réussit le plus à recueillir le consentement des administrés. Car l’irritation du peuple rend inefficace le consentement de l’élite alors que l’irritation de la seconde peut être compensée par le consentement du premier.

A l’égard du chef, personne n’est plus préoccupant que l’élite en période de stabilité, moins assistant en temps de difficultés, plus réticent à agir selon la justice, plus insistant en demande, moins reconnaissant des offres, moins disposé à comprendre en cas de refus, et moins tenace en cas de malheurs.

Par contre, la force de la religion, le facteur d’unification des musulmans et le rempart de la nation face à l’ennemi restent les gens du peuple.

Accorde-leur plus d’attention. Fasse que le plus éloigné de toi parmi les administrés soit celui qui cherche le plus les défauts d’autrui. Les hommes sont imparfaits, certes, mais il incombe à leur chef, en premier lieu, de couvrir leur imperfection. Ne cherche jamais à dévoiler ce qui échappe à ton regard. Ton devoir est d’en corriger ce qui te tombe sous les yeux. Allah est seul juge de ce qui t’échappe.

Protège d’un voile autant que faire se pourra leurs défauts et Allah en fera de même pour toi à leur égard.

Libère les hommes de la rancune que nourrissent les uns pour les autres, et défais – toi de tout ce qui est à même de t’attirer leur haine en fermant les yeux sur ce qui ne te parait pas clair. Ne t’empresse pas de donner raison à n’importe quel délateur car il est, de nature, corrompu quoique se montrant homme de bonne foi.

N’écoute pas les conseils d’un avare qui risquera de t’entraîner dans l’avarice en dressant devant toi le spectre de l’appauvrissement. Ni ceux d’un lâche qui te rendra indécis, là où la détermination sera chose nécessaire, encore moins ceux d’un avide qui, par l’injustice, embellira pour toi la cupidité. Car l’avarice comme la lâcheté et la cupidité sont des qualités différentes, ayant comme dénominateur commun l’absence de confiance en Allah.

Le pire de tes collaborateurs est celui qui fut d’abord partisan et complice des criminels. Qu’il ne fasse pas partie de ton conseil. Considère-le comme collaborateur des malfaiteurs et des oppresseurs. Tu trouveras, à leurs places, d’autres collaborateurs aussi clairvoyants et jouissant d’aussi grande audience qu’eux, mais n’ayant pas commis de crimes aussi ignobles, ni assisté un tyran dans son action d’oppression ou un pécheur dans ses péchés.

Ceux-là seront pour toi, moins encombrants, plus assistants, plus proches de toi et moins attachés à d’autres.

Qu’ils soient donc tes proches collaborateurs aussi bien dans l’intimité qu’en public. Que le plus écouté de toi soit celui qui te fera entendre les plus amères vérités et le moins écouté celui qui t’aide à faire ce que Allah ne permet pas à ses représentants. Attache-toi aux pieux comme aux honnêtes: habitue-les à ne pas te flatter, ni à te faire des éloges sur ce que tu n’auras pas fait car la flatterie engendre la vanité et mène à l’orgueil.

Que les bienfaisants et les malfaisants ne soient pas traités sur le même pied pour ne pas décourager les premiers et encourager les seconds. Réserve à chacun des deux groupes le traitement qu’il mérite.

Rien n’autorise un dirigeant à s’assurer la bonne foi de ses administrés mieux que le bon comportement à leur égard, l’allégement de leurs charges et le refus d’exiger d’eux ce dont ils ne sont pas capables. Que cela soit un moyen par lequel tu prouves à tes sujets les bonnes intentions que tu nourris à leur égard. Car leur confiance en toi aidera à te faciliter la tâche.

Plus tu uses de bons procédés envers eux, plus tu t’assures leurs bonnes intentions et vice versa.

N’abolis pas une bonne tradition instituée par les anciens de cette nation, et ayant été l’objet d’un consensus pour Te bien des administrés. N’introduis aucune innovation qui puisse porter préjudice aux traditions déjà établies. La rémunération en reviendrait à celui qui les aurait établies alors que la conséquence fâcheuse en retomberait sur toi pour autant que tu les aurais abolies.

Fréquente assidûment les gens de science, discute souvent avec les sages pour pouvoir affermir les bons principes qui assurent la bonne marche du pays et consolider les bonnes pratiques qui ont été celles de tes prédécesseurs.

Sache que tes administrés se retrouvent en catégories intimement liées les unes aux autres de telle sorte qu’aucune d’entre elles ne saurait être saine si les autres ne le sont pas. Parmi celles-ci il y a: les soldats de Allah, les agents des affaires, les magistrats, les scribes, les contribuables tant musulmans que d’autres religions, les commerçants et les artisans. Il y a également la classe des déshérités et des pauvres. Allah a fixé le droit comme le devoir de chacun soit dans son Livre, soit dans la Sunna (tradition) du Prophète, que Allah soit satisfait de lui. Il s’agit d’un dépôt qu’il nous a confié et que nous protégeons.

Les armées sont, par la Grâce de Allah, le rempart du peuple, la gloire des dirigeants, la force de la religion, le garant de la sécurité; les affaires de la nation ne peuvent prospérer que par leur présence.

Les armées ne peuvent être sur pied que s’il leur est remis la part de la zakat que Allah leur a accordée, afin qu’elles soient puissantes dans le combat contre l’ennemi, qu’elles puissent compter dessus pour se perfectionner et l’utiliser pour leur entretien.

Mais ni les armées ni le peuple ne pourraient être d’utilité sans le soutien d’une troisième catégorie, celle des magistrats, des scribes et des agents des affaires publiques et privées, vu les contrats que ces derniers établissent et la confiance que l’on place en eux en ce qui concerne les affaires de l’Etat comme des particuliers.

Mais tous ne peuvent prospérer que grâce aux commerçants et aux artisans, par les services qu’ils rendent dans les marchés et en d’autres lieux pour accomplir des tâches dans des domaines où les autres se sentiraient incapables. Les nécessiteux et les déshérités, quant à eux, ont le droit de recevoir aide et secours.

Allah n’a omis le droit de personne. Chacun a, dans la mesure de ses besoins, des droits sur l’administrateur; ce dernier ne trouvera d’excuses, pour ce dont Allah l’a chargé, qu’en s’occupant d’eux, en s’appuyant sur l’aide de Allah et en habituant avec patience son âme à l’amour de la justice dans l’accomplissement de ses fonctions, fussent – elles grandes ou petites.

Mets à la tête de tes troupes, celui que tu penses être le plus sincère envers Allah, son Messager et son Imam, le plus fidèle, le plus intelligent, non pas celui qui se met vite en colère, mais celui qui sait pardonner, être indulgent envers les faibles et dur avec les puissants, celui qui ne se laisse emporter ni par la violence ni par la faiblesse.

Sois en contact permanent avec les hommes de bravoure et de bonnes lignées, ceux de bonnes familles connues pas leurs antécédents honorables, puis les hommes courageux, secourables, généreux et indulgents. Car tous forment un ensemble de noblesse et de reconnaissance.

Intéresse-toi à leurs situations comme le ferait un père à l’égard de ses enfants, ne donne pas d’importance à ce que tu leur accordes pour les relever ni ne mésestime la plus petite des amabilités que tu aurais à leur égard; par cela tu te les rends loyaux et ils auront bonne opinion de toi. Fais de manière à ce que leurs affaires importantes ne te fassent pas oublier leurs petites affaires, car de ces dernières ils tirent profit et des premières ils ne peuvent pas se passer.

Accorde la plus grande considération aux chefs de troupes qui aident le mieux leurs hommes, qui leur confèrent le plus de ce dont ils disposent pour leur permettre de satisfaire leurs besoins et ceux de leurs familles laissées derrière eux, afin que leurs sentiments soient identiques dans le combat contre l’ennemi. La sympathie que tu auras pour eux domptera pour toi leurs cœurs.

Les choses les plus agréables et les plus précieuses pour un administrateur sont l’épanouissement de la justice dans le pays et les manifestations d’amitié entre les administrés. Leur amitié ne peut apparaître que si leurs cœurs sont purs, et leurs comportements ne peuvent être sincères que s’ils protègent leurs dirigeants, que s’ils acceptent volontiers leurs décisions.

Donne-leur l’occasion de réaliser leurs espoirs, complimente-les constamment, ne passe pas sous silence leurs bonnes œuvres et leur bravoure, car cela donne plus de force au courageux et enthousiasme le traînard, par la volonté de Allah.

Puis reconnais pour chacun ce qui lui revient. N’attribue jamais l’œuvre de quelqu’un à celui qui n’en est pas l’auteur et n’en diminue pas les mérites. Que le rang d’une personne ne te fasse pas exalter ou déprécier son action avec exagération.

Pour trancher dans les situations difficiles, réfère-toi à Allah et à son Messager. Allah s’adresse à ceux qu’il veut conduire dans la bonne voie: “Ô croyants! Obéissez à Allah, à son Messager et à ceux d’entre vous qui exercent l’autorité. Si un différend, vous sépare, référez-vous à Allah et au Messager”.

La référence à Allah c’est de se conformer à son Livre et la référence au Prophète, c’est de faire usage de sa tradition qui unit et ne sépare point.

Choisis comme juges, parmi tes administrés, ceux pour qui tu as le plus d’estime, ceux qui ne s’impatientent pas, que les plaignants ne rendent pas acariâtres, qui ne persistent pas dans l’erreur, qui n’agissent pas par cupidité, qui étudient ce qui leur est soumis dans toute sa profondeur et non pas superficiellement, qui ne tranchent pas rapidement sans réfléchir, s’ils n’ont que des présomptions; qui se réfèrent le plus aux preuves et éprouvent le moins d’ennuis à écouter les adversaires, qui patientent le plus pour permettre aux affaires de s’éclaircir, qui sont les plus fermes lorsque le droit est apparent, qui ne se laissent réjouir ni par les éloges ni par les tentations. Et ceux – là leur nombre est réduit.

Multiple les contacts avec eux et sois large envers eux, pour leur permettre de faire face à leurs besoins et de ne pas dépendre d’autrui: Place – les auprès de toi et donne-leur un rang auquel nul d’entre tes proches ne peut prétendre afin de les protéger contre tout assassinat.

Médite profondément sur ces recommandations. Car cette religion a été prisonnière des méchants qui s’en servaient selon leurs caprices et pour les biens de ce monde.

Observe bien le comportement de tes fonctionnaires et choisis-les après les avoir mis à l’épreuve, ne les nomme pas par favoritisme ou par égoïsme, ces deux défauts font partie des ferments de l’iniquité et de la trahison.

Discerne parmi eux les gens d’expérience et de décence issus des familles honorables ayant opté tôt pour l’Islam. Ils ont le meilleur comportement, les meilleurs mœurs, ont le moins de convoitises et sont les plus sagaces sur les conséquences des décisions.

Comble – les de faveurs, cela les aidera à élever leurs sentiments, à ne pas être tentés de puiser dans ce qui dépend d’eux, et constitue également une preuve à leur charge s’ils contredisent tes ordres ou trahissent ta confiance.

Contrôle leurs activités, fais – les inspecter par des gens loyaux et sincères. Tu les inciteras ainsi au respect de la confiance mise en eux et les rendra bienveillants envers les administrés.

Sois circonspect envers tes proches collaborateurs, si l’un d’eux penche vers la trahison tu trouveras des informateurs qui seront tes yeux pour te prévenir, et te suffiront comme témoins. Alors tu pourras lui appliquer des sanctions et le punir en conséquence en le mettant dans une situation avilissante, en le marquant du sceau de la trahison et de la honte.

Occupe-toi de la terre dans l’intérêt de ceux qui la travaillent car l’abondance des produits de la terre et la prospérité des producteurs conditionnent le bien – être d’autrui, pour la simple raison que les hommes sont tributaires de la terre et de ceux qui en assurent la mise en valeur.

Sois plus préoccupé du bon état des terres que des entrées qu’elles peuvent rapporter, car ces dernières ne peuvent te parvenir que si les premières sont bien entretenues. Celui qui demande l’impôt sur les terres, sans s’occuper de leur entretien, ruine le pays et rend la vie difficile au peuple, et son autorité sortira de cette situation affaiblie. Les paysans peuvent se plaindre du poids de l’impôt, d’une calamité, d’une pénurie d’eau, de brume, d’inondation ou de sécheresse ayant dévasté la terre.

Allège alors l’impôt dans des proportions que tu trouveras susceptibles d’améliorer leurs conditions.

Que ce dont tu les dispenses ne soit pas considéré comme inutile. Il n’est rien d’autre que des épargnes dont ils se servent pour développer le pays et embellir ton Etat; tout en te rendant digne de leur éloge et en te permettant ainsi de voir l’équité couvrir le pays. Leur force te servira d’appui grâce à leur prospérité et la confiance ne te fera pas défaut grâce à cette équité à laquelle tu les as habitués et à l’esprit d’indulgence par lequel ils te reconnaissent. Ce faisant, il peut arriver qu’une situation puisse t’obliger à leur demander un appui.

Alors ils accueilleront cette demande du fond du cœur; ainsi va de la prospérité, elle est à même de supporter toutes les charges. La ruine d’un pays provient de l’appauvrissement de ceux qui vivent des produits de la terre et cet appauvrissement est le résultat de l’avidité des dirigeants qui ne s’attendent pas à régner pendant longtemps et ne tirent pas profit des leçons du passé.

Examine bien la situation de tes secrétaires et choisis les meilleurs d’entre eux pour leur confier tes affaires, pour s’occuper de ta correspondance qui pourrait révéler tes stratagèmes et tes secrets.

Nomme parmi eux ceux qui font montre de vertu et de modestie; ceux – là ne chercheront pas à l’exploiter, en présence d’un public, pour te contredire; non pas ceux qui par imprudence ou par négligence ne te transmettent pas fidèlement et avec rapidité la correspondance en provenance de tes gouverneurs et n’y répondent pas avec dévouement. Ceux qui n’affaiblissent pas tes directives et ne restent pas incapables de liquider une affaire qui pourrait te porter préjudice; ceux qui sont conscients du rôle qu’ils jouent, car celui qui ignore l’importance de son rôle en ferait autant pour celui d’autrui.

Ne choisis pas ces fonctionnaires selon ton intuition, ta confiance et la bonne opinion que tu pourrais en avoir.

Ces hommes savent leurrer les chefs et s’attirer leur sympathie par la flatterie et les bons offices, alors que derrière tout cela il n’y a ni bon conseil ni honnêteté.

Apprécie – les selon les services qu’ils ont rendus à tes prédécesseurs, et élis parmi eux celui qui a laissé la meilleure impression sur l’ensemble de la nation et qui est réputé par sa probité. Un tel choix sera une preuve de ta sincérité envers Allah et envers tes administrés.

Mets à la tête de chaque service tout fonctionnaire qui ne craint pas les affaires difficiles et qui ne s’embrouille pas par leur diversité. T’incombera la responsabilité de toute défaillance de la part de tes fonctionnaires sur laquelle tu aurais fermé les yeux.

Veille sur les négociants et les artisans, recommande qu’on les traite avec bienveillance, qu’ils soient établis, ambulants ou bien travailleurs manuels. Car ils sont sources de biens et de profits qu’ils drainent de loin par terre, par mer, à travers les plaines et les monts, assurant aux gens ce qu’ils sont incapables d’obtenir. Cela te garantira une paix durable et un pacte respecté.

Examine leurs activités dans les coins les plus reculés de ton Etat.

Sache, néanmoins, que parmi eux nombreux sont ceux qui sont durs en affaires, cupides, accapareurs, dominateurs dans les marchés, ce qui est source de préjudices à la nation et une tare pour le gouvernant.

Prohibe tout acte de monopole, car le Messager de Allah l’a interdit.

Que le négoce se déroule dans une ambiance de mutuelle bienveillance, que les mesures soient justes et que les prix ne lèsent ni l’acheteur ni le vendeur. Si quelqu’un exerce le monopole, punis-le avec 6quité et en l’absence de tout excès.

Par Allah! Par Allah! Je t’adjure de veiller sur la classe déshéritée et dépourvue; celle des pauvres, des nécessiteux, des miséreux et des invalides. Parmi eux il y en a qui se plaignent et d’autres qui se résignent. Veille sur les droits que Allah leur a accordés et dont il t’a chargé.

Prélève, en leur faveur, une part du trésor public, et une part des revenus des terres confisquées par les musulmans.

Le plus éloigné y a autant de droits que le plus proche, et tu es responsable de la part de chacun.

Ne méprise pas leurs droits; car le fait de t’occuper des grosses affaires n’est pas une excuse pour négliger les petites. Ne t’en détourne pas par orgueil.

Va au devant de celui qui, par le mépris dont il est victime de la part de ton entourage, n’a pas accès auprès de toi.

Affecte pour eux des hommes pieux et modestes qui te feront parvenir leurs doléances; puis ménage-les de telle sorte que tu puisses demain, devant Allah, trouver une excuse. Car cette classe de la nation a, plus que les autres, besoin d’équité. Fais respecter aussi les droits de Allah sur l’ensemble de la nation, pour faire preuve de sincérité envers lui.

Informe – toi de l’état des orphelins et des gens âgés qui n’ont pas de moyens pour supporter leurs situations. Il s’agit d’une lourde charge pour les dirigeants. La justice est toujours pesante mais Allah allège le fardeau de ceux qui, sollicitant la récompense dans l’autre monde, se résignent à en porter la charge et à croire aux promesses divines.

Consacre une partie de ton temps à des audiences données sans la présence de tes soldats et de tes collaborateurs, – gardes et police – pour rencontrer ceux qui prétendent être lésés dans leurs droits, afin de leur permettre de s’exprimer sans crainte, ni hésitation, car j’ai entendu le Messager de Allah déclarer plus d’une fois: “Allah ne bénit pas une nation où il n’est pas donné sans hésitation, au faible ses droits sur le fort”.

Souffre leurs écarts, le manque de clarté dans leurs dépositions, mets-les à l’aise, garde ton calme et ta modestie: ce faisant, Allah t’enveloppera de sa miséricorde et de sa clémence et récompensera ton obéissance.

Tout ce que tu donnes, accorde – le de bon cœur, que ton refus soit assorti de délicatesse et d’excuse.

Il est des affaires que tu dois traiter personnellement, entre autres: répondre à tes agents chaque fois que tes fonctionnaires éprouvent l’incapacité de trancher avec célérité, satisfaire les doléances qui te parviennent avec une note déplaisante à tes collaborateurs. Adopte un programme de travail pour chaque jour, car chaque jour apporte son travail.

Consacre les meilleurs moments de ton temps à Allah, qu’ils en soient la plus grande partie. Cela ne peut pas être source de reproche pourvu que tes actes soient rendus de bonne foi et pour l’intérêt de la nation. Que le respect des obligations de Allah soit l’une des activités à laquelle tu t’adonnes dans le but de servir fidèlement ta religion.

Offre ta personne à Allah nuit et jour, acquitte-toi de ce qui t’en rapproche sans diminution, ni omission et en exigeant de ton corps ce qu’il faut.

Si tu diriges la prière ne sois pas lassant car, parmi les fidèles, il y a ceux qui souffrent d’une maladie et ceux qu’appellent d’autres occupations.

Quand j’ai demandé au Prophète, lorsqu’il m’envoya au Yémen, de m’indiquer la façon dont je devais diriger la prière, il me répondit: “Dirige la prière comme le ferait le plus faible des fidèles et sois clément envers les croyants”.

De plus, apparais le plus souvent au public, car la non apparition des dirigeants inquiète les administrés, entraîne l’ignorance des affaires de l’Etat et coupe le peuple des réalités; alors les questions importantes leur apparaissent minimes et les minimes importantes,1es mauvaises actions bonnes et les bonnes mauvaises. Ainsi l’équité s’entremêle avec l’injustice.

Le gouverneur est un être humain, il n’est pas censé savoir ce que les gens lui cachent, et la vérité ne porte pas de signe permettant de la distinguer du mensonge: de deux hommes, tu ne peux qu’être l’un: l’un généreux qui se serait toujours empressé de rendre justice. Que signifierait donc ton isolement alors qu’il s’agit d’un droit à rendre, ou d’une bonne action à faire? L’autre de nature avare que les gens ne tarderont pas à délaisser par désespoir bien que la plupart du temps ils ne viennent pas chercher des dons, mais pour présenter des plaintes suite à des injustices dont ils ont été victimes ou demander la révision d’un traitement inique.

Auprès du gouverneur, il y a des proches et des conseillers, et parmi eux certains sont marqués par l’égoïsme, la convoitise et l’absence d’équité; arrête leurs bras en supprimant toutes les causes de cet état d’esprit.

N’accorde aucune terre à tes proches ou à tes conseillers, ne donne jamais ton accord sur ce qu’ils convoitent si cela risque de léser les intérêts d’autrui dans la répartition de l’eau ou le partage du fruit d’une entreprise commune, et de permettre à ton entourage de faire travailler les autres hommes pour leur compte. Car la responsabilité de tels actes t’incombera aussi bien dans ce monde que dans l’au-delà.

Oblige chacun à remplir la mission qui lui est dévolue, qu’il te soit tout proche ou éloigné, endosse ta responsabilité avec patience et résignation. Ne ménage aucun effort pour servir une juste cause. Les suites de telles actions te seront bénéfiques.

Si les administrés croient déceler en toi une injustice, présente tes excuses, dissipe leur doute par cette attitude. Cela t’aidera à exercer ton âme dans la justice, de même qu’il constitue un acte de bienveillance envers tes administrés. Cette excuse servira de moyen de les redresser pour les mettre sur la bonne voie.

Ne refuse aucune proposition de paix émanant de ton ennemi en conformité avec les recommandations de Allah. Car la paix est source de repos pour tes troupes, de quiétude pour toi et de sécurité pour le pays.

Cependant, prends garde de ton ennemi après avoir signé avec lui un traité de paix. Car le mobile de ce rapprochement serait probablement de tromper ta vigilance. Sois ferme et arme-toi de ta bonne foi.

Si tu conclus un pacte ou prends un engagement avec ton ennemi, respecte ta parole et remplis tes responsabilités, et pour ce faire, mets en gage ta propre personne.

Car de toutes les obligations divines faisant l’unanimité des gens, malgré la divergence de leurs souhaits et la disparité de leurs opinions, il n’est rien qui soit aussi important que le respect de la parole donnée.

Les polythéistes, sans parler des musulmans, ont respecté ce principe; car ils sont conscients des conséquences de la trahison. Respecte donc ta parole donnée et ne trahis jamais ton engagement, encore moins ton ennemi. Car n’enfreint les ordres de Allah que le misérable ignorant.

Allah a fait du pacte conclu en son nom une sécurité qu’il a étendue à tous les hommes par sa miséricorde, une citadelle dont l’inviolabilité leur donne protection et refuge. Il ne doit y avoir ni tromperie, ni trahison. Dans tes pactes ne laisse pas de place à aucun prétexte après les avoir conclus, et n’essaie pas de les interpréter à ta guise après avoir donné assurance et confiance.

Le fait que certaines clauses te paraissant défavorables ne doit pas t’inciter à rompre, sans raison valable, un pacte signé au nom de Allah. Ta patience et ta résignation, dans l’attente d’un soulagement et d’un dénouement satisfaisant de la part de Allah sont, de loin, meilleures qu’une excuse aux conséquences redoutables. Si tu manques de loyauté, Allah t’en voudra. Alors tu ne seras pas récompensé dans ce monde, ni dans l’au-delà.

Prends garde de ne pas répandre le sang sans raison valable. Car rien n’entraîne aussi facilement la vengeance, n’a de suites aussi graves, n’est plus capable de faire disparaître l’abondance et la richesse que de faire couler le sang injustement.

Pour juger les hommes, demain, Allah demandera compte, en tout premier lieu, à ceux qui ont versé du sang.

Ne renforce pas ton autorité par l’effusion du sang innocent. Cela, au contraire, la rend plus précaire et finira par la détruire.

Tu n’as aucune excuse ni auprès de Allah, ni auprès de moi en ce qui concerne un homicide prémédité. Un tel acte exige une sanction équivalente.

S’il t’arrive de faire une erreur, et que ton fouet, ta main ou ton sabre dépassent ton intention sache qu’un coup simple comme un coup grave peut être mortel. Que ton pouvoir ne te rende pas orgueilleux. Répare donc l’erreur en versant aux parents de la victime le dédommagement auquel ils ont droit.

Méfie-toi de l’orgueil, ne te laisse pas emporter par la confiance en soi qui en résulte, ni par l’amour de te voir couvert de louanges. Ce comportement est la meilleure occasion offerte au diable pour effacer toutes les bonnes actions.

Ne rabâche pas, à tout bout de champ, tes bienfaits destinés à tes administrés, n’exagère point la portée de ton œuvre, ne fais pas suivre tes promesses par le contraire de ce que tu as promis. Le rabâchage annihile les bienfaits, l’exagération fait disparaître la vérité, les promesses non tenues te vaudront le mépris de Allah et des hommes.

Allah à dit: “Dire ce que vous ne faites pas est grandement haïssable auprès de Allah!”

Méfie-toi de la précipitation qui te pousse à régler les affaires avant leur terme, à les négliger alors qu’elles sont prêtes, à trancher alors qu’elles sont encore confuses, à tergiverser alors qu’elles sont claires.

Donne à chaque affaire l’importance et la place qu’elle mérite.

Prends garde de t’attribuer ce que les hommes ont de commun et ce en quoi ils sont égaux. Ne fais pas semblant de ne pas voir ce que tout le monde remarque, sinon le pouvoir te sera retiré pour être confié à un autre. Si tu le fais, les choses ne tarderont pas à se dévoiler et la vérité tranchera en faveur de l’opprimé.

Bannis de ton âme l’oppression et la violence, l’usage précipité de ta puissance et méfie – toi du tranchant de ta langue. Protège – toi contre tous ces défauts en sachant garder ta langue et tes décisions jusqu’à ce que ta colère s’apaise et que tu sois maître de ton choix. Tu ne pourras y parvenir qu’en te souciant de ta présence devant Allah le jour du Jugement dernier.

Il t’est impératif de te servir, comme guide, de l’exemple des chefs ayant fait régner la justice dans le passé, d’une tradition de vertu léguée par le Prophète, ou des obligations que Allah a prescrites pour nous dans son Livre sacré. Suis notre exemple et conforme tes actes aux nôtres.

Fais tout ce qui est en ton pouvoir pour respecter le contenu de cette missive. Elle me suffit comme preuve qui ne te permet d’alléguer aucun prétexte au cas où tu te laisserais guider par les caprices de ton âme.

Moi je demande à Allah, par l’étendue de sa miséricorde, par la grandeur de son pouvoir à accorder tous les désirs, qu’il me permette, ainsi qu’à toi, d’accomplir ce que nous n’avons pas d’excuses à ne pas accomplir envers Lui et les hommes, d’avoir l’estime des hommes, de laisser bonne impression sur le pays, d’avoir les grâces de Allah, de voir grandir notre considération, et qu’il nous permette à tous les deux, de terminer notre vie dans le bonheur et le sacrifice pour Lui.

Nous sommes à Allah et à Lui nous reviendrons. Bénis soient le Prophète, ses parents, ses partisans.

SALUT.

A Katham ibn Abbas alors son gouverneur à la Mecque

… Organise, pour les fidèles, le pèlerinage, rappelle-leur les jours du Seigneur.

Mets – toi à leur disposition après les deux prières de l’après-midi et du soir, réponds à celui qui te questionne, apprends à l’ignorant, discute avec le savant.

Que ta langue soit ton seul ambassadeur auprès des hommes et que ton visage soit ton seul chambellan.

N’empêche pas de te rencontrer celui qui cherche à  t’entretenir d’une affaire. Ton refus de le recevoir dès la première fois effacera la portée de ce que tu lui accorderas plus tard.

Répartis entre les familles nécessiteuses et les affamés les biens de Allah dont tu disposes afin d’éradiquer la misère et la pauvreté. Adresse – nous ce qui en reste pour que nous le distribuions à ceux qui sont ici.

Ordonne aux gens de la Mecque de ne pas demander de loyer à un habitant. Allah a dit: “Qu’il soit résident ou de passage”.

Le résident est celui qui habite la Mecque et le passager est celui qui vient accomplir le pèlerinage puis il part. Que Allah nous accorde son aide dans la recherche de son amour.

SALUT.

A Salman le persan quelques jours avant qu’Ali ne soit calife

On peut comparer ce monde-ci à une vipère, douce au toucher, au venin mortel.

Evite ce qui peut t’en plaire à cause de la modicité de ce qui t’en suivra: défais-toi des soucis que ce monde entraîne; car tu n’ignores pas son inconstance et l’alternance des situations qui s’y produisent.

Prends garde surtout lorsque tu te plais en ce monde, car à chaque fois qu’on lui fait confiance, il vous met devant la situation que l’on craignait et après les agréables compagnies vous plonge dans l’isolement.

SALUT

A Omar ibn Abi Salamah al Makhzoumi qui était son gouverneur au Bahrein

J’ai nommé comme gouverneur de Bahrein, No`man Ibn Ajlan Azzouraqi.

Je t’ai relevé de tes fonctions sans avoir rien à te reprocher, ni de quoi te blâmer. Tu as été excellent comme gouverneur: tu as fait ton devoir.

Viens me rejoindre sans te considérer comme accusé ni désapprouvé, ni condamnable, ni pécheur, la seule raison est que j’ai décidé de me diriger vers les oppresseurs de la Syrie et voudrais te voir en ma compagnie.

Tu es de ceux sur qui je compte comme aide pour combattre l’ennemi et consolider les assises de la  religion, si Allah le veut bien.

 


Chapitre dixième: Recommandations et réflexions sur les qualités des hommes

Prêches et pensées sur les qualités des hommes

Vérité et erreur cohabitent et à chacune ses partisans!

Si l’erreur prédomine, cela ne sera pas nouveau: le règne affaibli de la vérité peut finir par disparaître comme par primer. Peu de choses réapparaissent après leur éclipse.

Extrait d’un sermon ou l’Imam divise les humains en trois catégories

Trois catégories d’hommes se préoccupent du paradis et de l’enfer: l’un s’active dans la bonne voie et obtient le salut, l’autre procède lentement et garde l’espoir, le dernier a failli et se trouve précipité dans l’enfer.

Tous les extrêmes mènent à l’erreur; le juste milieu est ce qu’il y a de mieux; il porte la marque du Livre sacré et l’influence de la Prophétie.

De là, nous tirons la Tradition et à lui aboutit la destinée.

Tout prétentieux court à sa perte et tout calomniateur essuie un échec. Quiconque s’oppose à la vérité finit par être détruit.

Il n’y a rien de plus ignorant que celui qui ignore sa valeur.

Ne périt point celui qui a des racines profondes dans la foi, et sa moisson ne connaîtra point de sécheresse.

Soyez discrets dans votre intimité, faites la paix entre vous, repentez-vous.

Que chacun ne remercie que Allah, et ne fasse de reproches qu’à sa personne.

Sur ceux qui aspirent au pouvoir sans en être dignes

Il les répartit en deux catégories:

La première : deux sortes d’hommes sont les plus détestés par Allah parmi ses créatures: un homme à qui Allah aurait permis de disposer de lui-même et qui éviterait de suivre le droit chemin, qui se laisse séduire par les hérésies, qui appelle à l’iniquité.

Il créera la discorde entre ceux qui l’auront soutenu. Il s’est écarté du chemin des prédécesseurs et laissera dans l’erreur ceux qui l’ont suivi, aussi bien de son vivant qu’après sa mort. Il portera les fautes des autres en caution de ses erreurs.

La seconde : un homme qui aurait ramassé un tas d’inepties et qui se dépêche de les semer au milieu des ignorants au sein de la nation, il se dirige vers la discorde, s’aveugle sur les contrats de paix.

Des pseudo- hommes lui attribuent le titre de savant qu’il n’est point.

Tôt arrivé, il rassemble autour de lui la multitude, ce qui provient de lui en petite quantité serait meilleur qu’en grande. Il se désaltérera d’une quantité d’eau fétide, amassera des connaissances inutiles, siégera pour juger, assurant qu’il est à même de régler ce que d’autres ont trouvé équivoque.

Si une affaire confuse se présente à lui, il l’enveloppera d’arguments flous et usés sortis de son esprit, et tranchera ainsi. Il est aussi peu sûr de lui que l’araignée qui tisse sa toile, il ignore s’il a été juste ou non. S’il est juste, il aura peur de s’être trompé et s’il s’est trompé il souhaite avoir été juste:

Ignorant, il se démènera au milieu d’absurdités enfourchera les ténèbres et ne s’attachera pas aux certitudes d’une main ferme. Il sèmera les citations comme le vent sème les chaumes.

Il est, je le jure par Allah, indigne d’être là où il est et de recevoir les éloges qu’on lui donne. Il n’accorde aucune valeur à une connaissance dès lors qu’il en est ignorant et ne s’aperçoit pas que ses décisions constitueront une référence pour plus tard.

Quand une affaire lui paraît insoluble, il la dissimule, étant conscient de sa propre ignorance, quitte à ce qu’elle provoque un flot de sang et que ses séquelles se multiplient.

Je me plains à Allah de ces gens qui vivent dans l’ignorance et meurent égarés.

Pour eux, rien n’a moins de valeur que le Livre sagement compris, et rien n’est aussi cher que son contenu s’il est déformé. Rien n’est aussi haïssable pour eux que le bien et rien n’est aussi courant que le mal.

Blâme des magistrats qui ne s’accordent pas sur les sentences

A l’un d’eux se présente une affaire qu’il jugera selon ses idées, soumise à un autre, elle sera traitée autrement: l’Imam qui les a nommés donnera raison aux deux magistrats.

Et pourtant, leur Allah est unique, leur Prophète unique, leur Livre unique. Est-ce que Allah leur a ordonné le désaccord et ils ont obéi, ou bien le leur a-t-Il interdit et ils ont désobéi?

Allah nous a-t-Il révélé une religion incomplète et aurait-il besoin d’eux pour la parfaire? Seraient-ils ses partenaires à qui reviennent les décisions alors que son rôle se réduirait à celui d’agréer?

Ou bien la Révélation divine est complète et que seule la transmission qui en a été faite par le Prophète aurait été incomplète. Allah nous dit pourtant: “Nous n’avons rien omis dans le Livre”. Et tout y est clair. Il nous dit que les versets du Livre se confirment l’un l’autre et qu’aucun n’est en contradiction avec l’autre. Il nous dit, Gloire à Lui: “S’il était d’un autre que Allah, il s’y serait trouvé de nombreuses contradictions”.

Le Coran est beau en surface et immense en profondeur; ses merveilles sont impérissables. On ne cesse d’y faire des découvertes; les ténèbres ne peuvent être dissipés que par lui

Portrait de ses partisans et de ceux du Prophète :

S’il est donné du temps à l’inique, il finira par être pris. On l’attend au tournant, et le tient même par ce qu’il peut avaler.

Par celui qui tient ma vie entre ses mains, ces gens vous vaincront, non pas parce que le droit les favorise, mais à cause de la célérité avec laquelle ils répondront à l’iniquité de leur chef (il s’agit de Moawiya), et la nonchalance avec laquelle vous défendrez mes droits.

Les peuples, aujourd’hui, craignent ta tyrannie de leurs dirigeants; et me voilà craignant l’iniquité de mes administrés.

Je vous ai demandé de prendre votre élan pour le Djihad, vous ne l’avez pas fait, d’entendre raison vous n’avez rien entendu; je vous ai appelés secrètement et à haute voix, vous n’avez pas répondu; je vous ai prodigué de bons conseils, et vous ne les avez pas acceptés; est-ce que les présents ne valent pas plus que les absents, et que les maîtres ne valent pas plus que les esclaves?

Je vous réitère des paroles sages, vous les fuyez, je vous ai fait des exhortations édifiantes, vous n’en avez pas tenu compte. Je vous ai exhortés à combattre les gens de l’iniquité. Je vous ai vus vous disperser avant que je ne termine mon discours, rentrant chez vous et vous livrant à critiquer mes exhortations.

Je vous redresse le matin, vous me revenez tout tordus le soir, tel un arc, le redresseur est devenu impuissant et son action inefficace.

O gens dont les corps sont présents, les esprits lointains et les ambitions en désaccord, vous qui êtes une calamité pour ceux qui vous dirigent!

Votre chef obéit à Allah et vous, vous lui désobéissez. Alors que le chef des gens de Syrie désobéit à Allah et on lui obéit.

Je jure, par Allah, que j’aimerais que Moawiya me fasse l’échange du dinar avec le dirhem. Qu’il me prenne dix de vous en échange d’un seul homme de ses partisans.

O gens de Koufa!, vous m’avez fait le don de trois et deux; des sourds qui ont l’ouïe, des muets qui parlent, des aveugles ayant la vue. Ces trois hommes ne sont ni nobles et tenaces dans le combat, ni frères dignes de confiance dans l’adversité.

Que vos actes soient abolis! Oh! congénères des chameaux qui auraient perdu leurs bergers!

Chaque fois qu’ils s’assemblent d’un côté ils se dispersent de l’autre. Et par Allah, je pense que si le combat devient dur et si la bataille fait rage, vous vous écartez d’Ali Ibn Abi Taleb, comme la femme qui écarte ses jambes lors de l’accouchement.

J’ai la certitude d’agir selon les ordres de Allah et d’être sur la voie de notre Prophète, je suis sur le chemin lumineux et je le suis pas à pas.

Les partisans du messager

Observez les membres de la maison de votre Prophète, imitez-les et suivez leur exemple. Ils ne vous sortiront pas du droit chemin et ne vous égareront jamais. S’ils ne bougent pas, ne bougez pas et s’ils s’activent, activez-vous. Ne les devancez pas, vous risquerez d’être dans l’erreur et ne vous attardez pas, vous subirez le malheur.

Je me suis rappelé les amis de Mohammad et je ne trouve aucun qui vous ressemblerait!

Matinalement, ils étaient épuisés, ils passaient la nuit en génuflexions, tantôt c’était leurs fronts tantôt leurs joues. S’ils étaient debout, c’était comme s ils étaient sur des braises, attendant la rencontre avec Allah.

La callosité entre leurs yeux est aussi dure que celle des genoux de la chèvre, à cause de la longueur de leurs prosternations.

Quand le nom de Allah est prononcé devant eux, leurs larmes coulent jusqu’à mouiller leurs poitrines et ils tremblent comme l’arbre lors d’un grand vent, tout cela par crainte du châtiment et dans l’espoir de la récompense!

Portrait des Omeyyades

Je jure par Allah qu’ils arriveront au point de chercher ce qui reste encore d’interdits pour les rendre licites, de délier toute union, jusqu’à ce qu’aucune maison ou tente ne soit pas épargnée par leur iniquité et leur mauvaise administration.

Alors pleureront deux catégories de gens: une qui pleurera sa religion, une autre ses biens. Leur secours pour vous apparaîtra comme le secours de l’esclave pour son maître. Il est fidèle en sa présence, et médisant en son absence. Alors souffrira le plus celui qui croira le plus en Allah.

Si Allah vous fait don de la paix acceptez-la. Si vous êtes persécutés, soyez résignés car [Le Coran dit]: “L’heureuse fin sera pour ceux qui craignent Allah.”

Sur la médisance

Il faudrait que les hommes qui ont le bonheur d’être parfaits de création et préservés du péché soient compatissants envers les pécheurs et ceux qui transgressent les interdits.

Les remerciements à Allah doivent être la plus grande part de leurs paroles et constituer la barrière qui les sépare des autres.

Que dirons-nous alors du pécheur qui médit de son frère, lui reprochant ses fautes?

Ne peut-il penser à ses propres péchés sur lesquels Allah a étendu un voile et qui sont plus graves que ceux qu’il condamne?

Comment peut-il lui reprocher un péché qu’il a lui aussi commis, voire même un autre plus grave?

Je jure par Allah, que s’il n’a désobéi à Allah ni dans les petites choses ni dans les graves, sa médisance est déjà le plus grand des péchés!

Eh! Adorateur de Allah, ne te précipite pas à reprocher à quelqu’un son péché, il est possible qu’il soit pardonné, et ne te laisse pas aller à commettre un mal si petit fût-il, tu en seras peut être châtié.

Que celui qui a des tares ne dénigre pas autrui, qu’il remercie Allah pour l’avoir préservé des autres péchés.

O vous les hommes! Lorsqu’une personne est réputée pour sa piété et sa bonne conduite n’écoutez pas ceux qui répandent des infamies sur elle.

L’archer peut tirer, la flèche s’écarte du but et l’iniquité engendre la stérilité. Allah entend tout et il en est témoin.

Il n’y a entre le juste et le faux que la marge de quatre doigts.

Il lui a été demandé: “Emir des croyants, que veux-tu dire par là”? Alors, il mit sa main sur sa joue entre l’œil et l’oreille et dit:

“L’injuste dit: j’ai entendu, et le juste dit: j’ai vu”.

Sur les causes de la ruine d’une société

Allah ne brise un tyran, dans une période donnée, qu’après lui avoir donné du temps et des moyens.

Il ne guérit un mal ayant atteint une société et ne répare ses fractures qu’après qu’elle en a souffert et connu le malheur.

Au-dessous de cela il y a l’avenir que l’on craint et les calamités passées auxquelles on tourne le dos.

Il n’est pas dit que quiconque dispose de la raison, raisonne, qui a l’ouïe, entende et que celui qui a des yeux voie.

Comme c’est étrange ! Comment ne pourrais-je pas être étonné par les erreurs de ces groupes qui se contredisent dans ce qu’ils apportent comme arguments sur leur religion!

Ils ne suivent pas les traces du Prophète, ni prennent exemple sur le comportement d’un homme recommandé par la prophétie; ils ne croient pas à l’insécable, ne s’abstiennent d’aucun vice, se plaisent dans les ambiguïtés et se délectent de leurs passions.

Pour eux, le bien et le mal répondent exclusivement aux critères qui sont conformes à leur goût.

Ils n’ont de recours dans les cas difficiles qu’à leurs propres sentiments. Ils ne comptent que sur leurs opinions dans les situations graves, comme si chaque individu d’entre eux est son propre juge, affirmant qu’il a suivi une tradition solide et s’est attaché à des arguments édifiants.

L’Imam récuse toute injustice et décrit ses rapports, avec son frère Akil et autrui

Il me serait plus agréable de passer les nuits sur un lit d’épines acérées ou d’être traîné par terre, enchaîné, plutôt que de rencontrer Allah et son Prophète, le jour de la Résurrection, ayant commis des injustices envers les hommes ou ayant spolié un quelconque bien périssable.

Comment pourrai-je être inique à l’égard de quelqu’un pour satisfaire une personne qui, fatalement, périra et se décomposera sous terre?

Par Allah! j’ai vu Akil tellement démuni jusqu’à solliciter une mesure de blé; j’ai vu ses enfants, la chevelure encrassée et le teint poussiéreux, de par leur misère, comme s’ils étaient enduits de suie.

Il revint à la charge et réitéra sa requête. Je lui accordais mon attention, il crut que j’allais sacrifier pour lui mes principes religieux et suivre son chemin qui n’est pas parallèle au mien.

Je fis alors chauffer un fer, l’approchai de son corps afin qu’il en soit conscient. Il hurla d’horreur comme un damné et faillit se brûler par le contact. Je lui dis alors: “Que ta mère te pleure, ô Akil! Quoi! tu te plains de l’ardeur d’un fer chauffé par une main humaine par simple plaisanterie et tu veux m’entraîner vers un feu allumé par le Tout Puissant par colère. Eh quoi ! Tu gémis d’un simple mal alors que moi je ne gémirais pas des feux de la Géhenne!

Le plus étrange fut ce visiteur qui, de nuit, vint nous offrir une douceur succulente mais que j’ai repoussée comme si elle était pétrie avec le venin d’une vipère en lui disant:

« Est-ce un don, une dîme ou bien une aumône! Tout cela, nous gens de la Maison, nous est interdit. » « C’est ni l’un ni l’autre, répondit-il, mais un cadeau. »

« Que ta mère te perde, lui dis-je, tu viens là pour me détourner de la voie droite! As-tu perdu la raison! Serais-tu devenu fou, ou bien divagues-tu? Je jure que si on m’offrait les sept régions du monde et toutes les richesses sur terre comme dans les espaces, je ne désobéirais point à Allah même s’il s’agit de spolier une fourmi d’un grain d’orge. »

Ce monde est plus futile à mes yeux qu’un brin d’herbe dans la bouche d’une sauterelle.

Ali (as) ne saurait rechercher un bien éphémère ou un plaisir passager.

Nous nous réfugions auprès de Allah pour qu’il nous protège des défaillances de la raison et des faux pas. Il est notre seul appui.

Description de ceux qui vivent dans l’erreur

Ils se sont précipités sur ce qui est éphémère et ont négligé ce qui est éternel. Ils ont dédaigné l’eau pure et bu à des sources troubles.

Je vois le débauché qui s’est lié d’amitié avec la perversité, et s’y est accoutumé, s’y est plu, jusqu’à avoir les tempes blanches. Son comportement s’en est imprégné.

Il s’y est jeté à corps perdu avec la violence du torrent qui ne s’inquiète pas de ce qu’il submerge ou comme le feu dévastateur qui se soucie peu de se qu’il dévore.

Mais où sont donc les esprits qui s’éclairent au flambeau de la vérité? Où sont les regards qui se dirigent vers le phare de la piété?

Où sont donc les cœurs qui se sont offerts à Allah et qui lui ont fait serment d’obéissance?

Les gens se bousculent pour jouir des biens dérisoires de ce monde, se drapent avec les interdits; ils ont le choix entre l’étendard du paradis et celui de l’enfer. Ils se sont détournés du paradis et se sont hâtés vers l’enfer par leurs actions.

Allah les a appelés: et ils se sont enfuis; Satan leur a fait appel et ils ont répondu: présents, et se sont rendus auprès de lui.

Qualités et défauts des hommes

Les hypocrites

Ce sont des gens qui ont survécu au Prophète et se sont rapprochés des imams de l’erreur, qui dirigent les gens par le mensonge et l’infamie vers l’enfer.

Ces imams leur ont confié des postes de responsabilité, ils ont en fait des gouverneurs qui décident du sort des gens, ce qui leur permet d’assouvir leurs désirs en ce monde.

Mais les gens sont avec les rois et la fortune, sauf ceux que Allah a protégés. Voilà le portrait de l’une des quatre catégories d’hommes.

L’homme qui induit en erreur

C’est un homme qui a réellement entendu le Prophète mais qui a mal appris ce qu’il disait et s’en est abusé.

Il n’est point menteur, il croit disposer d’une vérité il la proclame et se comporte en conséquence.

Il dit: “J’ai entendu le Messager parler ainsi”.

Si les musulmans avaient su qu’il se trompait ils n’auraient pas accepté ses dires et si lui t’avait su il se serait lui – même démenti.

L’homme qui sème le doute

Il s’agit d’un homme qui a entendu le Prophète ordonner une chose, mais qu’il a interdite par la suite sans que celui-ci ne s’en rende compte; ou bien qui l’a entendu défendre quelque chose, puis la permettre, sans qu’il en fût au courant.

Il connaît l’abrogé et ignore l’abrogeant.

S’il était au courant des décisions abrogeantes il aurait fait amende honorable, et si les musulmans savaient, eux aussi son erreur, ils n’auraient pas ajouté foi à ses dires.

Les véridiques ayant bonne mémoire:

C’est le cas d’un homme qui ne dit pas de mensonges sur Allah ni sur son Envoyé, détestant le mensonge par crainte de Allah et par respect pour son Messager.

Il garde en mémoire intact ce qu’il a entendu. Il le répète comme il l’avait entendu sans rien y ajouter ou en retrancher quoi que ce soit.

Il connaît les textes abrogeants et les applique et est au courant de ce qui a été abrogé et s’en éloigne. Il distingue ce qui a un caractère général de ce qui est particulier, ce qui est ambigu de ce qui est précis. Il sait interpréter avec justesse.

Il arrivait parfois au Messager de Allah de parler de deux manières différentes, une concernant les cas généraux, l’autre les cas précis.

Certains l’ont entendu sans comprendre ce que Allah et son Messager voulaient dire exactement. Ils ont colporté ses dires et les ont interprétés sans en savoir exactement le sens, ni l’objectif, ni le contexte.

Il n’est pas dit que tous les compagnons du même de réprouver le fait de voir un bédouin ou un autre interlocuteur lui poser à l’improviste des questions dont ils écoutaient les réponses.

Quant à moi je ne laissais rien à l’ombre je posais des questions au Messager de Allah et retenais les réponses.

Voilà ce qui différencie les opinions des gens, motive leurs mésententes et cause les défauts de leurs interprétations.

En ce qui concerne le fait d’ordonner le bien et d’interdire le mal

Serviteurs de Allah! Vous n’êtes, malgré ce que vous pouvez espérer de ce monde, que des hôtes à terme, des débiteurs en instance, le délai peut se raccourcir, mais les actes restent.

Il se peut qu’un travailleur persévérant gaspille ses efforts, et qu’un acharné soit perdant.

Vous êtes dans une époque où le bien tourne de plus en plus le dos, où le mal gagne de plus en plus du terrain et où Satan redouble d’efforts pour précipiter les hommes dans le péril.

En ces moments les armes de Satan se sont multipliées, ses traquenards se sont étendus et sa proie est devenue à sa portée.

Jette ton regard où tu voudras. Tu ne verras qu’un pauvre se débattant dans la misère, un riche ayant échangé les bontés de Allah pour de la mécréance, ou un avare s’étant accaparé des droits que Allah a sur sa fortune et se croyant enrichi par son geste, ou un orgueilleux prétentieux qui se bouche les oreilles pour ne pas entendre les exhortations au bien.

Où sont donc vos meilleurs et vertueux hommes? Où sont les nobles et les généreux? Où sont ceux qui craignent de souiller leurs mains par un bien mal acquis et qui sont heureux dans leurs croyances?

Ont-ils dons tous quittés ce monde vil, ce monde inquiétant?

Etes-vous nés parmi ces gens vils qu’on ne désigne qu’avec mépris et que l’on préfère ignorer?

“Nous sommes à Allah et vers lui nous retournerons”.

La corruption s’est installée. Il n y a point de protestataires pour la contrecarrer, ni de réprimandeurs pour redresser les torts!

Est-ce avec cela que vous comptez vous rapprocher de Allah dans sa demeure sacrée, et que vous aspirez à être parmi ses meilleurs amis?

Hélas! On ne peut tromper Allah pour mériter son paradis et l’on n’obtient sa satisfaction que par l’obéissance à Lui.

Que Allah maudisse ceux qui interdisent le mal et le font et ceux qui ordonnent le bien et ne le font point.

Des pauvres et des riches

Les décisions descendent du Ciel comme tombent les gouttes d’eau de la pluie, chaque être reçoit sa part, peu ou prou.

Si l’un de vous constate que son frère est assez pourvu en parents, enfants ou fortune, que cela ne lui soit pas un objet de trouble.

Tant que l’homme musulman se laisserait dominer par les vilenies au lieu de se sentir effrayé chaque fois qu’un autre en parle, sachant qu’il n’y a que les pires des gens qui s’y laissent prendre, il serait comme le joueur qui mise sur l’espoir de gagner, de faire ainsi fortune et de reprendre sa mise.

Ainsi le musulman sincère qui ignore la forfaiture, attend de Allah l’une des deux grâces: un appel auprès de Lui qui dispose des meilleurs biens ou l’obtention d’une richesse; et alors il sera fortuné et prospère, tout en menant une vie heureuse et dévouée.

Quant à l’argent et aux enfants, ils sont la moisson de ce monde et les bonnes actions sont celles de l’autre, et Allah les offre souvent à une même personne.

Préservez-vous contre ce dont Allah vous a mis en garde, craignez Allah et respectez-le. Que vos actions ne soient ni pour la gloire ni pour le renom, car quiconque agit autrement que pour Allah, celui-ci l’abandonnera avec celui pour qui cet homme a agi.

Nous prions Allah de nous élever au rang des martyrs, et de nous accorder la vie parmi les heureux et la compagnie des prophètes.

Oh gens! Nul ne peut se passer des siens, fût il un fortuné, ni de leur assistance matérielle et morale.

Ils sont le plus solide rempart pour lui, les plus disposés à se réunir autour de lui, et les plus compatissants au cas où un malheur tomberait sur lui.

Une bonne et durable réputation accordée par Allah à un homme vaut mieux qu’une richesse que d’autres hériteraient.

Qu’aucun de vous ne s’écarte des siens et qu’il leur offre de quoi combattre la pauvreté. Ce qu’il aura donné n’augmenterait pas sa fortune s’il l’avait gardé, de même qu’il ne l’aurait pas diminuée s’il l’avait offert.

Celui qui se montrerait avare à l’égard des siens manquerait de nombreuses mains de soutien; alors que ses parents ne perdraient en lui qu’une seule main généreuse.

 

 


Chapitre onzième: Recommandations et description de la vie en ce monde

L’Imam dit à un homme qui lui demandait de le conseiller:

“Ne sois pas comme celui qui espère l’autre monde sans faire de bonnes actions, et qui voudrait se repentir dans un avenir lointain dans l’espoir d’une longue vie”.

Il parle le langage des ascètes et se conduit comme celui que la vie passionne.

Si les biens de ce monde lui sont octroyés il ne s’en rassasie point et s’il en est privé il ne se contente point de ce dont il dispose. Incapable de remercier pour ce qu’il a reçu, il désirerait encore davantage de ce qui reste. Il interdit les mauvaises actions mais ne s’en prive pas, il recommande ce qu’il ne fait point.

Il estime les gens de bien mais ne fait pas comme eux. Il déteste les pécheurs alors qu’il en fait partie. Il hait la mort à cause du nombre de ses péchés et se complaît dans ce qui lui fait craindre la mort. S’il est bien portant il est fier de sa personne et il désespère dès qu’il a un malheur.

Quand il est frappé par le sort, il prie Allah parce que forcé. S’il ne rencontre que des facilités, il se gonfle d’orgueil, ses passions le dominent et le poussent vers les interdits et ce n’est pas lui qui les maîtrise et les dirige vers le bien.

Il craint pour autrui des péchés moindres que les siens et espère une position supérieure à ses actions. S’il s’enrichit, il devient arrogant et abandonne sa foi. S’il s’appauvrit il est faible et désespéré. Il commet des manquements lorsqu’il entreprend une tâche et exagère lorsqu’il sollicite.

Si l’occasion de satisfaire un désir se présente, il se précipite vers le péché et oublie de se repentir. S’il lui arrive un malheur, il renonce à la patience et à l’abnégation.

Il sait parler de l’expérience d’autrui mais n’en prend pas leçon. Il exagère en sermonnant mais oublie de s’amender. Par le langage il est grand, par l’action il est petit, il rivalise avec d’autres pour ce qui est éphémère et néglige ce qui est éternel. Il considère les devoirs comme un fardeau et le fait de s’en passer comme un gain.

Il craint la mort et ne profite pas de l’occasion pour s’y préparer. Il trouve monstrueux les péchés des autres qui sont en réalité minimes par rapport aux siens qu’il trouve insignifiants. Son obéissance à Allah est selon lui totale alors qu’il n’a que mépris pour celle des autres qui pourtant n’en est pas moindre.

Il est plein de remontrances pour autrui et d’éloges pour sa personne. Les moments de loisir qu’il passe avec les riches lui sont plus agréables que les moments d’adoration passés parmi les pauvres.

Il évalue les autres d’une manière qui l’avantage mais ne juge pas ses propres actes d’une manière qui tourne à son désavantage. Il donne de bons conseils aux autres et se trompe lui-même. Il est obéi alors qu’il désobéit. Il prend ses droits sur les autres, mais ne leur accorde pas les droits qu’ils ont sur lui. Il craint la créature pour des motifs qui ne se rapportent pas à Allah, mais ne craint point Allah dans son comportement envers ses créatures.

Sermons, recommandations, exhortations aux gens

Tirez avantage de la vérité que Allah vous a offerte. Profitez des avertissements de Allah. Acceptez les bons conseils de Allah.

Allah dispose contre vous de preuves flagrantes et possède des arguments convaincants. I1 vous a clairement montré ce qu’il aimerait vous voir faire et ce qu’il n’aimerait pas que vous fassiez, afin que vous suiviez ses recommandations et que vous évitiez ses interdits.

Le Messager de Allah disait: “Les choses répréhensibles forment une barrière autour du paradis et les passions mènent vers l’enfer”.

Apprenez qu’il n’y a aucun acte d’obéissance à Allah qui ne s’opère sans gêne ni aucun acte de désobéissance qui ne soit inspiré par la passion. Que Allah bénisse tout homme qui surmonte ses passions et maîtrise les désirs de son cœur, car les désirs sont ce qu’il y a de plus difficile à contrôler et le cœur ne cesse de réclamer les plaisirs.

Sachez, adorateurs de Allah, que le croyant, du matin au soir, ne cesse de dompter son cœur et de le réprimander à tout moment. Soyez donc à l’instar de ceux qui vous ont devancés et qui vous ont frayé le chemin. Comportez-vous face à ce monde, comme le bédouin voyageur face à sa tente: il la démonte et la plie.

Merite transcendant du Coran

Sachez que ce Coran est vraiment le bon conseil qui ne contient aucune duplicité, le bon guide qui n’égare point, le discours qui ne ment jamais.

Personne ne peut se familiariser avec le Coran sans une augmentation d’un côté et une diminution d’un autre. Il bénéficie d’une consolidation de sa foi et d’une diminution de son aveuglement. Sachez aussi qu’après le Coran il n’y a nul besoin de guide. Personne ne peut se passer du Coran. Utilisez-le comme remède à vos maux et aidez-vous en dans vos difficultés.

Il recèle la guérison des pires des maux, à savoir: la mécréance et l’hypocrisie, la conduite irréfléchie et l’égarement. Adressez vos prières à Allah par la voie du Coran et dirigez-vous vers lui par amour.

N’utilisez pas le Coran pour demander quelque chose aux créatures, Il n’y a rien comme le Coran, pour les adorateurs de Allah, pour se rapprocher de Lui.

Apprenez que le Coran est un intercesseur qui agrée les démarches. Il est un discours digne de foi et quiconque verra le Coran le jour du Jugement intercéder pour lui, verra cette intercession agréée, et quiconque se trouvera accusé, par lui, se verra fatalement incriminé.

Une voix proclamera le jour du Jugement: “Tout laboureur (laboureur: celui qui agit, qui œuvre) subira les conséquences de son labeur et de ses actes, sauf ceux qui ont labouré dans l’esprit du Coran”.

Soyez parmi ses laboureurs et ses disciples, apportez ainsi la preuve à votre Seigneur, obligez votre cœur à suivre les bons conseils, ajustez vos idées sur le Coran et maîtrisez pour lui vos passions morbides.

Exhortation à l’action

Agissez constamment, fixez-vous un objectif, persévérez dans l’action, armez-vous de patience, et craignez vraiment le Seigneur.

“Vous avez déjà un objectif, consacrez-vous à sa réalisation”. Vous avez un repère auquel il faut vous référer. L’Islam a un but, cherchez à l’atteindre. Accomplissez vos devoirs envers le Seigneur et remplissez les obligations qu’il vous a imposées.

Je serai au jour du Jugement le témoin à charge et à décharge qui présentera les preuves.

Conseils aux gens

Ce qui était prédestiné s’est accompli et ce qui était écrit est arrivé à son heure.

Je ne fais que vous rappeler les promesses de Allah ainsi que ses preuves car il a dit: “Ceux qui auront dit: notre Seigneur est Allah puis auront persévéré, verront les anges descendre sur eux, et leur déclarer: Soyez sans crainte et sans tristesse. Nous vous annonçons la bonne nouvelle que vous serez au Paradis promis”.

Or, vous avez proclamé “Notre Seigneur est Allah”, persévérez dans l’esprit de son Livre, suivez la voie qu’il vous a ordonnée, le chemin de sa juste adoration; ne vous en écartez point, n’innovez point et ne désobéissez point car les hérétiques seront coupés de Allah au jour de la Résurrection.

Prenez garde au relâchement des mœurs et à l’imposture, attachez-vous à la vérité, retenez votre langue car elle est capable de causer votre perte.

Je jure par Allah qu’aucun croyant n’aura assimilé la piété que s’il sait tenir sa langue. La langue du croyant interprète ce qu’il a dans le cœur alors que celle de l’hypocrite dissimule ses sentiments parce que le croyant médite pleinement avant de parler. Si la parole recèle une conséquence bénéfique le croyant l’exprime, si elle peut être maléfique il la garde.

Par contre l’hypocrite parle à tort et à travers sans distinguer ce qui peut nuire de ce qui peut faire du bien. Le Messager de Allah a dit: “La foi d’une personne ne saurait s’affermir que si le cœur est pur; ce dernier ne saurait l’être que si sa langue est loyale”.

Quiconque d’entre vous pourrait aller à la rencontre de Allah innocent du sang et des biens des musulmans, exempt de toute calomnie, qu’il se hâte de le faire.

Les formes de l’injustice

L’injustice a trois formes: une injustice impardonnable, une autre dont on aura à rendre compte et enfin une dernière pardonnable et sans conséquence.

Celle qui est impardonnable consiste à associer une créature à Allah. Allah a dit: “Allah ne pardonne pas qu’on lui associe à un autre.

L’injustice dont on aura à rendre compte est celle perpétré par les hommes les uns contre les autres.

Est pardonnable l’injustice légère commise contre soi-même.

Dans les deux premiers cas la sanction sera terrible. Ce ne serait point une blessure par un tranchant, ni une fustigation par un fouet, tout ceci paraîtrait bien léger par rapport au châtiment prévu.

Méfiez vous de l’hypocrisie lorsqu’il s’agit de la religion de Allah. Il vaudrait mieux pour vous de vous unir au service d’une vérité pénible que de vous deviser pour une erreur que vous chérissez. Allah n’a jamais soutenu et ne soutient point un groupe dominé par les divergences profondes.

La nécessité de l’obéissance

O gens! bienheureux celui qui est préoccupé par ses défauts au point d’ignorer ceux des autres. Bienheureux celui qui garde sa maison, mange son pain, se donne tout entier à Allah, verse des larmes sur ses fautes; il se consacrerait ainsi à son salut et n’importunerait pas les gens.

La quête d’exemple

Tirez leçon du traitement réservé par Allah à Iblis (Satan) dont il a détruit la longue oeuvre.

Les efforts soutenus d’Iblis furent anéantis par un petit moment d’orgueil alors qu’il avait déjà doré Allah pendant six mille ans (nous ne savons pas s’il s’agit d’années terrestres ou célestes).

Qui donc alors pourrait échapper au châtiment de Allah en commettant la même désobéissance? Oh non! Allah n’accorderait pas le paradis à un mortel ayant commis une faute pour laquelle il en a chassé un archange!

Son jugement est le même tant pour ceux du ciel que pour ceux de la terre. Allah n’a accordé aucune dérogation à un être pour commettre des actes qu’il a interdits à l’ensemble de ses créatures.

Mise en garde contre Satan

O adorateurs de Allah! Soyez en garde contre l’ennemi de Allah qui vous contaminerait de son mal, vous séduirait par ses appels, et vous investirait avec ses troupes sous toutes leurs formes.

De par ma vie! Son arc est fendu, ses flèches sont dirigées vers vous; il tire de près sur vous.

Il a affirmé à Allah: “Puisque vous m’avez confondu, j’embellirai à leurs yeux la vie terrestre et les duperai tous”. Il supputait un avenir lointain et émettait des conjectures erronées.

Les inconscients ont confirmé ses dires. Tout comme les sectaires et ceux qui ont enfourché les montures de l’orgueil et du paganisme. Quand une fraction d’entre vous qui ne l’écoutait pas lui fut enfin soumise, son espoir grandit et il vit alors exposés au grand jour les vices qui étaient auparavant dans l’ombre.

Alors son pouvoir se raffermit et ses troupes s’avancèrent vers vous. Ils vous précipitèrent dans les demeures du mépris, vous jetèrent dans l’abîme du meurtre, vous couvrirent de plaies, vous crevèrent les yeux, vous égorgèrent et vous cassèrent les narines, visèrent les points vitaux et vous menèrent par le bout du nez vers l’enfer qui vous est destiné.

Iblis et ses partisans attaqueront les affaires les plus capitales de votre religion, attiseront vos passions pour ce bas monde beaucoup plus que ne le feraient vos pires ennemis contre lesquels vous vous êtes rassemblés. Dressez-vous contre Satan, rompez tout lien avec lui.

Je jure par Allah! Iblis s’est vanté d’être supérieur à votre ancêtre Adam, l’a méprisé, diffamé, dénigré son origine. Il vous a attaqués de toutes parts et s’est embusqué dans tous les chemins. Ses troupes vous chassent partout et tentent de vous réduire à l’impuissance. Vous ne pourrez user de ruse avec lui, ni le repousser avec énergie, tant que vous êtes pris par les tourbillons de la bassesse, le cercle de l’humiliation, la peur de la mort et l’angoisse du malheur.

Eteignez ce qui couve encore dans vos cœurs des restes des feux de l’esprit partisan et de la rancune de l’époque pré-islamique.

Ce feu de l’orgueil, inspiré au musulman, ne peut l’être que par Satan, il fait partie de son propre orgueil, de ses tentations et de son souffle. Attachez – vous à l’humilité, foulez au pied l’orgueil, arrachez de vous-mêmes toute suffisance, et faites de la modestie votre arsenal pour combattre votre ennemi Iblis et ses troupes.

Satan possède dans chaque nation des troupes et des aides, des fantassins et des cavaliers.

Ne soyez pas comme un arrogant qui dédaigne le fils de sa propre mère, alors qu’il n’a aucun mérite sur lui et n’est guidé que par la suffisance et l’envie haineuse. L’orgueil a fait jaillir en son cœur les étincelles du courroux et le diable a insufflé en son nez le vent de l’insolence; cette insolence lui causera des remords et lui fera porter la responsabilité de tous les crimes jusqu’au jour de la Résurrection.

Mise en garde contre l’orgueil

Vous avez exagéré dans vos dépassements, vous avez semé le scandale sur cette terre, ostensiblement face à Allah, et vous avez annoncé la guerre aux croyants. Par Allah! prenez garde à l’orgueil fougueux et à la morgue de la Jahiliya! (La Jahiliya: la période pré-islamique)

Ils engendrent la haine et sont le souffle du diable par lequel il a trompé les nations précédentes et les siècles révolus, jusqu’à les engouffrer dans les ténèbres de l’ignorance, les induire dans l’erreur et les conduire avec facilité vers les embûches de l’égarement.

Des siècles durant les cœurs des hommes ont éprouvé des sentiments semblables et l’orgueil n’a cessé de les oppresser.

Mise en garde contre l’obéissance aux orgueilleux

Méfiez-vous! Méfiez-vous de l’obéissance à des seigneurs et à des supérieurs qui méprisent leurs congénères et s’enorgueillissent par delà leurs origines, qui rejettent leurs torts sur Allah, nient les bienfaits qu’il leur a octroyés, contestent ses décrets, et s’attribuent ses faveurs.

Ces gens sont les bases et les fondements du sectarisme, les piliers de la discorde et les armes de la Jahilya.

Evitez les interdits de Allah, ne faites point de ses faveurs un sujet de châtiment et que sa générosité ne crée pas entre vous un motif d’envie et de haine.

N’obéissez pas aux parvenus prétentieux, ceux qui vous éclaboussent de leurs péchés alors que vous êtes purs, qui vous contaminent par leurs maux alors que vous êtes sains, qui intègrent leurs mensonges dans vos vérités. Ils sont à la base de la débauche, les compagnons de l’ingratitude.

Iblis s’en sert comme des troupes qu’il lance à l’assaut des humains et comme des interprètes pour exprimer sa pensée, accaparer vos esprits, séduire vos yeux et souffler le mal dans vos cœurs. Il a fait de vous la cible de ses flèches, veut vous traîner à ses pieds et vous mener à votre perte.

L’exemple du passé

Méditez sur le châtiment que Allah a infligé aux orgueilleux qui vous ont précédés et sur les événements et leurs conséquences. Pensez à la fin des orgueilleux et aux raisons de leur disparition.

Demandez à Allah de vous protéger des méfaits de l’orgueil autant que vous lui demandez de vous protéger des misères du temps.

Si Allah avait toléré l’orgueil d’une créature, il aurait commencé par le permettre à ses prophètes et élus.

Cependant, Gloire à Lui, il leur fit détester l’orgueil et agréa leur modestie.

Ils se prosternèrent front contre terre, se comportèrent modestement envers les croyants et vécurent humblement.

Allah leur fit subir la faim, ne leur épargna point les peines, les éprouva par l’angoisse, la peur et le malheur pour faire ressortir leur valeur.

Ne considérez pas comme une faveur ou bien comme un châtiment l’abondance ou la pénurie des biens et des enfants, sinon vous ignorerez les sujets de la tentation et les épreuves des richesses et du pouvoir.

Allah a dit: “Pensent-ils qu’en leur accordant des biens et des enfants, nous stimulons leur zèle pour le bien? Au contraire, ils n’en ont pas conscience.”

Allah confronte ses créatures orgueilleuses avec ses élus humbles que les premières méprisent.

Modestie des prophètes

Moïse et son frère Haroun se présentèrent, habillés de laine et tenant des bâtons, devant Pharaon. Ils exigèrent de lui de se soumettre à Allah afin de garder son empire et sa puissance.

Il répondit: “Ne trouvez – vous pas drôle que ces deux hommes posent des conditions pour la continuité de mon empire et de ma puissance, alors que vous voyez dans quel état de pauvreté et d’humilité ils se trouvent? Que seraient-ils s’ils avaient des bracelets en or?” Il disait ceci par respect pour l’or et son accumulation et par mépris pour la laine et le fait de s’en habiller.

Si Allah avait voulu, lorsqu’il envoya ses messagers, leur octroyer des tas d’or et de pépites, des jardins envoûtants, regorgeant de tous les oiseaux du ciel et de toutes les bêtes de la terre, il l’aurait fait. S’il l’avait fait, il n’y aurait plus de mise à l’épreuve et par conséquent plus de récompense, de plus les nouvelles annoncées auraient perdu leur effet.

A ce moment les hommes patients n’auraient plus le droit d’avoir la récompense réservée à ceux qui ont été mis à l’épreuve, les croyants n’auraient pas la récompense promise aux hommes vertueux et les mots n’auraient plus leur sens.

Mais Allah, par sa grâce, a doté ses messagers d’une puissante volonté. Il les a rendus en apparence faibles de moyens, mais avec un esprit d’abnégation qui remplit les cœurs et les yeux de richesses bien que leur misère pénible bouleverse les cœurs et les regards.

Si les messagers de Allah étaient des hommes disposant d’une force inattaquable, d’une puissance incontestable, d’une richesse qui ferait plier et soumettre les gens et les attireraient de partout, il serait alors très simple pour les humains de tirer une leçon de tout cela.

Ils auraient alors cru par crainte d’une force les domptant ou par espérance d’une richesse dont ils pourraient tirer profit; les intentions seraient concordantes et les bénéfices se trouveraient partagés.

Mais Allah, Gloire à Lui, a voulu que le fait de suivre ses messagers,la croyance en ses Livres l’humilité devant sa face,l’obéissance à ses ordres la soumission à Lui, ne soient destinés qu’à Lui Seul; qu’ils soient purs sans que rien ne vienne les altérer et plus la mise à l’épreuve et l’exemple sont durs, plus la récompense et le don seront grands.

La Ka’ba sacrée

Ne voyez-vous donc pas que Allah, dans sa gloire, a mis à l’épreuve les premiers hommes depuis Adam jusqu’aux derniers de ce monde par des pierres qui ne font ni mal ni bien, qui n’entendent point et qui ne voient pas?

Il en a fait sa Maison sacrée qu’il a édifiée pour les hommes. Il la plaça en un lieu difficile, pierreux, au plus bas, dans une terre dure, au fond d’une vallée étroite, entre des montagnes arides et des sables mouvants, près de sources avares d’eau, isolée des autres localités, là où ne peuvent s’épanouir ni caprins, ni bovins, ni camélins.

Puis il ordonne à Adam et sa descendance de diriger leurs regards vers elle. Elle devient un lieu de repos bénéfique pour leurs déplacements, un but pour leurs rencontres: des lieux lointains et arides les hommes ont hâte d’y arriver; ils viennent de contrées lointaines comme des îles isolées au milieu des océans, afin d’en faire le tour et de clamer la gloire de Allah en mettant leurs épaules en mouvement.

Ils trottent dans la poussière, les cheveux collés par le sable, par amour pour Lui. Ils ont laissé derrière eux les beaux habits, et le manque de soins qu’ils portent à leurs cheveux n’est que pour prouver la qualité de leur renoncement.

Quelle rude épreuve, quelle expérience, quel dur examen que Allah a faits pour être les causes de sa miséricorde et les voies vers son paradis.

Si Allah, Gloire à Lui, avait voulu placer sa Maison sacrée et ses insignes grandioses, entre des jardins et des rivières, sur des plaines ou des terres plates couvertes d’arbres aux fruits à portée de la main parmi des habitations innombrables où les cités sont proches l’une de l’autre, où les champs de céréales succèdent aux vergers verts ceinturés de forêts aux eaux abondantes, aux parcs attrayants, aux routes animées, alors la récompense serait moindre, elle serait selon le degré des peines.

Si les fondations sur lesquelles elle repose et les pierres qui constituent son corps étaient d’émeraude verte, de hyacinthes rouges ou de clarté et de lumière, le doute serait moindre dans les âmes, le combat d’Iblis sur les cœurs serait affaibli, la lutte intérieure n’aurait pas lieu.

Mais Allah met ses adorateurs à l’épreuve par de nombreuses difficultés. Il exige que son adoration se fasse par des efforts durs, il leur fait rencontrer des désagréments, afin de soutirer l’orgueil de leurs poitrines et y faire demeurer l’humilité, par cela il leur ouvre toutes grandes les portes de sa grâce et les fait profiter de son pardon.

Mise en garde contre la tyrannie

Allah! Allah! Combien es-Tu preste à châtier le tyran, à accorder un terme au vil injuste et à donner une suite néfaste à l’orgueilleux.

L’injustice et l’orgueil sont les défauts qui servent à Iblis de pièges immenses et de traquenards subtils avec lesquels il espère empoisonner les cœurs des humains aussi efficacement que les venins mortels. Mais il rate son but et n’a point d’influence, ni sur le savant et sa science ni sur le pauvre en haillons.

Contre cela Allah a protégé ses adorateurs croyants par les prières, la Zakât et l’épreuve du jeûne dans les jours prescrits, afin de préserver leurs membres, de protéger leurs regards, de faire pénétrer l’humilité en leurs âmes, de diminuer leurs prétentions, et de les prémunir contre la suffisance.

Les prières poussent à la modestie lorsqu’elles obligent le croyant à poser son visage sur le sable et à mettre ses membres les plus nobles par terre par humilité.

Le jeûne lui aussi agit de même lorsque le jeûneur a l’estomac dans les talons.

A cela, il faut ajouter l’œuvre de la Zakât dispensatrice des produits du sol et d’autres biens entre les miséreux et les pauvres.

Avantages des obligations divines

Remarquez ce qu’il y a, dans le respect des obligations divines, comme moyens de réprimer les manifestations de l’orgueil, de s’interdire les marques de l’arrogance.

J’ai observé et remarqué partout à travers le monde qu’aucun homme ne soutenait par sectarisme une idée quelconque que dans le but de duper les ignorants; ou pour une raison qui collerait avec l’esprit des imprudents autres que vous. Vous vous passionnez pour une affaire dont vous n’avez ni les tenants ni les aboutissants. Quant à Iblis, il s’est rebellé contre Allah à cause d’Adam auquel i1 reprochait son origine et sa formation. Il dit alors à Adam: “Je suis de feu, alors que tu es de glaise”.

Le passion des richesses

Quant aux riches jouisseurs de parmi les nations, ils se sont attachés fortement aux sources qui leur confèrent les biens.

Ils ont dit: “Nous disposons de plus de biens et d’enfants et nous ne serons donc pas tourmentés”.

S’il est absolument nécessaire qu’il y ait un esprit de parti, que cela soit pour les oeuvres nobles, les actions vertueuses et les choses excellentes pour lesquelles se sont rivalisé les âmes nobles et les esprits chevaleresques des meilleures tribus et des chef de clans arabes par leurs mœurs exemplaires, par leurs esprits puissants, par leurs opinions sagaces et leurs exemples dignes d’éloges.

Passionnez-vous pour les sentiments généreux tels: les rapports de bon voisinage, 1e respect de la parole donnée, l’exercice du bien, le dédain de l’orgueil, la pratique de la bonté, le rejet de la tyrannie. Abhorrez le meurtre, accordez l’équité aux gens maîtrisez votre colère et ne semez pas la corruption sur la terre, tirez la leçon des malheurs qui ont frappé les nations qui vous ont précédés, à cause de leurs mauvais comportements et de leurs actions blâmables. Méditez sur leur destin, que vous soyez dans la prospérité ou dans le malheur et prenez garde de ne pas leur ressembler.

Or, si vous méditez sur les changements survenus dans leur histoire, ne retenez que les comportements qui ont contribué à leur grandeur, qui ont fait écarter d’elles leurs ennemis, leur ont assuré la paix et la sécurité, leur ont attiré la prospérité, et leur ont sauvegardé leur dignité par le fait que ces nations ont resserré leur union et ont évité la désunion; elles ont pratiqué et cultivé l’amitié et ont rejeté tout ce qui pouvait les dissocier et affaiblir leur puissance, comme la rancune, l’inimitié, le fait de s’ignorer mutuellement et le relâchement des liens de solidarité.

Méditez l’exemple des croyants qui vous ont précédés et leurs réactions face aux épreuves et aux malheurs. N’ont-ils pas été les plus accablés parmi les créatures, les plus frappés de peines et les plus angoissés en ce monde? Les Pharaons en ont fait des esclaves, leur ont infligé les pires des traitements et leur ont fait boire la coupe d’amertume.

Ils sont restés ainsi plongés dans le mépris et les peines réservés au vaincu, sans un moyen de s’en sortir ni une voie pour s’en défendre, jusqu’au jour où Allah considéra à quel point étaient leur abnégation face au malheur par amour pour Lui et leur capacité de supporter les désagréments essuyés par crainte de Lui.

Alors Allah fit de leur peine leur propre salut; il changea leur situation d’avilis en situation de puissants, et remplaça la peur par la paix et la sécurité. Ils devinrent des rois, des gouvernants et des sages éminents. Allah a été généreux envers eux bien au-delà de ce qu’ils espéraient.

Voyez comment ils étaient lorsque leur élite était unie, leurs sentiments concordants, leurs cœurs équilibrés, et quand ils se donnaient mutuellement la main et que leurs sabres se soutenaient, leurs regards étaient clairvoyants et leurs décisions communes; n’ont-ils pas été alors maîtres du monde et rois dominant les nations!

Remarquez après ce qu’ils devinrent plus tard quand ils furent dans la discorde, que l’amitié disparut, que les paroles et les coeurs se trouvaient en contradiction, qu’ils devinrent divers peuples et se séparèrent en clans ennemis. C’est alors que Allah leur ôta la parure de la dignité et les priva de sa générosité. Il ne reste plus que leur histoire pour servir d’exemple à ceux qui veulent bien méditer.

L’exemple des peuples anciens

Tirez une leçon de l’histoire des enfants d’Ismaïl des descendants d’Isaac et des fils d’Israël, sur eux tous le salut. C’est, là, pour nous, l’exemple parfait de notre situation et la ressemblance exacte avec notre état.

Méditez sur leur sort lorsqu’ils se dispersèrent, se désunirent, au temps où les Chosroès et les Césars étaient leurs maîtres, lorsqu’ils les éloignaient des terres riches, des eaux de l’Iraq et des régions verdoyantes, et les parquaient là où ne pousse que l’armoise et où soufflent continuellement les vents, les laissant dans la plus grande misère, dans le dénuement absolu, n’ayant que leurs chameaux.

Ils furent alors les peuples les plus méprisés, n’ayant plus une noble cause qui les unit, ni ami qui pourrait les protéger par sa puissance. Leur situation était précaire, leurs mains désunies, leur multitude dispersée; l’injustice était flagrante, l’ignorance généralisée.

Celui-ci enterrait sa fille vivante, celui-là adorait le plus d’idoles; les liens familiaux étaient rompus et les batailles entre tribus constantes.

La grâce à travers le Prophète

Observez l’étendue de la Grâce de Allah, lorsqu’il envoya aux hommes son Messager Mohammad et qu’il fit de sa religion la règle de conduite et qu’il les unit par sa doctrine.

Voyez alors comment la Grâce de Allah les a couverts de ses ailes généreuses, les a comblés de bonheur, les unissant dans la bénédiction de sa religion. Ils nageaient dans le bien-être et étaient pleinement satisfaits de leur sort.

L’activité se développait à l’ombre d’un dirigeant respecté, la vie se déroulait sous la protection d’une puissance victorieuse et toutes les affaires devenaient simples par la présence au sommet d’un pouvoir stable et sûr. Ils étaient devenus maîtres du monde et souverains de la terre.

Ils disposaient des affaires de ceux qui, auparavant, étaient leurs seigneurs, et régnaient sur ceux qui autrefois, étaient leurs maîtres. Nul ne pouvait tester leurs armes et nul ne pouvait se hasarder sous leurs murs.

Blâme aux rebelles

Il devient évident que vous avez lâché les liens de l’obéissance et que vous avez déchiré ce par quoi Allah vous protégeait pour reprendre les règles de la Djahiliya.

Allah, Gloire à Lui, a offert à l’ensemble de cette nation, le cadeau le plus précieux, en créant entre eux cette amitié dans laquelle ils se meuvent et auprès de laquelle ils se réfugient.

Personne au monde ne peut estimer la valeur de ce cadeau. Il n’a pas de prix, et ne pas en tenir compte serait la pire des catastrophes.

Sachez qu’après la Hijra vous êtes redevenus bédouins, et après l’union dans la discipline vous êtes redevenus des partisans; vous n’êtes liés à l’Islam que par le nom et vous n’avez de la foi que le mot.

Vous dites: “L’enfer plutôt que l’opprobre”. C’est comme si vous jetiez l’Islam au feu pour détruire ses interdits et pour rompre le Pacte (Le Prophète avait dans le pèlerinage de l’aAllah obtenu le serment des musulmans que pas un ne ferait couler le sang d’un autre musulman) que Allah vous a accordé, comme refuge sur sa terre et sécurité entre ses créatures.

Si vous cherchez refuge auprès d’autres que les musulmans vous serez combattus par les non croyants, alors plus de Gabriel, plus de Mikhaël, plus de Mouhajiroun, plus d’Ansars qui vous apporteront leurs secours; la lutte par les armes continuera jusqu’à ce que Allah tranche entre vous.

Vous disposez d’exemples de ce que peuvent être les coups de Allah, de la peur qu’il peut faire régner dans les cœurs, des jours du Seigneur et des événements inoubliables qu’il produisit.

Ne croyez pas cela lointain, par ignorance de ses interventions, de ses coups terribles, et par oubli de son omnipotence.

Allah n’a maudit les générations précédentes que parce qu’elles avaient cessé d’ordonner ce qui est convenable et d’interdire ce qui est répréhensible.

Allah a maudit les pervers pour leur désobéissance, et les indulgents pour ne s’y être pas opposés.

Ainsi vous avez coupé vos attaches avec l’Islam, négligé ses interdits et tué sa loi.

Allah m’a ordonné de combattre ceux qui outrepassent la loi, qui rompent les contrats et sèment la corruption sur la terre.

Pour ce qui est des parjures je les ai déjà combattus; quant aux injustes j’ai mené le Djihad contre eux; j’ai également abattu les dissidents et j’ai été débarrassé du diable de la vallée (Il s’agit de l’un des chefs des Khawarej) lorsqu’il fut victime d’un coup qui fit cesser les battements de son cœur et le ronronnement de sa poitrine. Il ne reste plus qu’une partie des pervers.

Si Allah le permet, je les frapperai, les disperserai à travers tout territoire.

Valeur de la Révélation

Dès mon enfance, j’étais en lutte contre les grands des Arabes et j’ai brisé l’orgueil de Rabi`a et Moudhar (Les deux branches de la nation arabe).

2 Vous connaissez ma position auprès du Messager de Allah, par la très proche parenté et par le rang exceptionnel.

Il me prenait sur ses genoux et me serrait contre sa poitrine alors que j étais tout enfant il me couvrait avec sa couche, me laissait le toucher et sentir son odeur.

Il mâchait pour moi certains aliments et me les mettait à la bouche; il ne m a jamais entendu mentir ou commettre une faute par précipitation.

Allah lui a accordé comme compagnon, dès qu’il fut sevré, le plus grand de ses anges, qui le guidait vers les voies nobles, vers les plus belles vertus, dans ses nuits comme dans ses jours.

Je le suivais, comme le chamelet suit sa mère; il me dévoilait chaque jour une de ses qualités, m’en instruisait et me demandait de m’y tenir.

Il se retirait tous les ans à Hira et personne d’autre que moi ne le voyait.

Il n’y avait alors qu’une seule maison musulmane qui abritait à la fois, le Messager de Allah, Khadidja (L’épouse du Messager de Allah) et moi qui étais le troisième.

Je voyais resplendir la lumière de la Révélation et du Message et je respirais l’arôme de l’inspiration divine. J’ai entendu le cri de Satan lorsque le Messager recevait la Révélation. Je lui dis alors: “Qu’est – ce que ce cri, Messager de Allah”? Il me dit: “C’est là Satan qui désespère de n’être plus adoré tu entends ce que j’entends, tu vois ce que je vois tu n’es pas un prophète, mais tu es néanmoins dans le bien”.

Exhortation

Toi qui m’écoutes, secoue ta léthargie, réveille-toi de ton inconscience, freine ta précipitation, aiguise ton esprit et tes facultés avec ce que tu as reçu par la parole du Prophète qui ne vivait pas au milieu des gens du Livre et qui ne savait pas écrire.

Prends-en ce qui est indispensable et dont on ne peut se passer, fais l’inverse de ce que font ceux qui désobéissent et laisse-les à ce qu’ils aiment. Laisse tomber ta fierté, réprime ton orgueil, rappelle-toi ta tombe, par elle passe ton chemin; tu recevras comme tu as donné, tu récolteras ce que tu as semé, ce que tu offres aujourd’hui tu le retrouveras demain, fais un bon chemin pour tes pas et fais des avances pour demain.

Sois circonspect, toi qui écoutes, et sois zélé, toi qui oublies tes obligations, car tu ne peux être bien renseigné que par un connaisseur.

Certaines obligations que Allah nous a imposées dans son sage message, par lesquelles on est récompensé ou châtié, qui attirent la satisfaction ou le courroux, ne seraient d aucun secours à un adorateur même s’il se consacrait avec sincérité à s’il venait quitter l’accomplissement de son acte, ce monde et rencontrait son Créateur, avec l’une des fautes suivantes dont il ne se serait pas repenti: avoir associé un autre à Allah dans l’accomplissement de ses obligations religieuses, avoir, dans ses efforts pour satisfaire sa passion, tué une vie humaine ou diffamé une personne en lui imputant les méfaits d’une autre ou créé une innovation dans la religion en vue d’obtenir une faveur auprès des gens, avoir changé d’attitude et de langage selon les circonstances.

Médite bien car les méfaits qui leur ressemblent sont aussi graves.

Ce qui intéresse les bestiaux c’est leur estomac qui intéresse les fauves c’est d’abattre d’autres animaux. Quant aux femmes, elles s’intéressent aux plaisirs de la vie et à la corruption. Seuls les croyants s’humilient devant Allah et sont toujours hantés par la crainte du châtiment qu’ils redoutent fort.

Celui qui voit avec le cœur, agit à la lumière de la raison, s’assure avant d’agir si son action est à son avantage ou à son détriment. Si c’est à son avantage il la poursuit, si c’est à son détriment il l’arrête. Celui qui agit sans lucidité est comme celui qui marche sans connaître le chemin. Plus il s’écarte du droit chemin plus il s’éloigne de son but. Alors que celui qui agit avec lucidité est comme qui marcherait sur une voie claire. Que chacun se pose la question de savoir s’il avance ou s’il recule.

Sache que tout ce qui est apparent possède une face cachée de même importance. Si l’apparence est excellente, ce qui est caché est aussi excellent; de même que si elle est viciée la partie invisible l’est également.

Le Prophète qui est véridique a dit: “Allah peut aimer son adorateur et mépriser son action comme il peut aimer l’oeuvre et mépriser le corps” (L’Imam se réfère à un hadith du Messager “Toute chair qui croit par le péché est la première digne du feu”).

Sache que toute action est comme une plante. Or aucune plante ne saurait se passer d’eau; les eaux sont diverses: si elle est arrosée par des eaux saines elle sera bonne et son fruit savoureux, mais si l’eau est impure la plante sera mauvaise et son fruit amer.

Description des pieux

En réponse à l’un de ses adeptes, Hammam, qui le pria de lui décrire les pieux, l’Imam dit:

Lorsque Allah, Gloire à Lui, créa ses créatures, il n’avait nul besoin de leur adoration et nulle crainte de leur désobéissance. Car la désobéissance de qui que ce soit ne pouvait lui porter préjudice et l’adoration également ne pouvait agrandir son royaume.

Il distribua entre les hommes leur nourriture et les mit sur terre chacun à sa place.

Ceux qui craignent Allah sont ceux qui seront les plus considérés, leurs dires sont la vérité; ils s’habillent modestement, leur démarche est paisible; ils retiennent leurs regards de ce que Allah leur a interdit et leur attention est axée sur le savoir utile.

Leurs âmes restent stoïques devant l’adversité comme devant le bonheur.

Si ce n’était la destinée que Allah leur a prescrite, leurs âmes ne seraient pas restées un instant dans leurs corps, passionnées qu’elles sont de recevoir la récompense tout en craignant le châtiment.

Le Créateur leur apparaît si grand que tout est petit à leurs yeux. Ils se représentent le paradis comme s’ils y étaient en train de jouir de ses biens et se représentent l’enfer comme s’ils y étaient déjà en train d’y subir les tortures.

Leurs cœurs inquiets ont conjuré le mal. Leurs corps sont minces, leurs besoins modestes et leurs âmes délicates.

Ils ont troqué les plaisirs éphémères de la vie terrestre contre le repos éternel; ce qui est un commerce bénéfique que le Seigneur leur a proposé.

La vie ici – bas leur a ouvert ses bras, ils ne l’ont pas désirée et s’en sont détournés; elle les a emprisonnés et ils s’en sont affranchis.

La nuit, ils se mettent en rang pour réciter la Coran, ils en réconfortent leurs âmes et s’en servent comme remède contre leurs maux.

Lorsqu’ils abordent un verset annonciateur du bien, ils y mettent toutes leurs espérances et leurs âmes s’y accrochent avec désir et croient ferme que cela est devant leurs yeux.

Par contre lorsqu’ils rencontrent des versets menaçants, ils les écoutent au fond du cœur et ont l’impression d’entendre les bruits de l’enfer et d’en conserver l’écho dans leurs oreilles.

Pendant le jour, ils sont compatissants, savants, généreux et pieux.

La crainte de Allah les a habités à tel point qu’on les prendrait pour des malades alors qu’ils ne le sont pas, ou des êtres obsédés par la crainte de Allah.

Une idée-force les inspire.

Ils ne se contentent plus des petites actions et ne se suffisent point des grandes. Ils accusent leurs âmes et mésestiment la valeur de leurs actions.

Lorsque l’un d’eux est félicité, il a peur de ce qu’on lui dit. Il répond: “Je connais mon âme mieux que quiconque et Allah la connaît bien mieux que moi – même. Seigneur ne me condamne pas pour ce qu’ils croient et pardonne-moi ce qu’ils ignorent”.

Ce qui les caractérise est une puissance dans la conviction, une douceur dans la fermeté, une foi inébranlable, un goût prononcé pour le savoir, 1e savoir allié à la tolérance, l’esprit économe en temps de prospérité, l’humilité dans l’adoration, la dignité dans le besoin, la patience devant l’épreuve, le désir de ce qui est licite, la poursuite des bonnes actions et le mépris de la cupidité. Ils accomplissent de bonnes œuvres mais restent inquiets, ils s’occupent le soir à remercier le Seigneur et le matin à invoquer son nom. Ils s’endorment sur leur garde et se réveillent joyeux. Ils sont sur leur garde par crainte d’une défaillance et sont joyeux pour ce qu’ils trouvent comme privilèges et miséricorde. Si leur esprit leur refuse ce qu’il déteste, ils ne lui donnent pas ce qu’il désire.

Toute leur attention est tournée vers ce qui n’a pas de fin et leur mépris vers ce qui ne dure pas. Ils marient la magnanimité avec le savoir et la parole avec l’action. Leurs espoirs sont une certitude, leurs erreurs rares, leurs cœurs humbles, leurs âmes satisfaites, se contentant de peu pour vivre; leurs problèmes sont simples. Ils sont attachés à leur religion, inertes face aux séductions interdites et leur colère n’est jamais manifestée

D’eux le bien est espéré et la mal éloigné.

S’ils sont parmi les insouciants ils sont inscrits comme ceux qui invoquent souvent le nom de Allah et s’ils sont au milieu des invocateurs, ils ne sont point inscrits comme insouciants.

Ils pardonnent à qui leur fait tort, ils donnent à ceux qui les ont privés, ils renouent avec ceux qui ont rompu avec eux; ils sont éloignés des grossièretés, courtois, incapables de faire du mal, enclins à faire du bien, toujours disponibles pour entamer de bonnes œuvres en tournant le dos aux mauvaises.

Ils sont calmes dans les tourmentes, patients devant les épreuves et pleins de gratitude dans le bonheur.

Ils n’outrepassent pas le droit envers ceux qu’ils détestent, ni ne comblent de trop ceux qu’ils aiment.

Ils reconnaissent la vérité avant que l’on témoigne pour ou contre eux, ne perdent pas ce qui leur est confié, et n’omettent pas les rappels, n’appellent pas les gens par leurs sobriquets, ne portent pas préjudice aux voisins, ne se réjouissent pas du malheur d’autrui, ne se mêlent pas de l’iniquité et s’attachent à la justice.

Le silence ne les étouffe pas, s’ils rient leur voix ne s’élève pas, et s’ils sont lésés, ils font preuve de tolérance et confient leur vengeance à Allah.

Leurs mauvais penchants sont jugulés et le monde est tranquille auprès d’eux.

Ils éprouvent leurs âmes pour l’autre monde et laissent tranquilles les gens en ce monde.

Si l’on s’éloigne d’eux, ils s’éloignent également avec renoncement et grandeur d’âme. Si l’on se rapproche d’eux, ils sont tout en douceur et bonté.

Leur éloignement n’est ni de la prétention ni de l’orgueil et leur rapprochement n’est ni ruse ni embûche.

LES MESSAGERS DE ALLAH

Mohammad (saw)

En la personne du Messager de Allah, tu as un exemple édifiant, qui t’éclaire suffisamment sur le mépris qu’il avait pour la vie terrestre et ses vices pour ses malpropretés, ses vanités; il ne possédait que le strict minimum, alors que d’autres vivaient dans la richesse. Sevré des plaisirs de la vie, il en a ignoré les fausses grandeurs.

Moïse (as)

Tu as également l’exemple de Moïse lorsqu’il disait: “Seigneur, J’ai grand besoin du bien que tu feras descendre sur moi!”.

Par Allah, il ne lui avait demandé qu’un morceau de pain pour manger, car il ne vivait que d’herbes. On voyait son estomac à travers sa peau à cause de sa maigreur et du relâchement de sa chair.

David (as)

Un troisième que tu pourrais prendre comme exemple, c’est David et ses psaumes, le lecteur pour les gens du paradis, qui faisait de ses propres mains des rubans et disait à ceux qui l’entouraient: “Qui d’entre vous m’épargnera la peine de les vendre?” Il vivait de cette vente, ne mangeant que de l’orge.

‘Issa (as)

Tu peux aussi penser au Christ, fils de Marie.

Il posait sa tête sur des pierres qui lui servaient d’oreiller; il s’habillait de bure, se nourrissait très modestement, la faim était son compagnon, de nuit sa seule lumière était la lune, son abri en hiver était l’étendue de la terre, et ce qu’elle pouvait lui donner comme refuge; les fruits et les fleurs qu’il cueillait étaient ce que le sol produisait pour les animaux.

Il n’eut point d’épouse qui l’aurait fasciné, ni d’enfant qui l’aurait attristé, ni de fortune qui l’aurait préoccupé ni d’ambitions qui l’auraient diminué. Sa monture était ses jambes et son serviteur ses propres mains.

Les temps futurs

Il arrivera des temps, après moi, où rien ne sera aussi masqué que la vérité et rien d’aussi triomphant que l’iniquité, où les mensonges sur Allah et son Messager seront la chose la plus courante.

Aucune marchandise n’aura moins de valeur que le Livre lorsqu’il sera cité dans son sens exact, et rien d’aussi cher que lui lorsque son sens sera déformé.

Il n’y aura rien d’aussi haïssable que le bien et rien d’aussi pratiqué que le mal.

Ceux qui étaient chargés de défendre le Livre l’auront abandonné et ceux qui l’avaient appris par cœur l’auront oublié.

Le Livre et ses partisans seront chassés et exilés, ils seront des compagnons de route qui ne trouveront nul refuge.

Ils seront au milieu des gens sans les fréquenter, ils seront avec eux sans faire corps avec eux, car la droiture et l’iniquité ne s’accordent pas, même si elles sont ensemble.

Les gens s’accorderont pour la désunion. Du Livre, ils ne retiendront que le nom et ils n’en sauront que l’écriture et la calligraphie.

Ils persécuteront les pieux sous toutes les formes, ils proclameront que leur attachement à Allah est une imposture et ils puniront toute bonne action comme si elle était un péché.

Ceux qui vous ont précédés ont été anéantis pour leur relâchement et leur insouciance, lorsque le destin les a frappés et que l’excuse n’était plus valable et que la résipiscence n’était plus acceptée, alors ils eurent pour compagnons la détresse et la vengeance.

Sermon

O vous les hommes! Quiconque demande le bon conseil à Allah sera satisfait, quiconque prend sa divine parole comme guide sera dirigé vers la bonne voie, la meilleure.

Quiconque s’appuie sur Allah est en sécurité, qui en est l’ennemi tremble.

Il est inadmissible que celui qui connaît la grandeur de Allah se fasse grand. Sa seule façon d’être grand est de s’humilier devant Lui, et ceux qui connaissent sa puissance ne peuvent être en sécurité qu’en se confiant entièrement à Lui. Ne vous sauvez pas devant ce qui est juste, comme le ferait un homme sain devant un galeux et un homme guéri devant un malade.

Vous ne pouvez connaître la bonne direction que lorsque vous connaîtrez ceux qui l’ont quittée, et vous ne vous attacherez au pacte avec le Livre que lorsque vous connaîtrez ceux qui l’ont rompu, et vous ne l’appliquerez qu’après avoir connu ceux qui s’en sont séparés.

Demandez donc tout cela à ceux qui maîtrisent le Livre, ils sont la nourriture du savoir et l’ennemi de l’ignorance. Ce sont eux qui vous révéleront leur savoir par leur jugement, leur silence exprimera leurs pensées et leurs apparences révéleront leur fond.

Ils n’outrepassent pas les lois religieuses et ne se contredisent pas. Le Livre est entre eux un témoin véridique et un silencieux éloquent.

Sur le renoncement à ce monde et le désir de l’autre

O vous les hommes! Ce monde – là n’est qu’une transition et la vie future est l’éternité.

Profitez de votre passage pour assurer votre éternité.

Ne déchirez pas les voiles protecteurs devant celui qui connaît tous vos secrets.

Détachez vos cœurs de ce monde, avant que ne s’en détachent vos corps.

En ce monde vous êtes mis à l’épreuve, mais c’est pour l’autre que vous avez été créés.

Quand quelqu’un meurt, les gens disent “Qu’a-t-il laissé”? et les anges disent: “Qu’a-t-il avancé?”

Avant votre mort, faites-vous précéder de quelques œuvres pies qui seront portées à votre crédit dans l’au-delà. Ne négligez pas toutes vos obligations ici-bas car ce sont des dettes dont vous vous acquitterez dans l’autre monde.

Ce monde est éphémère

O vous les hommes! Vous n’êtes en ce monde qu’un élément que ballotte la mort, chaque gorgée peut vous étouffer, chaque bouchée vous être fatale.

Vous n’y récolterez un bien qu’en abandonnant un autre. Vous ne pouvez vivre un jour qu’en voyant approcher votre fin d’un jour.

Tout ce qui se renouvelle en augmentant vos biens est venu remplacer d’autres que vous avez déjà consommés. Vous n’aurez un parent de plus qu’en ayant un de moins. Vous n’aurez quelque chose de nouveau que déjà le nouveau est devenu ancien. Vous ne verrez croître une moisson que la voilà fauchée.

Il en est passé des ancêtres dont nous sommes les rameaux. Comment peut durer un rameau après la fin de son origine?

Qu’est-ce que la foi ?

C’est une voie aux pourtours clairs, éblouissante de lumière.

Par la foi, tu peux être dirigé vers les bonnes actions et réciproquement par les bonnes actions, tu seras dirigé vers la foi.

Par la foi s’épanouissent les sciences, par les sciences on a conscience de la mort, par la mort arrive la fin de la vie ici-bas, par la vie d’ici-bas se mérite l’autre monde, par la résurrection se rapprochent le paradis et l’enfer préparé pour ceux qui se sont laissé distraire.

Les gens n’ont aucun moyen d’éviter la résurrection. Ils y vont avec précipitation pour atteindre le but suprême.

L’état des habitants des tombes à la resurrection

Ils émergent de la quiétude des tombeaux pour se diriger vers le but final.

Chaque lieu de séjour aura ses gens. Ils ne peuvent l’échanger ni en être transférés.

Ordonner ce qui est convenable, interdire ce qui est répréhensible sont deux caractéristiques de Allah. Gloire à Lui! S’y conformer n’abrège pas la vie et ne diminue pas la fortune.

Attachez-vous au Livre de Allah, car il est le lien solide et la lumière éclatante. Il est également le remède bienfaisant, la boisson désaltérante, la protection pour qui s’en inspire et le salut pour qui s’y attache.

Il n’est jamais dépassé pour avoir besoin d’être mis à jour ou corrigé, il ne dévie point pour mériter des reproches; sa lecture répétée n’est pas ennuyeuse pour l’ouïe. Qui le cite dit vrai et qui s’en inspire dans sa vie devance les autres au paradis.

Description de la vie ici bas

Nous louons Allah pour ce qui est, nous implorons son aide pour ce qui sera, nous lui demandons la sécurité dans notre religion comme nous la lui demandons pour nos corps.

Adorateurs de Allah! Je vous conseille le rejet de ce monde qui vous abandonnera, bien que vous n’aimiez pas l’abandonner, qui dégradera vos corps alors que vous désirez les rajeunir.

Vous êtes comme des voyageurs qui se sont mis en route et qui imaginent qu’ils sont arrivés à destination. Ils ont franchi une étape et ils croient avoir atteint le but!

Quel est long le chemin que l’homme doit parcourir pour arriver au but, alors qu’il ne lui reste que peu de temps pour vivre, que la mort le guette et qu’il doit quitter à regret ce monde où il s’agite!

Ne rivalisez donc pas de puissance et d’orgueil, ne soyez pas éblouis par les beautés et les richesses, soyez fermes devant l’épreuve et le malheur, car la puissance et l’orgueil ont une fin, la beauté et la richesse sont appelées à disparaître, l’adversité et le malheur n’ont qu’un temps; tout instant en ce monde est délimité et toute la vie est destinée à la mort.

N’avez-vous donc point, dans l’exemple des anciens, de quoi vous faire repousser ce monde et dans vos ancêtres, de quoi vous éclairer et vous donner à réfléchir, si vous étiez un tant soit peu sages?

Vous n’avez pas remarqué que ceux qui vous ont précédés ne sont pas revenus et que ceux qui restent ne resteront pas toujours. Vous ne voyez pas que les gens ici-bas se réveillent le matin dans une situation et se couchent le soir dans une autre.

Voici un mort que l’on pleure, un affligé que l’on console, un blessé souffrant, un absent qui revient, un autre qui fait don de sa vie, un autre encore qui demande le bien de ce monde alors que c’est la mort qui le demande, un insouciant alors que Allah n’est pas insouciant pour lui, et sur la trace de ceux qui ont disparu marchent ceux qui restent encore.

Alors! Souvenez-vous de ce qui détruit les jouissances, qui contrarie les désirs, qui rompt les espoirs, lorsque vous aurez l’intention d’accomplir un acte détestable; demandez le secours de Allah pour remplir votre devoir envers Lui et profitez de ses biens et de sa bienveillance que nul ne peut compter.

Mise en garde contre la vie ici bas

Je vous mets en garde contre la vie ici-bas, elle est délicieuse et attirante, entourée de plaisirs, agréable par ses biens, reposante, enjolivée d’espoirs, ravissante. Ses plaisirs ne durent pas et personne n’est à l’abri de ses coups durs.

Elle est trompeuse et maléfique; changeante, elle ne fait que passer, elle a une fin et doit disparaître, elle est une ogresse boulimique.

Elle n’est pas loin d’être, lorsqu’elle accorde à ceux qui la désirent, ce que Allah, Gloire à Lui, a dit: “Telle une eau que nous avons fait descendre du ciel, qui a été au contact des plantes, qui après sont devenues sèches et que le vent disperse. Allah est puissant sur toute chose.”

Nul ne vécut dans le bonheur sans n’avoir ensuite répandu des pleurs. Si la vie lui accorde un moment de plaisir, elle l’accable après de toutes sortes de malheurs. Elle lui donne quelques instants de bien-être qu’elle fait suivre d’une avalanche de catastrophes! Il est dans sa nature d’être un soutien le matin et de devenir un adversaire le soir! Si l’un de ses aspects se montre délicieux et agréable, un autre apporte amertume et maladies.

Nul ne peut obtenir d’elle une faveur désirée qu’il n’en paie le prix par des peines et des angoisses. De même on peut, le soir, dormir dans la sécurité et se réveiller le lendemain dans la peur.

Traîtresse et pleine de perfidie, sujette au néant comme tout mortel qui vit ici-bas, la seule provision bénéfique qu’elle offre est l’obéissance à Allah. Moins on en profite, plus on est en sûreté; plus on en jouit, plus on court à sa perte et ce qu’on a acquis disparaîtra.

Combien a-t-elle affligé de gens qui lui ont fait confiance, frappé ceux qui y espéraient, avili des nobles! Combien d’hommes fiers a-t-elle rendu méprisables!

Sa puissance est inconstante, son pain amer, son breuvage saumâtre, sa douceur est de la coloquinte, sa nourriture

 


Chapitre douzième: Invocation de Allah, Maître des univers

Une prière que l’Imam répétait souvent

Louange à Allah grâce auquel je ne suis, jusqu’à ce jour ni mort, ni malade, ni frappé d’une hémiplégie, ni fier de mes mauvaises actions, ni dépourvu de progéniture.

Louange à Allah grâce auquel je n’ai pas renié ma religion ni méconnu le Seigneur, ni perdu la foi ou la raison, ni connu les tourments endurés par les hommes d’antan.

Je suis devenu un adorateur de Allah qui rudoie son âme. Tu décides, mon Allah, de mon sort et je ne peux rien dire. Je ne peux prendre que ce que Tu me donnes et ne peux éviter que ce dont Tu me protèges.

Mon Allah, je me réfugie auprès de Toi pour n’être pas pauvre au milieu de ta richesse, ou de peur de m’égarer alors que tu me montres le droit chemin, de subir un tort sous ta royauté, ou d’être opprimé alors que tu es le maître.

Fasse mon Allah que le premier trésor que tu me reprends soit mon âme et qu’elle soit le premier dépôt à te revenir parmi ceux que tu m’as confiés.

Mon Allah, je me mets sous ta protection pour que tu m’aides à ne pas délaisser tes paroles, à ne pas être tenté de m’éloigner de ta religion, à ne pas être prisonnier de mes désirs qui me dirigeraient ailleurs que dans le droit chemin que tu m’as indiqué.

Une autre prière

Mon Allah! Tu es Celui qui se plaît le plus à la fréquentation de ses amis, à être le plus prêt de ceux qui comptent sur Toi.

Tu es au courant de leurs secrets, Tu sais ce qu’il y a en leur conscience, Tu connais le degré de leur perspicacité.

Leurs secrets sont pour Toi dévoilés et leurs cœurs sont avides de Toi.

S’ils languissent de l’exil, ils se consolent en citant Ton nom et si les malheurs s’abattent sur eux, ils se réfugient en Ton voisinage, sachant que Tu détiens entre tes mains les destinées des choses et que de Toi partent les ordres.

Mon Allah, ma langue n’est pas capable de T’exposer mes problèmes et je me trouve aveugle au sujet de mes besoins. Guide-moi donc vers ce qui est bon pour moi et fasse que mon cœur soit attiré par le bien.

Cela ne signifie pas que je ne reconnais pas que Tu ne m’as pas déjà montré la bonne voie. Ce n’est pas non plus une incursion dans Ton domaine.

Mon Allah! Juge-moi selon Ton pardon et ne me juge pas selon Ton équité.

Une prière

Mon Allah, pardonne-moi ce que tu connais mieux que moi, si je recommence, accorde-moi encore ton pardon. Pardonne-moi toute promesse non tenue.

Mon Allah, pardonne-moi ce que ma langue a dit pour me rapprocher de Toi et que mon cœur a contredit.

Mon Allah, pardonne-moi certains regards, les mots inutiles, les désirs du cœur, et les écarts de langage.

Une prière pour demander la pluie

Il est clair que la terre qui vous porte et le ciel qui vous couvre obéissent tous deux à votre Seigneur. Ils ne vous prodiguent pas leurs bienfaits pour vous faire plaisir, ni pour se rapprocher de vous, encore moins pour espérer de vous une générosité, mais ils obéissent aux ordres reçus. Ils reçurent la fonction chargée de vous livrer de quoi vivre et ils s’en acquittèrent.

Allah éprouve ses créatures quand elles agissent mal, en diminuant les récoltes, en suspendant la bénédiction, en fermant les coffres des biens, afin que celui qui veut se repentir le fasse et que celui qui veut s’affranchir du mal s’en libère, que celui qui craint Allah puisse méditer, et que celui qui doit être réprimandé le soit.

Allah par sa grâce a créé le pardon pour qu’il soit cause de l’abondance des biens et de bénédictions pour les êtres. Il a dit, Gloire à Lui: “Demandez le pardon à votre Seigneur, il est le grand Pardonneur, le ciel vous enverra des pluies abondantes. Il vous accordera généreusement des fortunes et des enfants. Il mettra à votre disposition des jardins et des fleuves”.

Allah bénit l’homme qui cherche à se repentir, se débarrasse de ses erreurs et craint d’être surpris par la mort.

Mon Allah! Nous sommes sortis des tentes et des maisons, nous dirigeant vers Toi, au milieu des gémissements des bêtes des enfants, souhaitant ta bénédiction, pénétrés de l’espoir que tu nous accorderas tes bienfaits, craignant ton châtiment et ta vengeance.

Mon Allah! Désaltère-nous en faisant tomber l’ondée, ne fais pas de nous des désespérés, ne nous détruis pas par les mauvaises années. “Et ne nous punis pas de ce que les pervers parmi nous ont commis”. O! le plus MiséricorAllahx des MiséricorAllahx!

Mon Allah, nous sommes sortis vers Toi, nous plaignant de ce qui n’est pas caché pour Toi, parce que nous sommes poussés par les situations difficiles et les années terribles, fatigués par les demandes de toutes parts, assiégés aussi par les épreuves.

Mon Allah! Nous te supplions de ne pas nous laisser revenir bredouilles, accablés. Ne nous reproche pas nos péchés, ne nous juge pas sur nos actes.

Mon Allah, répands sur nous ta pluie bienfaisante, et ta bénédiction, désaltère-nous d’une pluie bénéfique, qui ferait pousser l’herbe. Par elle, tu feras germer ce qui dort et vivifier ce qui est mort. Bénéfique à tous les êtres, la pluie est prometteuse de bonnes récoltes, arrosant les plaines, faisant couler les ruisseaux, rendant les arbres verdoyants; ce qui fera baisser les prix des denrées. Tu es, en vérité, puissant sur toute chose.

 


Chapitre treizième: Recommandations

D’une missive à Ma`kal ibn Kaiss lui donnant des conseils lorsqu’il l’envoya en Syrie à la tête de trois mille hommes

Crains Allah que tu finiras par rencontrer inévitablement car tout aboutit finalement à Lui.

Ne combats que celui qui commence par te combattre, ne te déplace que dans la fraîcheur du matin et du soir, ne bouge pas avec tes hommes au moment des fortes chaleurs, ne te fatigue pas dans les déplacements. Ne voyage pas au début de la nuit, car Allah le fait pour le repos et la détente non pour le mouvement. Profites – en pour reposer ton corps et te remettre.

Lorsque tu te lèves à l’aube ou à l’aurore, mets-toi en route avec la bénédiction de Allah. Si tu rencontres l’ennemi, mets-toi au milieu de tes compagnons et ne t’approche pas de tes adversaires comme qui voudrait commencer le combat. Ne t’en éloigne pas, non plus, ce qui ferait croire que tu as peur, jusqu’à ce que tu reçoives mes ordres.

Que la haine que vous leur portez ne vous pousse pas à les combattre, tant que vous ne les aurez pas appelés et mis en demeure.

D’une recommandation qu’il a faite à une armée qu’il avait envoyée au combat

Si vous avez à camper en face de l’ennemi, que votre camp soit sur les hauteurs, ou au bas des montagnes ou derrière les rivières afin qu’elles vous soient des remparts protecteurs.

Ne combattez que sur un front ou deux. Placez des observateurs sur les sommets des montagnes et aux fonds des vallées, afin de n’être pas surpris par l’ennemi d’un côté dangereux comme d’un côté sûr.

Sachez que l’avant – garde d’une armée est les éclaireurs et les yeux des éclaireurs, ce sont les patrouilles. Méfiez-vous de la dispersion. Si vous devez camper, campez ensemble et si vous vous mettez en route, allez – y ensemble.

Lorsque la nuit tombe, faites – vous entourer par les lances et ne dormez que d’un sommeil léger et intermittent.

A ses troupes avant la bataille de Siffine

Ne les combattez pas tant qu’ils n’ont pas commencé, car Allah merci, c’est vous qui avez la preuve de votre bon droit et le fait de les laisser commencer est une autre preuve dont vous disposerez contre eux.

Et si leur débâcle, par ordre de Allah se produit, ne frappez pas au dos, ne blessez pas un combattant désarmé, n’achevez pas un blessé, n’offensez pas les femmes même si elles injurient votre honneur et qu’elles insultent vos chefs, car elles sont fragiles de constitution, d’âme et d’esprit.

Nous les avons protégées quand elles étaient polythéistes.

Au temps du paganisme, si les hommes les frappaient avec des pierres ou des gourdins, ils devenaient la risée des gens, eux et leurs descendants.

Recommandation qu’il adressa à celui qu’il chargeait de percevoir l’aumône légale

Agis en craignant Allah seul, sans rien lui associer.

Ne sois pas cause de crainte pour un musulman, ne le rencontre pas contre son gré, ne prends de sa fortune rien de plus que les droits de Allah.

Quand tu descendras dans une localité, arrête-toi au point d’eau, sans pénétrer dans les habitations, puis approche-toi des gens avec modestie et respect, jusqu’à ce que tu sois parmi eux et tu leur adresseras tes salutations sans en être avare. Tu diras:

“Serviteurs de Allah, je suis envoyé vers vous par l’Agent et le Représentant de Allah. S’il y a dans votre fortune dés droits de Allah, vous avez à les remettre à son Représentant”. Si quelqu’un te répond négativement, n’insiste pas auprès de lui. Par contre, si quelqu’un te dit oui, décide avec lui sans lui faire peur, ni le menacer, ni le faire regretter, ni exiger de lui plus qu’il ne peut. Prends de lui ce qu’il te donnera comme or et argent.;

S’il possède du bétail et des chameaux, ne les mets pas en compte sans son autorisation. Le gros lui appartient. Si tu t’en approches, ne pénètre pas jusqu’au milieu des bêtes d’une façon brusque et brutale. Il ne faut ni effaroucher, ni effrayer les bêtes, afin que le propriétaire ne soit pas fâché.

Partage le troupeau en deux, puis fais-lui choisir sa part, ne t’oppose pas à ce qu’il a choisi, puis refais la même opération s’il n’est pas d’accord et fais-lui choisir et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il ne te reste entre les mains que la part de Allah. Prends alors les droits que Allah a sur sa fortune. S’il n’est pas satisfait, rassemble les bêtes et refais l’opération.

Ne prends pas de bêtes âgées ou décrépites, ou ayant un membre brisé ou qui sont décharnées ou celles qui ont un défaut. N’aie confiance, pour conduire les bêtes, qu’en un musulman sûr, capable de prendre soin du bien des musulmans jusqu’à le remettre à leur chef qui le partagera entre eux. N’en charge qu’un homme sincère, doux, honnête et consciencieux, non un homme qui les frapperait ou qui leur ferait faire de trop longs trajets ou qui les fatiguerait plus qu’il n’en faut.

Puis remets-nous ce que tu auras rassemblé afin que nous lui donnions la destinée que Allah lui a prescrite. Quand tu remettras les bêtes à ton homme de confiance, insiste pour qu’il ne sépare pas une chamelle de son chamelet, qu’il ne la traie pas afin de ne pas priver son petit, qu’il ne la charge pas trop, qu’il équilibre les charges entre les bêtes de somme et qu’il entretienne bien les animaux fatigués ou blessés dans leurs pattes.

Qu’il les fasse boire chaque fois qu’il rencontre de l’eau; qu’il ne les éloigne pas des parcours herbus pour prendre un raccourci, qu’il les repose à chaque moment, qu’il ralentisse le pas en passant près de l’eau et des herbes, afin qu’elles nous parviennent par la grâce de Allah, en excellent état et en bonne santé, non fatiguées et éreintées, afin que nous les partagions selon le Livre de Allah et la tradition de son Envoyé.

Ceci sera pour toi la plus belle des récompenses et te rapprochera de la voie droite, que Allah le veuille.

Koumeil ibn Ziad An-Nakha’i rapporte:

“L’Imam me prit par la main, me conduisit au cimetière puis en plein désert, il aspira longuement et dit:

“O Koumeïl Ibn Ziad! Ces cœurs sont des réceptacles et les meilleurs d’entre eux sont les plus réceptifs, retiens ce que je vais te dire:

Les hommes sont de trois genres, un savant inspiré de Allah, un autre qui apprend pour pouvoir être sauvé et une masse qui ignore et suit quiconque lui souffle dans une trompette; elle plie au gré des vents, elle ne s’éclaire pas à la lumière de la science Elle ne se réfugie pas auprès de quelque chose de sûr.

O Koumeïl! La science est préférable à la richesse. Le savoir augmente quand on s’en sert alors que l’argent diminue quand on l’utilise. Les bienfaits de la richesse s’évanouissent dès qu’on perd sa fortune.

O Koumeil! La connaissance est une religion que l’on pratique. Par le savoir, on obtient l’obéissance dans la vie et on laisse un bon souvenir après la mort. La science dirige alors que l’argent est dirigé.

O Koumeïl! Les thésaurisateurs sont des cadavres vivants alors que les savants se maintiennent aussi longtemps que durera le monde. Leurs corps peuvent disparaître mais leurs exemples restent dans les cœurs.

Il y a là une science immense (et il désigna du doigt sa poitrine). Ah, si j’avais trouvé celui qui la porterait! Oui, je n’ai trouvé que ceux qui veulent la connaître sans être dignes de la porter. Ils utilisent l’outil de la religion pour les affaires de ce monde. Ou d’autres qui exploitent les bienfaits accordés par le Seigneur à ses serviteurs et les preuves qu’Il a données aux fidèles, ou qui suivent ceux qui détiennent la vérité, mais sans aucune perspicacité, le doute s’emparant de leurs cœurs à la première ambiguïté.

Fi de celui-ci, et de celui-là! Il y en a même d’autres assoiffés de plaisirs, se laissant aller à la jouissance ou bien ne désirant qu’amasser et conserver les richesses; ces derniers ne sont point les gardiens de la religion. Tout au plus l’on pourrait les comparer aux broutards. Ainsi meurt une science par la mort de celui qui la porte.

Par Allah Oui! La terre ne sera pas privée d’hommes défendant la cause de Allah publiquement et solennellement, ou bien fébrilement et secrètement afin que ne disparaissent pas les preuves et manifestations de Allah! Combien sont-ils ceux-là et où sont-ils ceux-ci? Ils sont, certes, d’un nombre restreint mais grande sera leur valeur auprès de Allah. Par eux, il manifeste ses preuves et arguments jusqu’à ce qu’ils les confient à leurs égaux et les sèment dans le cœur de leurs semblables.

La science les a poussés à plus de perspicacité, ils ont acquis la certitude, ont trouvé facile la voie qui paraissait dure aux jouisseurs et se sont agréablement accoutumés à ce que les ignorants jugeaient déplaisant. Ils ont traversé cette vie, leurs cœurs attachés aux sphères divines. Ils sont les représentants de Allah sur la terre et les propagateurs de sa religion. Ah! Comme je brûle de les voir! [Puis l’Imam dit:] “Et maintenant, tu peux disposer, Kumeïl.”

De l’Imam à son fils aîné Al-Hassan (écrit à Hadirin, village situé dans les parages de Siffine où l’Imam venait de se retirer)

Du père appelé à disparaître, dont la vie est limitée dans le temps et qui est même au crépuscule de la vie, qui se résigne au destin, vivant déjà parmi les morts, et qui demain devra quitter ce monde.

A mon fils qui espère l’irréalisable, et qui est engagé dans la voie de ceux qui ont disparu ou trouvé la mort à la suite d’une maladie, ceux qui furent otages du temps, cibles du malheur, esclaves du monde, victimes des illusions, adversaires et prisonniers de la mort, partenaires des soucis, compagnons des chagrins, sujets aux peines, victimes des désirs et successeurs des morts.

Ce que j’ai dégagé comme conclusion de ce monde qui me tourne le dos, des temps qui me sont hostiles, de la fin qui s’approche de moi, tout cela me permet de ne pas parler d’autrui et de ne plus me soucier que de ce qui m’attend.

Mes soucis sont tels qu’ils m’ont détourné des soucis des autres, ont accaparé ma pensée, éloigné de moi les désirs. Ils m’ont éclairé sur moi-même, m’ont conduit à un sérieux qui n’admet pas de légèreté, ainsi qu’à une sincérité exempte de mensonge.

Cependant, je me retrouve partiellement en toi, ou bien mieux je me vois tout en toi au point que si quelque chose te touche je me sens personnellement touché, et que si la mort t’atteint je la sentirai m’atteindre. Je me préoccupe de ce qui peut t’arriver comme une affaire personnelle. Je t’adresse cette missive pour te servir de guide que je sois vivant ou mort.

Je te recommande de craindre humblement Allah, de te conformer à ses ordres, de l’invoquer constamment, de t’attacher pleinement à lui. Quel attachement serait plus bénéfique pour toi que celui que tu établirais avec Allah?

Vivifie ton âme par la morale, étouffe tes désirs par la tempérance, fortifie ta foi par la certitude, embellis ton être par la sagesse, humilie-le par le souvenir de la mort, rends-le certain de sa mort, éclaire-le sur les malheurs de ce monde, mets-le en garde contre le retournement du sort et les vicissitudes du temps.

Expose-lui les récits du passé et rappelle-lui ce qui est arrivé aux générations passées, circule dans leurs demeures et vestiges; observe ce que tes peuples d’antan ont fait, les raisons de leur disparition, ce qu’ils sont devenus et où ils reposent, tu remarqueras qu’ils se sont séparés de leurs amis et que dans peu de temps tu seras parmi eux.

Sois toujours noble de sentiments, ne troque pas l’autre monde contre celui-ci, évite de parler de ce que tu ignores, d’opiner sur ce dont tu n’es pas chargé; évite de prendre une décision si tu en crains les conséquences, car il vaut mieux s’abstenir dans les cas douteux que de s’engager aveuglément.

Ordonne le bien et tu seras parmi les hommes de bien; combats l’injustice par la parole et par les actes, évite par ton action les injustes et mène au service de Allah un combat réel. Qu’aucune critique ne t’arrête, lorsqu’il s’agit des ordres de Allah; affronte les difficultés, s’il le faut, pour servir la vérité; approfondis tes connaissances en matière de religion; accoutume ton âme à l’endurance devant l’adversité, car l’une des plus belles qualités est la perspicacité au service de la vérité.

Remets tout ce qui est de tes affaires entre les mains de Allah, tu les remettras ainsi à un protecteur puissant et inaccessible.

Ne mets tes espoirs qu’en Allah car il est le seul à pouvoir donner et retirer; réfléchis profondément aux diverses décisions avant d’agir; comprends bien mes recommandations et ne les néglige pas; les meilleures paroles sont celles qui servent. Sache qu’il n’y a rien à attendre des connaissances inutiles et qu’on ne tire aucun bien d’un savoir qui ne vaut pas la peine d’être acquis.

O Cher fils! Lorsque je me suis aperçu que j’avançais en âge, que mes forces déclinaient petit à petit, j’ai entrepris de t’envoyer ces conseils, de te donner le fond de mes pensées avant que la mort ne me surprenne, que mon esprit ne s’affaiblisse comme s’affaiblit mon corps; j’ai voulu par là m’empresser de te prémunir contre l’empire des passions et les séductions du monde afin de te faire profiter de mon expérience, autrement tu seras comme un coursier sauvage. L’esprit du jeune homme est comme une terre vierge qui accepte toute semence.

Je me hâte de t’éclairer avant que ton cœur ne se ferme, que ton esprit ne soit pris, pour que tu accueilles l’expérience des sages et que tu en profites. Tu auras ainsi acquis provision de savoir et tu te seras épargné les expériences vécues. Tu profiteras des leçons que nous avons tirées de nos épreuves et ce qui était pour nous plus ou moins obscur deviendra clair pour toi.

Oh mon fils, bien que je n’aie pas atteint l’âge de ceux qui m’ont précédé, j’ai néanmoins étudié leurs actes, médité leur histoire et suivi leurs traces jusqu’à devenir comme l’un d’eux, je dirais plus: j’ai l’impression d’avoir vécu la vie de chacun d’eux du premier au dernier.

Je sais distinguer ainsi ce qui est pur de ce qui est impur, ce qui est bénéfique de ce qui est maléfique. Je te résume de toute chose ce qui en est bon et beau et j’éloigne de toi ce qui est inconnu. J’ai tenu compte de ce qui me concerne en tant que père compatissant et j’ai décidé pour ton éducation, alors que tu fais tes premiers pas dans la vie et que tu affrontes le destin, afin que tu sois un être aux intentions saines, d’une âme pure. Je commence ainsi par t’enseigner et t’interpréter le Livre de Allah, Gloire à Lui !. t’apprendre ce qui est conforme à la loi divine, ce qui est licite et ce qui ne l’est pas; je n’ai pas voulu t’apprendre autre chose.

Je crains pour toi que tu ne sois induit en erreur par ce qui a été cause de désaccord entre certains, au sujet duquel chacun suivait ses propres sentiments ou opinions, je crains qu’il ne t’arrive la même chose.

Certes, je n’ai pas aimé t’avertir, mais le fait de te mettre en garde et de te prévenir m’est plus agréable que de te laisser seul face à des problèmes qui, je le crains, peuvent te conduire à ta perte. Espérant que Allah te guidera vers ce qui est ton bien et te conduira vers ton but, j’ai décidé de t’envoyer cette missive.

Sache, oh fils, qu’il me serait agréable que tu retiennes mes conseils avant tout, que tu craignes Allah notamment, que tu te contentes d’accomplir ses obligations, que tu prennes exemple sur le comportement de tes parents qui t’ont précédé, des purs de ta famille; ils ont toujours réfléchi comme tu réfléchis, pensé comme tu penses, ce qui les a amenés à agir selon ce qu’ils pensent être bon, à ne pas se charger de ce qui ne leur a pas été confié. Si tu n’acceptes pas d’agir sans avoir acquis le même degré de connaissance, que cela se fasse à bon escient, non en retenant ce qui est équivoque et qui alimente la discorde.

Commence avant tout par demander l’aide de Allah et désirer son accord, pour éviter ce qui peut t’amener aux sujets confus, ou à l’erreur.

Lorsque tu sentiras que ton cœur est devenu pur et qu’il s’humilie devant Allah, que tes pensées sont devenues claires et que ton unique préoccupation est la foi, alors médite ce que je t’avance, et si cela ne te fait pas plaisir ou est en désaccord avec ton opinion et ton désir, c’est que tu te débats dans l’erreur et tu t’enlises dans l’obscurité.

On ne recherche point la religion quand on embrouille et amalgame; éviter cela conviendrait mieux.

Médite bien, mon fils, mes conseils. Sache que le Maître de la mort est aussi le Maître de la vie, que le Créateur est également celui qui fait mourir, que celui qui anéantit est celui qui ressuscite, que celui qui nous éprouve est celui qui pardonne, que ce monde ne peut être que comme l’a conçu Allah, avec les bienfaits, les épreuves et la récompense en l’au-delà, avec ce que le Seigneur veut et ce que tu ignores.

Si tu n’arrives pas à comprendre une affaire, mets-la au compte de ton ignorance, car tu as été créé ignorant puis tu as appris. Combien de choses tu ignores, qui te laissent déconcerté, que ton esprit n’arrive pas à saisir mais que tu comprendras plus tard! Attache-toi à Celui qui t’a créé, qui t’a donné les biens et qui t’a perfectionné; que toute ton adoration soit portée vers lui ainsi que tes espoirs et tes craintes.

Sache, mon fils, que personne ne pouvait savoir sur Allah comme le savait le Prophète. Prends-le comme guide, comme conseiller pour arriver au salut. Je ne serais pas avare de conseils, car tu ne peux être aussi clairvoyant pour ton bien, même si tu fais des efforts, comme je le suis pour toi.

Sache, mon fils, que s’il y avait un associé à Allah, cet associé nous aurait envoyé ses prophètes; on aurait vu les preuves de son royaume et de sa puissance et on aurait connu ses actes et ses attributs, mais Allah est Unique comme il s’est décrit Lui-même, personne ne le contrecarre dans son Empire. Il n’a point de fin et il continue au delà du Temps et de l’Espace.

Il est le premier sans qu’il y ait eu de commencement, le dernier sans qu’il y ait eu de fin. Sa divinité est trop grande pour être cernée par les sentiments ou la vue et être ainsi prouvée.

Si tu es convaincu de cela, agis comme il sied à un homme de ta classe d’agir malgré tes moyens limités, ton peu de pouvoir, le poids de ton impuissance et l’immense besoin de Allah que tu as dans la recherche de son obéissance, la crainte de son châtiment, la peur de son courroux. Il ne t’ordonne que ce qui est bon et ne t’interdit que ce qui est mauvais.

Mon fils, je t’ai informé sur ce monde et son état, sa disparition et sa transformation. Je t’ai renseigné sur l’autre monde et ce qui est promis à ceux qui y seront. Sur les deux, je t’ai donné des exemples afin que tu les médites et que tu en tires d’autres exemples.

Ceux qui veulent connaître ce monde sont comme des voyageurs qui seraient arrivés à un lieu stérile et désertique, puis se seraient dirigés vers un autre lieu verdoyant et herbu. Ils ont supporté les peines de la route, la séparation d’avec l’ami, la dureté du voyage, la grossièreté des aliments, afin de parvenir à la tranquillité chez eux, en leur demeure. Ils n’ont plus alors à subir des souffrances, et les efforts fournis leur paraissent dérisoires. Rien n’est aussi agréable pour eux, que d’être chez eux et d’être proches des leurs.

Ceux qui sont les dupes de ce monde, ressemblent à des gens qui habitaient une région prospère et qui se retrouvent dans une autre aride, rien n’est aussi détestable pour eux, ni aussi pénible que la séparation d’avec le pays où ils étaient, jusqu’au jour où ils y seront conduits.

Oh mon fils, tiens la balance égale pour ce qui est entre toi et autrui, espère pour lui ce que tu espères pour toi, déteste pour lui ce que tu détestes pour toi; ne fais pas le mal que tu ne voudrais pas que l’on te fasse et sois charitable envers autrui comme tu voudrais qu’on le soit envers toi.

Déteste pour ta personne ce que tu détestes chez les autres. Accepte des gens ce que tu voudrais qu’ils acceptent de toi, ne parle pas de ce que tu ne sais pas ou que tu ne sais que partiellement et ne dis pas ce que tu n’aimerais pas que l’on te dise.

Apprends que la vanité fausse le jugement et égare les esprits. Que ton activité soit pour te rapprocher de Allah, ne thésaurise pas l’argent pour tes héritiers et si tu es bien dirigé vers ton but, sois le plus possible humble envers ton Créateur.

Sache que tu as devant toi une longue route, des peines terribles, que tu ne peux te passer de regarder les choses sous leur vrai visage, et d’accumuler le plus de provisions de voyage possibles tout en portant la plus légère charge. Ne porte pas sur ton dos plus que tu ne peux supporter, ce poids serait pour toi un danger.

Si tu trouves des gens dans le besoin, qui peuvent porter pour toi ton fardeau pour l’autre monde et te le remettre alors que tu en auras bien besoin, fais-le leur porter, donne-leur le plus possible tant que tu es en mesure de le faire, il se peut qu’un jour tu ne 1es trouves pas. Saisis l’occasion de donner à qui te le demande tant que tu es riche, tu retrouveras ceci à un moment difficile.

Apprends que tu as devant toi une pente abrupte, le plus léger y est plus à l’aise que le plus chargé. Celui qui y traîne est dans une plus mauvaise situation que celui qui est rapide et elle te conduira sans aucun doute ou bien vers le paradis ou bien vers l’enfer. Fais donc des provisions avant le grand voyage et aplanis le chemin avant ta fin. Il n’y a plus rien à faire après la mort et personne ne peut revenir sur terre.

Apprends que celui qui dispose des biens de la terre et des cieux t’a permis de le solliciter. Il s’est engagé à te répondre. Il t’a ordonné de lui demander afin qu’il t’accorde, de souhaiter sa bonté afin qu’il t’en couvre. Il n’a rien mis entre toi et Lui qui peut te cacher à Lui, et ne t’oblige pas à avoir recours à quelqu’un qui intercéderait pour toi. Il ne t’empêche pas, après la faute, de te repentir.

Allah ne se hâte pas de te punir et ne te fait pas de reproches si tu reviens à Lui, ne t’humilie pas alors que tu le mérites. Il n’est pas non plus trop exigeant pour refuser ton repentir. Il ne discute pas ta faute et ne te retire pas sa miséricorde, au contraire, lors de ton retour. II transforme ta faute en bonne action. Il comptera ta faute une unité et ta bonne action dix. Il t’ouvre la porte du repentir et celle du regret.

Que tu l’appelles à haute voix, il t’entend. Il te répond si te confies à lui, lui révèles tes besoins, lui décris ton état, lui exposes tes griefs, implores son secours et le pries de t’ouvrir les trésors de son immense bonté, que nul autre que Lui ne peut offrir, soit pour allonger la vie, soit pour avoir un corps sain, soit pour avoir une aisance matérielle.

Allah mit les clefs de ses trésors entre tes mains pour te permettre d’en user dans la mesure de tes besoins. A tout moment tu peux 1es utiliser par la prière et ainsi ouvrir les portes de sa grâce, faire pleuvoir sa bonté; ne désespère pas quand la réponse se fait attendre, le don est selon le degré de la foi. Il se peut que la réponse tarde à te parvenir, ceci afin que la demande devienne plus importante et plus vaste. Il se peut aussi que tu ne reçoives pas ce que tu as demandé, mais tu auras reçu bien mieux, soit en ce monde, soit dans l’autre. Il se peut aussi que ton désir ne soit pas exaucé car cela serait plus utile pour toi.

Il se peut que ce que tu demandes soit néfaste pour ta religion s’il t’était accordé. Ne demande donc que ce qui peut faire garder la bonté de Allah et t’éviter ses désagréments.

Sache que tu es créé pour l’autre monde, non pour celui-ci, pour la disparition non pour l’éternité. Tu es un passager qui n’est pas à demeure mais en voyage pour l’autre monde. Tu es la proie de la mort devant laquelle toute fuite est inutile. Elle finit toujours par se saisir du fugitif. Fais en sorte que tu ne sois pas surpris par la mort alors que tu es en état de péché dont tu te promettais de te repentir. Elle se mettra en travers entre toi et la pénitence et tu t’attireras alors le châtiment.

Les dernières recommandations de l’Imam à ses fils Hassan et Hussein après l’attentat de ibn Maljam (l’Imam devait en mourir)

Al Hussein (625-680), deuxième fils d’Ali et de Fatima, petit-fils du Prophète Mohammad. Il refusa comme son père et son frère aîné Al Hassan de reconnaître la légitimité des califes omeyyades, et fut tué en combattant l’armée de Yazid fils de Moawia, à la bataille de Kerbala en l’an 61 de l’hégire. Ses compagnons et partisans ne dépassèrent pas, alors, une centaine. Ils furent tous abattus.

Soyez pieux, dédaignez le monde en dépit de ses séductions, n’en regrettez rien qui vous échappe, proclamez la vérité, travaillez pour l’éternité, soyez l’ennemi du tyran et l’appui de l’opprimé.

Je vous recommande ainsi qu’à tous mes descendants, parents et lecteurs de cette lettre, d’aimer Allah, de vous entendre, de resserrer vos liens car j’ai bien entendu votre grand-père, le Prophète, dire: “Réconcilier les esprits est préférable à toute prière et à tout jeûne”.

Je vous recommande particulièrement les orphelins; pourvoyez continuellement à leur nourriture, ne les négligez point.

Soyez dévoués à vos voisins. Le Prophète nous les a tellement recommandés que nous avons cru qu’il allait leur allouer une part de notre héritage.

Je vous recommande la lecture du Coran, soyez toujours les premiers à l’appliquer.

Aimez la prière qui est le pilier de votre religion.

Et la maison de Allah! Fréquentez – ta, ne l’abandonnez point tant que vous serez en vie. Son abandon portera atteinte à votre dignité.

Luttez avec vos biens, vos âmes et vos paroles, au service de Allah.

Veillez toujours à vous entendre et à vous entraider. Gare à la dissension et l’inimitié; ne manquez point de recommander la pratique du bien et le rejet du mal sous peine de souffrir la domination des méchants et de voir vos invocations non exaucées. Puis il dit:

O descendants d’Abdul Muttalib! Ne versez pas le sang des musulmans en disant: “Le Prince des croyants a été assassiné”. Vous ne mettrez à mort que mon assassin.

Si je meurs de son épée rendez-lui coup pour coup sans plus. Ne le mutilez point. Notre Prophète prohibait la “mutilation même à l’encontre du chien enragé”.

 


Chapitre quatorzième: Quelques pensées choisies

L’Imam dit: Celui qui s’érige en maître pour éduquer les autres doit commencer par son auto-éducation. Il doit édifier les autres par sa conduite avant de les édifier par ses paroles; un maître qui veille à être son propre éducateur, mérite plus de vénération que celui qui éduque les gens et les instruit.

O monde! Va t-en! Est-ce à moi que tu t’attaques? Cherches-tu à me séduire? Tu es loin d’y réussir. Trompe un autre que moi. Je n’ai nul besoin de toi. Je t’ai répudié trois fois, d’une manière définitive. Ton séjour est court, ton importance minime et l’espoir en toi est infime.

Je souffre de la pénurie de la provision, de la longueur du chemin, de l’étendue du voyage et de l’ampleur du but à atteindre.

Je vous recommande cinq choses qui justifieraient toute peine pour y parvenir: Que chacun de vous n’espère qu’en Allah, ne redoute que le péché, n’ait point honte s’il est interrogé sur une chose qu’il ignore, de répondre: je ne sais pas; qu’il n’ait point honte d’apprendre ce qu’il ignore; pratiquez la patience car elle est pour la foi ce qu’est la tête pour le corps; un corps sans tête est inutile, de même qu’une foi sans patience.

Sur la terre existaient deux protections contre le châtiment divin; l’une a été enlevée; tournez vous vers la deuxième et tenez-vous fermement à elle. La protection enlevée était dans la personne du Messager de Allah (que Allah le bénisse et lui accorde sa grâce); l’autre qui nous reste est le repentir. Allah a dit: “Allah ne les châtiera pas tant que tu es au milieu d’eux; Allah ne les châtiera pas quand ils se repentent”.

Celui qui entretient de bonnes relations avec Allah, Allah veillera à ce que de bonnes relations s’établissent entre lui et les autres. Celui qui se prépare au jour du Jugement, Allah l’aidera à passer une vie droite sur terre. Celui qui est son propre prédicateur Allah sera son protecteur.

Je qualifierai l’Islam comme personne ne l’a fait avant moi. L’islam est résignation; la résignation est certitude; la certitude est croyance; la croyance est reconnaissance, la reconnaissance est acquittement de ses devoirs; l’acquittement est action.

L’Imam Ali dit: l’avare m’étonne: il se hâte vers la misère qu’il fuit, manque la richesse qu’il convoite, traîne dans ce monde l’existence des pauvres, subit dans l’éternité le châtiment des riches.

Je suis étonné par l’orgueilleux qui, hier, était sperme et demain sera cadavre en putréfaction; je suis sidéré par celui qui doute de Allah alors qu’il voit 1a création, par celui qui oublie la mort alors qu’il voit les morts, par celui qui renie la deuxième naissance alors qu’il a déjà vu la première, par celui qui édifie dans un monde éphémère et oublie le monde éternel.

Tenez-vous en garde contre le froid à son début et accueillez-le vers sa fin car il agit sur les corps comme sur les arbres: en automne il flétrit et au printemps il fait fleurir.

La magnificence du Créateur rend petite la créature à vos yeux.

Quatre choses données en attirent quatre autres: sera comblé celui qui loue Allah; sera exaucé celui qui invoque, accueilli qui se repent, pardonné qui fait pénitence, comblé qui loue le Seigneur.

Parlant de la populace l’Imam dit: Tout rassemblement d’hommes est source de bien hormis celui de la populace: sa réunion est nuisible et sa séparation bienfaisante.

On lui dit: nous avons appris les méfaits de son rassemblement, éclairez-nous sur l’utilité de sa séparation. Les artisans, répondit-il, retournent alors à leurs métiers: le maçon à sa truelle, le tisserand à sa toile et le boulanger à son four. Ils redeviennent utiles à la communauté.

Des Juifs lui ont dit: “A peine avez-vous enterré votre Prophète, que la dissension s’est installée au milieu de vous”.

L’Imam leur dit: Nous disputons de son représentant et non de son Message. Alors que vous autres, à peine les pieds séchés de la traversée de la mer vous avez dit à votre Prophète en voyant un peuple attaché à ses idoles:

“O Moïse! Fais-nous un Allah semblable à leurs Allahx”.

Il ajouta: “Vous êtes un peuple ignorant”.

L’Imam dit aussi: Allah a imposé la part du pauvre dans les biens du riche. Le pauvre ne connaît la faim que par suite du gaspillage des riches. Allah demandera compte à ces derniers.

J’ai triomphé de tout assaillant hormis la misère qui m’a vaincu. Si je la révèle elle m’humilie, et elle me tue si je la cache. La misère est presque une impiété.

La grande richesse consiste à se détourner totalement des biens des autres.

Faisant ses condoléances aux parents d’un décédé l’Imam dit: Ce fait n’a commencé ni ne s’achèvera avec vous. Votre ami ne voyageait t – il pas? Considérez-le comme tel, s’il ne vous revient pas vous irez à lui.

A Jaber Ben Abdallah Al Ançari l’Imam dit: O Jaber! Quatre hommes font prospérer la religion et la vie en ce monde: un savant se servant de sa science, un ignorant qui ne dédaigne pas d’apprendre, un généreux qui ne refuse pas de donner et un pauvre qui ne troque pas l’éternité contre ce monde. Si le savant perd sa science, l’ignorant renoncera à apprendre, si le riche retient ses dons, le pauvre troquera l’éternité contre ce monde.

O Jaber! Celui à qui Allah accorde ses faveurs avec abondance sera trop sollicité par les gens. Or celui qui s’acquitte de ses devoirs grâce à ses faveurs les prépare à durer et à se perpétuer alors que celui qui les néglige s’expose à les perdre définitivement.

Vous êtes maître de vos paroles tant que vous les retenez; mais une fois que vous les proférer vous en devenez l’esclave. Gardez votre langue comme vous tenez cachés votre or et votre argent. Il arrive qu’une parole prive d’une faveur et attire une disgrâce.

Compter sur le monde malgré ce que vous en constatez est ignorance; agir médiocrement au service du bien, alors que la récompense est certaine, est une grave perte; faire confiance à quiconque avant de l’éprouver est faiblesse.

Le monde est tellement insignifiant aux yeux de Allah que c’est le seul endroit où il est désobéi. La grandeur de cet endroit réside en ce qu’on ne peut gagner les faveurs de Allah qu’en renonçant aux biens terrestres.

Renonce à ce monde et Allah t’en fera voir les défauts; mais ne te laisse pas égarer car tu es surveillé.

Parlez et on vous connaîtra car votre personnalité est révélée par vos discours.

Tout ce dont vous vous contentez, vous suffira.

Le sort est inconstant: un jour il te sourit et un autre il te boude, ne te grise pas dans les jours fastes, ne perds pas patience dans les jours sombres.

Le père et l’enfant ont des droits l’un sur l’autre: le droit du père sur l’enfant est celui de la pleine obéissance, sauf dans l’impiété, l’enfant a droit à un beau nom, une bonne éducation et à l’étude du Coran.

Que le descendant d’Adam est misérable! Son terme lui est inconnu, ses maux lui sont voilà, son acte est noté, la punaise le fait souffrir, le hoquet l’étouffe et la sueur le fait empester.

Faites le bien et n’en dédaignez rien: le moindre bien est en soi grand et le peu abondant.

Au jour du Jugement la plus grande angoisse sera celle d’un homme qui aura amassé des biens contrairement aux ordres de Allah et les aura légués à un autre qui les aura utilisés selon les préceptes divins. L’héritier gagnera la vie éternelle et l’autre entrera en enfer.

Le plus perdant des hommes et le plus défaillant est celui qui s’épuisa à amasser des biens alors que le destin ne favorisait pas ses desseins: il quitta ce monde avec amertume et aborda l’éternité en déshérité.

L’indulgence est un voile protecteur, la raison une épée tranchante; voile le défaut de ton caractère avec ton indulgence et réprime ta passion avec ta raison.

L’homme ne doit pas se fier à deux choses précaires: la Santé et la Fortune; alors qu’il paraissait sain le voilà soudain malade et de riche qu’il était, il devient pauvre.

Lors d’une fête l’Imam dit: ce n’est point une fête sauf pour celui dont Allah agrée le jeûne et la prière; mais toute journée est fête tant que Allah n’y est pas désobéi.

Le combattant qui trouve la mort au service de Allah n’a point plus de mérite que celui qui pardonne tout en étant puissant: sa clémence le rend comparable aux anges.

Le plus grave des péchés est celui que sous – estime son auteur.

Aime modérément ton ami et hais de même ton ennemi, le premier pouvant devenir un ennemi et le dernier se transformer en ami.

A des gens qui le louait en sa présence l’Imam dit: Seigneur! Vous me connaissez mieux que je ne me connais moi-même; je me connais mieux qu’ils ne me connaissent. Faites que nous soyons meilleur que ce qu’ils pensent et pardonnez- nous ce qu’ils ignorent de nous.

Redoutez la révolte du généreux affamé et celle de l’infâme rassasié.

La vraie générosité est volontaire. Celle qui est accordée sur demande l’est par complaisance et pour éviter le blâme.

La patience est double: l’une face à ce que vous détestez et l’autre devant ce qui vous séduit.

La richesse en exil est patrie, la misère dans la patrie est exil.

Les biens alimentent les désirs.

Les cœurs sont aussi sujets à l’ennui que les corps, divertissez-les avec les belles pensées.

O Descendants d’Adam! Tout ce que vous amassez au-delà de vos besoins, vous le thésaurisez pour les autres.

Un bien médiocre qui dure est préférable à un bien qui crée l’ennui.

N’aie pas honte de donner peu car la privation sera bien moindre.

Quant le sort favorise un être il lui prête les qualités des autres, et quand il lui tourne le dos il le dépouille de ses propres qualités.

Fréquentez les hommes de sorte qu’ils vous pleurent à votre mort et vous chérissent de votre vivant.

Le plus impuissant des hommes est celui qui n’a pas su se faire des amis, le plus impuissant encore est celui qui perd ceux qu’il aurait acquis.

Les méchants s’attachent aux défauts des gens et qualités telles les mouches qui ne négligent leurs hantent que les lieux infectés.

Si le temps se dégrade, les vertus se dévalorisent et deviennent nuisibles. Les vices trouvent acquéreur et deviennent rentables. Alors le riche aura plus à redouter que l’infortuné.

La mort du fidèle est son repos celle de l’impie est repos pour les autres.

L’exécution est à la promesse ce que la grâce est au visage.

O fils d’Adam! Tu n’es qu’un cumul de jours; chaque jour qui fuit emporte une fraction de ton être.

Celui qui pratique incessamment une chose devient célèbre par elle; celui qui vous affectionne par intérêt se lasse de vous une fois satisfait; celui qui est réputé par sa sagesse s’entoure de respect.

Seigneur! Il suffit à ma fierté que vous soyez mon Allah et à ma gloire que je vous sois soumis. Vous êtes tel que je le veux: faites de moi ce que vous voulez.

 

 50 hadiçes de Imam Ali (as)

1- “La conjecture de l’homme est le critère de son intelligence, et ses actes sont d’authentiques témoins de son tréfonds.”

2- “I1 est injuste de détruire la confiance par de la suspicion.”

3- “Si les choses pouvaient elles-mêmes s’unir selon leurs affinités, la sincérité irait avec le courage, et la couardise serait dans le même camp que le mensonge.”

4- “L’homme sincère est gagnant sur trois plans: I1 inspire confiance, attire l’amitié et impose son respect.”

5- “Prenez garde aux partisans de l’hypocrisie car ils s’égarent eux-mêmes, et égarent les autres. Leurs cœurs sont atteints d’infection même si, en apparence ils vous semblent sains.”

6- “La parole de l’hypocrite est belle, mais son intérieur est rebelle.”

7- “L’hypocrite est des plus indulgents envers lui-même et des plus agressifs envers les autres.”

8- “La médisance est l’effort de l’incapable.”

9- “Que le meilleur de tous les hommes soit pour toi celui qui te montre tes défauts, et qui t’aide à les combattre.”

10- “Celui qui est curieux de découvrir des vices chez les autres, a intérêt à commencer par chercher les siens.”

11- “C’est assez, pour être stupide, que de regarder les défauts des autres et de ne pas voir ceux qui se cachent en nous.”

12- “L’homme doué de raison devrait commencer pour chercher et recenser les imperfections de son âme en matière de foi, de morale et de comportement puis, se les rappelant ou les notant par écrit, œuvrer à les déraciner les une après les autres.”

13- “Méfiez-vous de l’envie, car elle humilie l’âme.”

14- “Gardez-vous d’être vaniteux cela accroît l’inimitié envers vous.”

15- “L’orgueil corrompt l’intelligence.”

16- “L’homme faible d’esprit est fort en prétentions.”

17- “L’homme satisfait de lui-même ne peut voir ses propres défauts. S’il savait voir les qualités et l’excellence d’autrui, il verrait ses imperfections et comprendrait tout ce qu’il a manqué.”

18- “Cherchez refuge auprès de Allah de l’ivresse que confère la richesse car il est très difficile de se ressaisir après cette ivresse.”

19- “Quiconque se débarrasse du fardeau de la haine éprouve un sentiment de quiétude dans son cœur.”

20- “Garde-toi de la colère, elle commence par la folie et finit par les remords.”

21- “La colère est comme un feu qui couve. Quiconque la retient l’éteint, et quiconque la lâche se brûle en premier.”

22- “Garde-toi d’être déloyal, car cela est la pire des désobéissances à Allah. Le déloyal sera voué au supplice du feu pour sa conduite”

23- “La loyauté est une preuve de sincérité du croyant.”

24- “L’homme avide est pris dans le piège de l’avilissement et ne peut s’en sortir.”

25- “La voracité déshonore et détruit la réputation, corrompt la foi, et balaie toute noblesse d’âme.”

26- Le Savoir guide, dirige et sauve tandis que l’ignorance égare, trompe et ruine.

27- Si tu fais en sorte que ta religion suive ta vie d’ici-bas, tu perdras et ta religion et ta vie d’ici-bas et tu seras, dans l’autre monde, du nombre des perdants.

28- Si tu fais en sorte que ta vie d’ici-bas suive ta religion, tu seras maître et de ta religion et de ta vie d’ici-bas et tu seras, dans l’autre monde, du nombre des gagnants.

29- Sachez que vous ne serez considérés que selon vos paroles, ne parlez donc que bien.

31- Sachez que vous ne serez rétribués que selon vos actions, n’agissez donc que bien.

31- La perfection se trouve dans trois choses: La patience dans les malheurs, la retenue dans les désirs et la sollicitude envers les nécessiteux.

32- L’homme est mesuré par sa parole et évalué par ses actions, dis donc ce qui a le plus de poids et fais ce qui a le plus de valeur.

33- L’intelligent ne s’abandonne pas à la violence et ne se laisse pas aller à la faiblesse.

34- Prenez garde de ne pas trop manger, cela durcit le cœur, rend paresseux pour la prière et est malsain pour le corps.

35- Le plus incapable des hommes est celui qui pourrait corriger ses défauts mais qui ne le fait pas.

36- L’intelligence est un don naturel qui se développe par l’instruction et l’expérience.

37- Evite le bavardage qui est souvent cause d’erreurs et d’ennui.

38- Garde-toi de prononcer des propos risibles, même si tu les rapportes d’autrui

39- Garde-toi de la flatterie qui n’est pas un critère de foi.

40- Garde-toi d’opprimer celui qui, contre-toi, n’a d’autre protecteur que Allah.

41- Le plus grand des vices est de critiquer un autre d’un défaut que l’on a soi même.

42- Il est préférable de ne pas commettre de péché plutôt que d’en demander l’absolution.

43- Si tu rencontres un opprimé, assiste-le contre l’oppresseur.

44- La plus honorable des fins est certes, la mort au champ d’honneur. Je jure sur Celui qui dispose de mon âme que je préfère recevoir mille coups de sabre que de mourir dans mon lit!

45- L’homme sage compte sur son travail, l’ignorant se fie à ses illusions.

46- L’ignorance est votre ennemi le plus odieux.

47- On est hostile envers ce que l’on ignore.

48- Le savant reste vivant même après sa mort; l’ignorant est mort même de son vivant.

49- Le savoir est un vaste trésor qui ne s’épuise pas; la sagesse est un habit neuf qui ne s’use pas.

50- L’ignorant ne sait pas reconnaître ses fautes et dédaigne les conseils.

 


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